Pour beaucoup, le BM se doit d’être nihiliste, misanthropique, egocentrique, concentrique et obsessionnel. Aucune déviance n’est autorisée, et très souvent les puristes réclament des musiciens qu’ils le soient aussi, et certains se satisfont très bien de cette demande. Après tout, il faut, dans chaque style, des gardiens de la flamme originelle, qui ne dévient en aucun cas d’une trajectoire rectiligne montante, pour pérenniser l’esprit farouche des racines histoire de ne pas perdre le fil de la légende en route. Très bien, je m’accommode parfaitement de cette vision et la soutiens en partie, même si l’avant-garde, le Progressif, l’expérimental me siéent aussi, mais ayant grandi au son des manipulateurs occultes des années 80/90, je ne saurais cracher sur le traditionalisme, qui lorsqu’il est appliqué avec flair, nous permet d’apprécier des œuvres puissantes, sinon créatives. Ce qui est sans conteste le cas du duo grec HUMAN SERPENT, qui depuis le début de sa carrière s’évertue à perfectionner une recette classique, qui aujourd’hui approche la perfection la plus absolue en termes de crudité instrumentale. Fondé en 2013 du côté de Lamia, en Grèce centrale, ce concept articulé autour de la créativité de I (batterie) et X (chant, guitare, basse, textes) n’a pas vraiment perdu son temps pour présenter une vision sans concessions du BM hellène, puisqu’en l’espace de cinq ans, huit incarnations furent matérialisées. D’abord, le passage obligé de la démo avec la plutôt rêche The Eternal Loyalty to Misanthropy, qui de son titre en disait long sur la philosophie prônée, avant de publier un premier split multiple (Spiritual Flesh Around the Cycles of Inexistence, en compagnie de OPUS MAGORUM, SILENT DOMINION, VARG ORDER, THAER OS VALAEL et FUNERAL STORM), puis de se lancer dans le grand bain du longue-durée via The Gradual Immersion in Nihilism. S’ensuivront d’autres splits, mais surtout, deux albums, Inhumane Minimalism en 2015 et ce For I-The Misanthropist édité au mois de janvier par le label français Ogmios Underground, très rigoureux quant à ses productions.

Et autant dire que cette troisième livraison est à la hauteur de la misanthropie musicale des deux précédentes, trouvant même une nouvelle impulsion dans la violence la rendant presque imperfectible dans son créneau. On retrouve évidemment l’optique crue du duo grec, qui n’a pas édulcoré son propos, et qui conchie avec toujours autant de virulence cette société consumériste dans laquelle ils ne se reconnaissent absolument pas. Porte-parole des parias et des rejetés, des solitaires et des décalés, HUMAN SERPENT puise son inspiration dans la brutalité la plus blafarde, mais ne se contente pourtant pas du minimum syndical pour séduire. Figure de proue de l’underground hellène, le groupe mérite vraiment l’excellence de sa réputation, et ose neuf morceaux sans complaisance aucune, privilégiant l’attaque de front, et la rapidité d’exécution. Faisant fi des principes de rachitisme de production, le duo nous offre un son gigantesque qui ne fait qu’amplifier la portée de leurs incessantes attaques, dans une optique à la SATANIC WARMASTER, DØDSFERD, MGLA ou SARGEIST, sans trahir pour autant leur identité propre. For I-The Misanthropist continue donc le travail de sape efficace entrepris sur les deux premiers LP, et pousse la formule radicale à son paroxysme, au point de devenir une référence unique qui mérite toute l’attention que vous pourrez lui porter. Jonglant entre des plans terriblement Heavy et de fulgurantes accélérations sur tapis de blasts, I et X varient leur structuration sans trahir leur crédo d’origine, et nous bousculent de vélocité tout en nous écrasant de lourdeur, faisant même preuve d’innovation au niveau du chant, qui reste toujours aussi exhorté, mais beaucoup plus modulé. Ce qui permet d ‘apprécier à plein volume une composition aussi sombre et ample que « …To Son of Nothing », manifeste de pesanteur rappelant le MARDUK de « To Redirect Perdition », les harmonies acides en plus et la théâtralité travaillée.        

