I&II

Friendship

17/02/2017

Sentient Ruin Laboratories

Lorsque tu reçois un mail de Sentient Ruin, tu ne fais pas le malin et tu le lis. Généralement, la lecture est instructive et débouche sur l’écoute d’une nouveauté qui va retourner tes tripes, puisque le label DIY d’Oakland n’a pas pour habitude de louer ses services de distro et de promotion au premier clampin venu à peine capable de maîtriser le feedback.

Alors, lorsque les rois de la torture auditive m’ont convié à jeter une oreille au premier long des Japonais de FRIENDSHIP, je n’ai pas vraiment hésité.

Grand bien m’en a pris une fois de plus, puisque la dernière fois que j’ai éprouvé des sentiments aussi contraires et épidermiques, c’était à l’occasion de la collaboration entre les FULL OF HELL et MERZBOW. Sauf qu’en ce cas précis, il ne s’agit que d’une collaboration entre un groupe et lui-même, et que le résultat est encore plus impressionnant en termes d’intensité et de sauvagerie.

Les FRIENDSHIP, aussi connus sous l’appellation FRIENDSHIP COLLECTIVE viennent de la préfecture de Chiba, à l’ouest du Japon, et sont sans doute l’un des collectifs les plus effrayants de l’île en termes de fracture musicale extrême et de parallèles troublants entre bruitisme excessif et lourdeur emphatique.

Evoluant dans un contexte entremêlant le Powerviolence le plus cru, le Grind le plus dru et le Sludge/Doom/Noise le plus abrupt, les japonais osent le paroxysme constant, et le jeu de dupes en montagnes russes, histoire de vous peser sur l’estomac et les oreilles sans vous faire rendre vos tripes.

Si leur label aime à les comparer à une multitude d’artistes aussi ressemblants que différents (NAILS, COLUMN OF HEAVEN, MAN IS THE BASTARD, IRON LUNG, HATRED SURGE, SWANS, GODFLESH, CORRUPTED, NOOTHGRUSH, et DYSTOPIA), ça n’est pas dans un but promotionnel ou de négation de leur propre identité, mais dans un désir de placer des balises aussi vagues que précises pour tenter de cerner le mystère de leur bruit blanc et intense, qui défie toute comparaison.

Pas grand-chose à dire à propos du groupe lui-même, les informations ne courant pas la toile, D’ailleurs, même leur site officiel joue les Arlésiennes en renvoyant vers trois liens externes dans la rubrique « About », ce qui en dit long sur la volonté des FRIENDSHIP de laisser parler la musique avant la légende.

Tout ce que je sais de source sûre, c’est que I&II, ce premier LP, est en fait l’accolage des deux précédents EP du groupe, très logiquement intitulés I et II, qui aujourd’hui se voient réunis au sein d’un même packaging, décliné en CD, en tape et en vinyle, pour le plus grand bonheur des collectionneurs de l’extrême.

Et croyez-moi, leur musique l’est, et même beaucoup.

FRIENDSHIP en substance, c’est l’épitomé du chaud/glacé soufflé en alternance, et sans modération. Les douze pistes de ce LP sont en constante opposition entre des passages d’une rare vélocité et violence, et des cassures sèches et nettes tombant dans le Sludgenoise le plus intense. Un peu comme si les NAILS et les SLABDRAGGER s’étaient partagé le travail de composition et d’enregistrement à parts presque égales, puisque visiblement, les japonais semblent avoir une affection très particulière pour tout ce qui est excessivement lent et dissonant.

Mais lorsqu’ils se décident à verser dans l’abus de BPM et de stridences, le résultat est aussi assourdissant que ce fameux album collaboration entre les FULL OF HELL et MERZBOW, auquel ce I&II peut être comparé partiellement.

Même tendance à agresser l’auditeur en permanence, à la différence près que les FRIENDSHIP ont vraiment travaillé leur côté lourd, et que leurs dissonances ne deviennent jamais but, mais un moyen.

Provoquant délibérément un schisme entre les philosophies Grind et Sludge, les japonais osent la collision suprême entre les lancinances d’un Sludgecore vraiment lourd et nauséeux, et les brutales poussées d’intensité du Powerviolence le plus brutal.

