Breaking the World

Pounder

29/01/2021

Shadow Kingdom

Vous êtes bien mignons les POUNDER, mais inutile de casser le monde, je pense qu’il s’en charge très bien tout seul, enfin, plus précisément, avec un sacré coup de main des industriels et des surconsommateurs. Néanmoins, votre stratégie de pression sur la planète d’un point de vue musical n’est pas dénuée de sens, et répond même aux attentes les plus exigeantes des addicts old-school du monde entier. Mais cela, nous le savions déjà, puisque vous aviez eu la gentillesse de nous exposer votre programme il y a deux ans avec votre EP introductif Faster than Fire, avant de le confirmer dans un discours un peu plus long via Uncivilized, qui montrait contrairement à son nom que vous étiez des gens éduqués, et poliment Heavy Metal. Et c’est avec plaisir que nous introduisons l’année 2021 avec votre second long, en espérant que cette année soit moins chaotique et qu’elle vous permette de renouer avec la scène, votre terrain de prédilection. Réjouissez-vous donc amateurs de Heavy Metal US franc du collier et mélodique, vos héros reviennent avec leur concept passéiste, mais qui sait toutefois se mettre plus en avant au vent de l’air du temps. Pour les étourdis, je rappelle que POUNDER est tout sauf un groupe de nouveaux-venus, de seconds couteaux ou de bleusailles peu rompues à l’exercice du maniement de la guitare, puisque le trio se compose de figures très connues de l’underground. On retrouve donc au line-up les trois têtes pensantes, Matt Harvey au chant et à la guitare (EXHUMED, GRUESOME, et EXPULSION), Alejandro Corredor à la basse (NAUSEA LA, VALLENFYRE) et Tom Draper à la guitare (CARCASS, ex-ANGEL WITCH, CROWNING GLORY), des instrumentistes au passif chargé et au CV probant, qui abandonnent leurs prétentions de violence pour se concentrer sur une forme de NWOAHM. Et puisque j’avais dit le plus grand bien d’Uncivilized il y a un peu plus d’un an, je vais récidiver avec Breaking the World qui pourtant joue les pingres.

Car si Uncivilized respectait les codes en vigueur dans les eighties avec ses quarante-deux minutes de musique, Breaking the World s’adapte à l’underground des années 2010, et lâche huit minutes en route pour à peine dépasser la demi-heure. Je peux comprendre ce besoin de concision, mais lorsqu’on écoute les sept compositions de ce second long, on regrette amèrement que le timing ait été réduit à ce point. Dix minutes supplémentaires n’auraient pas été de trop, face à la qualité de ces chansons qui relèguent Uncivilized au rang de brouillon sympathique, mais méchamment perfectible. Toujours à cheval entre Heavy poilu, Power ténu, Hard chenu et AOR tendu, les américains nous ont soignés aux petits oignons, atteignant même la quintessence de leur crossover sur un morceau aussi tubesque que « Give Me Rock », archétype du hit Hard n’Heavy des années 80. Mais l’art des californiens est justement de jouer les caméléons, et de sauter du clou au patch, sans donner la sensation de recycler d’anciens hymnes empruntés aux plus grands. Mettant leur expérience au service d’une nostalgie effective, le trio se permet de toiser du regard les miraculeux HAUNT, et même l’avant-garde suédoise la plus rompue à l’exercice avec ces trente-quatre petites minutes, bien plus lourdes dans la balance que nombre d’efforts récents.

« We won't live forever / we just get one chance / so let's do it right »,

C’est ainsi que Matt Harvey nous harangue sur l’ouverture RAVEN « Spoils Of War », qui prouve que le POUNDER 2021 a méchamment appuyé sur la pédale pour devenir plus fort, plus rapide, plus lourd, et surtout, encore plus accrocheur que par le passé. Avec un tel morceau d’entame, Breaking the World donne le la, et fait pression sur nos tempes pour nous convaincre du bien-fondé de sa nostalgie, toujours aussi souriante et euphorique. Disposant d’une production absolument parfaite pour ce genre d’effort rétrograde, ce second LP enterre les qualités du précédent, se posant comme le témoignage absolu d’une passion sans failles pour le Heavy Metal américain des années 80. Tout y est, les couplets pugnaces, les refrains fédérateurs, le refrain anthémique, le break lourd comme une enclume d’ANVIL, le solo homérique, soit tous les ingrédients pour accoucher d’un hit fatal qui laisse les oreilles en chou-fleur et le cœur au bord des larmes. Mais si un morceau fatal est une accroche précieuse, sept morceaux létaux sont encore plus persuasifs, et « Breaking The World » d’appuyer un peu plus sur les deux pôles de notre planète pour la faire craquer. Avec cette lourdeur digne d’un SABBATH, les trois américains prouvent qu’ils ont encore de la magie dans l’escarcelle, et qu’ils peuvent sans problème faire passer la sébile pour réclamer leur obole. Chant ferme, lenteur processionnelle, cassures intelligentes et mélodies à l’ancienne, l’art est consommé, mais la manière pleine de panache.

Et même en cherchant la petite bête et les plans un peu réchauffés, le constat est sans appel, et la joie tirant sur l’euphorie. Breaking the World ne vas pas casser la planète mais bien la baraque, avec ses riffs belliqueux mais souples, son chant velouté mais ferme, et POUNDER redonne ses lettres de noblesse aux power-trio US, les MANILLA ROAD, RAVEN, avec même un sacré clin d‘œil aux homologues canadiens de TRIUMPH (celui du début de carrière, s’entend) et EXCITER, mélangeant dans un gigantesque chaudron en cuivre les inspirations pour concocter un plat de premier choix. Les titres passent, imposant parfois des volutes de clavier plus commerciales, qu’un énorme riff vient aussitôt durcir de sa virilité. On compte les points, et « Never Forever » d’achever de nous convaincre, en accentuant ce choix d’épaissir l’approche sans négliger le côté plus ludique des harmonies.

D’un classicisme achevé, le groupe tourne rond mais pas en rond, rappelle les meilleurs riffs d’ACCEPT (« Hard City ») pour singer la vague de L.A, et mieux imposer une double grosse caisse terriblement Heavy. Impeccable dans son rôle de meneur de troupes, Matt harangue, mais laisse une place importante aux chœurs et à la basse gironde de Corredor, et le trio de terminer sa course à fond les ballons avec un « Deadly Eyes » speedant comme les premiers EXCITER. Et à peine un an après leur premier long, les californiens nous donnent encore une leçon de traditionalisme, créant un lien avec leur public, et concentrant leur propos à l’essentiel. En résulte une œuvre fondamentale, qui donne effectivement envie de tout faire sauter pour reconstruire sur des bases saines.   

           

                                                                                                                              

Titres de l’album:

01. Spoils Of War

02. Breaking The World

03. Hard Road To Home

04. Never Forever

05. Hard City

06. Give Me Rock

07. Deadly Eyes


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par mortne2001 le 16/02/2021 à 14:02
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