L’un des rares reproches que l’on pourrait formuler à l’égard de cette nouvelle sortie est son caractère farouchement uniforme qui condamne parfois les titres à une ressemblance poussée, mais le procédé faisant partie intégrante du concept, cette récrimination n’est pas forcément légitime au regard de la puissance développée pendant une grosse demi-heure. Après tout, le nihilisme et le refus des concessions s’accompagnent souvent d’une linéarité de fond, qui n’est pas forcément dérangeante pour peu que les titres fassent montre de qualités indéniables. Ce qui est incontestablement le cas de ces neuf pistes raisonnables, ne jouant jamais à trop étirer le timing pour se montrer redondantes, à l’exception d’un « Deep-Seated Pessimism » qui dépasse les cinq minutes pour nous proposer quelques variations intéressantes, passant d’un Black Crust légèrement scandinave à un BM aux dimensions presque symphoniques lorsque la guitare se laisse aller à des motifs concentriques. Mais le duo à la franchise de son leitmotiv, et lorsque déboule sans intro ni préparation le terrifiant « Seven Billions Slaves » au texte sans ambages, la messe noire est dite pour la masse, et les moutons rentrent vite à la bergerie. Sauvagerie décoiffante, pour une ambivalence de chant évoquant DEICIDE, et un instrumental rageur plaçant la cruauté en principe majeur. Le reste est du même acabit, et ne faiblit jamais, ce qui permet à For I-The Misanthropist de rester convaincant de bout en bout, sans nous faire ressentir une lassitude quelconque. Un excellent album d’un groupe qui commence à faire beaucoup de bruit hors de ses frontières, et qui mérite largement d’être mis en avant dans les colonnes des webzines spécialisés. Notons pour la bonne bouche que l’objet est disponible dans une version digipack très aboutie, que vous pouvez acquérir pour un prix très modique, ce qui achève d’en faire une sortie à faire sienne coûte que coûte. Franche réussite donc pour un duo qui n’aura jamais cédé un pouce de terrain, et qui s’évertue à démontrer depuis ses débuts que le Black Metal le plus puriste a encore de beaux jours de pessimisme et de misanthropie devant lui.


Titres de l'album:

  1. Seven Billion Slaves
  2. For I The Misanthropist
  3. Temple Of All Despair
  4. The Scars Of Millions
  5. ...To Son Of Nothing
  6. Us And Them
  7. Devotion To Denial
  8. Deep-Seated Pessimism
  9. Blessed Is The Man Who Expects Nothing

Site officiel

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par mortne2001 le 14/04/2018 à 18:57
80 %    320

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La résidence c'est lorsqu'un artiste loue une salle pour y répéter son concert en vue d'une tournée. C'est une répétition en grandeur nature en quelques sortes


1) ManOfShadows + 1 !
2) C'est quoi "la résidence" ?


Bonne nouvelle. Je n'attendais pas un nouvel album de leur part si tôt.


J'ai eu peur ! En lisant les deux premières lignes et en voyant la photo, c'est mon cœur qui a faillit s’arrêter de battre. Murphy est un vocaliste unique et légendaire. Bon courage et bon rétablissement à lui.


C’est pas trop tot


Pas un petit passage par chez nous, dommage...


A noter qu'il s'agit d'un EP (5 titres) et non du 3ème album des chiliens à proprement parler.


Oui le morceau en écoute est... éprouvant ! Bien plus violent que certains groupes de métal. Je suis pas sur que ce soit pour moi par contre...
PS: Elle donne une interview dans le dernier New noise.


Ouch... je n'ai écouté qu'un seul morceau et pourtant je suis sur les rotules. C'est d'une intensité rare. Cathartique. Quand elle hurle, on a juste envie de hurler avec elle, encore plus fort pour... je ne sais pas vraiment en fait ! Tout bonnement impressionnant. Et éprouvant !
Merci mec(...)


Enjoy The Violence !