Ceci aboutit à une expérience hors du commun, un peu comme si vous vous trouviez dans le cockpit d’un avion de chasse qui multiplie les piqués en vrille, les soudaines remontées fulgurantes, pour ensuite planer à trois G sur une distance raisonnable. Loin d’une séance de torture de la proverbiale goutte d’eau, I&II est au contraire une succession incroyable de coups fatals portés en pleine face, et de phases d’attente dans la douleur de la prochaine vague d’attaque ultraviolente.

Et ce mélange atteint ici une perfection sadique, puisque loin de se contenter de juxtaposer des morceaux antagonistes, les FRIENDSHIP assument cette structure ambivalente au sein d’un même titre, histoire de tester votre résistance à la vilénie rythmique jusqu’au bout.

Evidemment, certaines entrées privilégient la lourdeur et insistent bien dessus («T.R.O.Y », qui fond dans le même creuset les inspirations les plus nauséabondes des SWANS, de PRIMITIVE MAN, des FETISH 69, tout en prenant soin d’y insérer en chausse-pied quelques inserts Crust aussi graves et plombés que ceux utilisés par les WORLD NARCOSIS), tandis que d’autres jouent la « subtilité » et le contraste (« Compton », horrible litanie de plus de quatre minutes qui ose introduire le Hardcore sale et urbain des UNSANE et la basse énorme des KILLING JOKE dans un cauchemar sonore à la NAILS).

Le son est bien évidemment à la hauteur des intentions néfastes, et fait la part belle aux fréquences les plus profondes, s’approchant parfois d’un Drone/Doom abyssal et glaçant.

Mais les FRIENDSHIP sont décidément des petits malins pas vraiment complaisants, qui jonchent leurs assauts de titres courts et lapidaires (« Jerusalem », Grind furieux, « Law », strident et blasté au maximum), et définissent eux-mêmes les contours de leur dogme (« Abuse », en effet, mais quelle rythmique énorme !).

Ils se prétendent faussement branchés (« Hype », Crust, D-Beat et Sludgecore en attaque sournoise), et finissent par avouer en toute franchise que leur musique est un puits de douleur sans fond (« Bottomless Pit », qui repousse la pression de la pesanteur à vous en disloquer les épaules).

Une fois encore, les esthètes de Sentient Ruin ont frappé à la bonne porte pour démarcher des artistes qui n’ont de cesse de repousser les frontières de la brutalité, tout en restant sur le terrain de la qualité. Ici, le bruit et la vitesse ne sont jamais gratuits, mais se veulent à l’image de la vie.

Cruelle, passant très (trop) vite, et vous étourdissant de coups du lapin du destin pour mieux tester votre patience et votre abnégation.

FRIENDSHIP, avec I&II définit les reliefs de la véritable amitié. Celle qui ne vous épargne pas de la réalité, mais qui vous la montre telle quelle.

 Horrible, mais fascinante.


Titres de l'album:

  1. Jerusalem
  2. T.R.O.Y
  3. Bill Evans
  4. Compton
  5. Represent
  6. Bottomless Pit
  7. Abuse
  8. S-B
  9. Hype
  10. Slaughterhouse
  11. Law
  12. El Chapo

Site officiel


par mortne2001 le 15/02/2017 à 14:32
95 %    547

Commentaires (0) | Ajouter un commentaire

pas de commentaire enregistré

Ajouter un commentaire


Derniers articles

Killing For Culture - Tome 2

mortne2001 23/02/2021

Livres

Voyage au centre de la scène : MASSACRA

Jus de cadavre 21/02/2021

Vidéos

Killing For Culture - Tome 1

mortne2001 15/02/2021

Livres

Moonspell 2007

RBD 04/02/2021

Live Report

Olivier Verron _ Interview Conviction

Simony 27/01/2021

Interview

Voyage au centre de la scène : ASSHOLE

Jus de cadavre 17/01/2021

Vidéos

Eluveitie + Korpiklaani 2010

RBD 08/01/2021

Live Report

Sélection Metalnews 2020 !

Jus de cadavre 01/01/2021

Interview
Concerts à 7 jours
Tags
Photos stream
Derniers commentaires
Jefflonger

Très sympa à regarder cette vidéo, merci. De mon côté j'ai vu plusieurs fois le groupe en concert sans posséder les albums. L'erreur est réparée  et je les écoute maintenant régulièrement sauf sign of the d(...)

24/02/2021, 17:41

POMAH

C'est pas mal du tout. Cela manque un poil d'agressivité, mais y'a du bon la dedans.Cela me rappel Betray my secrets - Shamanic dreams. 

24/02/2021, 17:15

Gargan

Vraiment hâte d'écouter, en espérant un mix entre nostalgie et des riffs de qualité de l'époque plus récente.

24/02/2021, 13:02

RBD

En voilà qui ont mangé du Slayer quand ils étaient petits. On dirait du The Haunted.

24/02/2021, 12:10

Gargan

Vidéo sympa, bien que j'ai du mal avec le rythme et la lecture de notes. ça viendra.Scène découverte sur le tard, avec comme favoris le contamination rises de No return et le sublime dementia des Louds, symposium d'Agressor et signs of the decline vena(...)

23/02/2021, 18:42

Buck Dancer

Une petite mise en bouche avant la sortie d'un EP de nouvelles compos.... dans 4 ou 5 ans ? 

23/02/2021, 13:41

Arioch91

Massacra, un pote de bahut achetait des CD par palettes entières tous les mois.Il m'en passait quelques uns. J'en copiais certains sur K7 mais j'avais trop d'un coup. Aussi le premier Massacra fut vite passé aux oubliettes, comme malheureusement plein d&a(...)

23/02/2021, 09:17

Humungus

Je ne connais pas le groupe mais il est toujours triste que des fans de BLACK FLAG et de Suze se sépare...

23/02/2021, 09:10

Humungus

AAAAAAAAAAAAAAAAAHHHHH !!! !!! !!!J'en rêvais !!! Ils l'ont fait !!!En souhaitant effectivement que la légende perdure putain !

23/02/2021, 08:58

POMAH

Si c,est aussi bon qu'Iron Man, achat direct.

23/02/2021, 08:50

Solo Necrozis

Hâte d'entendre ça... Iron Man, c'était quelque chose.

23/02/2021, 08:06

Bones

Exact, encore du Thrash vendu au mètre. Maîtrise, codes bien présents... mais la magie n'opère pas non plus chez moi.

23/02/2021, 07:47

Bones

Ah merdum, dommage qu'ils cèdent à cette facilité là.  J'y jetterai forcément une oreille mais ça fera forcément moins tripper que des compos personnelles.   Manque d'inspiration ? Paresse ?Je suis en plein retour no(...)

23/02/2021, 07:44

Bones

Pardon.   Final Holocaust - Enjoy - Signs.Donc je voulais parler d'un 4ème album dans la même veine.  ;-)

23/02/2021, 07:34

Buck Dancer

Encore un très bon morceau de Baest. L'album s'annonce bien. 

23/02/2021, 02:16

Buck Dancer

Pour moi Massacra c'est surtout Signs of the Decline. J'ai moins écouté et accroché aux deux premiers albums, mais celui-ci a tourné en boucle pendant longtemps. Comme le Abject Offerings de qui vous savez.... 

23/02/2021, 02:12

Bones

Après réécoute de Sign of the Decline depuis 2 jours, je me demande comment le groupe aurait pu maintenir de l'intérêt et faire un 3ème album dans la même veine sans risquer l'auto-plagiat, à moins de ralentir complètement leu(...)

22/02/2021, 23:32

RBD

Intéressant. J'étais passé à côté de Massacra du fait de ce que mon intérêt pour le Metal extrême s'est manifesté alors qu'ils venaient d'arrêter, et comme j'ai dû m'initier au Death Metal(...)

22/02/2021, 19:13

Arioch91

"Certes, c'est bien fait, rien à dire, mais ça m'interpelle pas plus que 90% des sorties thrash du moment"Rien à ajouter.L'impression d'avoir entendu ça tellement de fois et par tellement de groupes différents(...)

22/02/2021, 16:01

LeMoustre

Voilà quelque chose qui attire le regard : logo à lettres pointues et fluos, texte de la chronique avec de bien belles références (Living Death !!) et quelques instants après le lancement du titre ci-dessus, ben le soufflet retombe un peu, car rien de comparable(...)

22/02/2021, 14:19