Heartbeat

Ailafar

27/10/2017

Perris Records

Bienvenu dans le monde rassurant, propre et bienséant du Hard Rock mélodique à tendance AOR, ce monde aux couleurs chatoyantes, au message limpide et sage, et à la musique éternellement jeune et radiophonique, dont le propos ne heurte personne, et qui séduit petits et grands dans un même élan d’empathie harmonique. Ne voyez pas dans cette introduction une quelconque malice, ou une ironie mordante déplacée, puisque l’auteur de ces mots est un ardent défenseur de la cause, de ceux qui vont justement se cacher assez régulièrement dans les allées fleuries de cet univers pour humer les parfums envoutant d’un Rock sagement mordant, et raisonnablement agressif…Oui, l’AOR, le Hard Rock estampillé West Coast, les TOTO, SURVIVOR, Richard MARX, HEART, JOURNEY n’ont certes pas inventé la poudre de perlimpinpin musicale, mais ils ont su la faire parler au travers d’albums à la composition et la production léchée, au point de représenter en termes de vente des arguments non négligeables dans les années 80…Depuis, la vie a suivi son cours, la musique aussi, et les amateurs ont vieilli, mais n’ont jamais trahi. Le jeune garde a relevé la sienne pour pérenniser la tradition, et une nouvelle génération de groupes porte maintenant le flambeau bien haut, faisant chuter les frontières pour propager le message sur la terre entière. USA, Angleterre, Allemagne, Italie, Grèce et même Russie, les nationalités se sont regroupées pour affronter le pessimisme ambiant et continuer de faire flotter le pavillon sur les océans de violence, histoire d’offrir au navigateur perdu une île où accoster sans craindre de se faire violenter. Aujourd’hui, la Grèce est notre hôte, via un de ses plus nobles représentants, AILAFAR, né du cerveau fécond d’un musicien isolé bien décidé à partager ses idées.

Fondé en 2006, sous l’impulsion du guitariste John Tzortzis, AILAFAR peut en 2017 s’enorgueillir d’une bien belle carrière, parsemée d’interventions extérieures, de premières parties fameuses et d’albums personnels de grande qualité, sur lesquels on retrouve toujours un panel d’instrumentistes et de vocalistes à la réputation immaculée. Heartbeat ne fait pas exception à la règle, et la confirme plutôt, permettant à ce concept de s’approcher du haut du panier, tout en gardant une certaine propension à la modération qui l’empêche de vraiment percer. Ne le cachons pas, le successeur de Long Way To Imagery et No Limits est ce que l’on pourrait appeler un splendide archétype, qui ne cherche aucunement justement à repousser les limites, mais bien à les accepter en tant que telles, sans faire preuve d’une grande témérité. Néanmoins, et en acceptant cet état de fait, ce troisième LP se hisse tant bien que mal à la hauteur des standards, en jouant le classicisme outrancier, et en permettant à des harmonies éprouvées de nous enchanter, sans vraiment nous faire rêver. Le résultat est probant, et le line-up actuel (Elisabeth Mari – chant, John Tzortzis – guitare, Kostas Mauroudis – basse, Vangelis Valis – claviers et Fotis nestor – batterie) très capable, et si les douze morceaux de ce nouveau-né ne proposent aucune piste permettant innover, ils savent quand même placer des mélodies travaillées pour suggérer une émotion non simulée, ce qui transforme cette œuvre en disque qui mérite amplement sa place dans votre discographie presque idéale.

L’écueil principal de ce genre de réalisation, comme vous l’aurez compris, est son refus de remettre en cause les théories. Dès lors, il devient très ardu pour un journaliste d’en parler, tant ses mots vont se répercuter d’une chronique à l’autre, sans vraiment parvenir à expliquer ce qui l’a séduit. Le Hard Rock mélodique à tendance AOR est l’un des plus difficiles à décrire, tant le ressenti est important, et tant le genre est balisé depuis des décennies. On peut évidemment évoquer quelques détails techniques, comme les participations diverses de guests plus ou moins connus comme celles de Dean Mess de W.A.N.T.E.D, de Kelly Blake de JAILCAT, ou de Constantine Mari, frère d’Elisabeth, de FORBIDDEN SIN, sans être sûr de susciter la curiosité d’un auditoire potentiel se sentant plus ou moins concerné.

Il n’en reste pas moins que ce troisième album mérite largement le label d’excellence par moments, spécialement lorsque l’instigateur du projet se laisse aller à des digressions en solo, à l’occasion du magnifique instrumental « Live Love Dream », qui n’est pas sans suggérer quelques accointances avec Joe Satriani ou Neal Schon…Volutes de six-cordes parfaitement maîtrisées, qui s’envolent dans un air purifié, backing band qui sait rester humble et servir le propos sans s’asservir, pour quelques minutes de volupté musicale délicieuse et nuancée. Le chant d’Elisabeth Mari est lui aussi d’une très grande qualité, et lorsque l’approche retrouve les principes les plus appréciés des eighties loin d’être oubliés, ça nous donne de petites merveilles comme ce « Bucket List », qui sautille d’un mid tempo allégé par des couplets parfaits menant à un refrain diaboliquement léger.

Beaucoup trouveront l’ensemble un peu aseptisé, et manquant de ce surplus d’énergie qui transformait les LP de JOURNEY en fête du Hard Rock débridé, mais même lorsque l’acoustique s’impose, l’énergie ne dépose pas les armes, et transforme la simplicité en affection modulée, pour un « Come Like An Angel » bien chaloupé, qui se déhanche d’une rythmique bien balancée. Les lieux communs ne sont pas toujours évités, spécialement au niveau de textes qui se contentent d’un amour standardisé, mais on pardonne vite cette faute de goût qui est finalement largement excusable au jugé d’une bande-son méchamment calibrée (« Do You Really Want My Love ? »). D’autant plus que le groupe à la gentillesse de ne pas nous engluer dans un déluge de balades chamallow à condamner un diabétique au billot, sans pour autant se départir complètement d’un romantisme insistant (« Forever As One », qui rappelle BENATAR ou BERLIN), qui se matérialise assez régulièrement au détour de morceaux soft, mais qui enlacent tendrement (« My Heart Belongs To You », au chant partagé et aux intentions avouées). S’il est certain que le Rock est plus sous-jacent que vraiment présent, et s’il s’articule la plupart du temps autour d’un riff étouffé dans le mix (« Another You »), la voix d’Elisabeth Mari permet de ne pas constater trop de perte de puissance, elle qui donne tout ce qu’elle a pour nous mettre en transe. Que le tempo soit guilleret et l’atmosphère modulée (« Cast Away »), ou que les larmes perlent sur des joues délicieusement rosées (« Dream Date »), les grecs s’en sortent avec les honneurs, sans pour autant remettre des pendules arrêtées à l’heure. Leur travail est remarquable, à défaut d’être important, mais finalement, de par sa discrétion, Heartbeat fait battre le nôtre, sans effet de manche, en toute sincérité.

Pour être franc, si les amateurs du genre trouveront satisfaction à l’écoute de ce troisième LP, les détracteurs trouveront matière à continuer de mépriser, tant AILAFAR n’ose pas sentir un peu plus loin que les harmonies fleuries qui bourgeonnent sous son nez. C’est impeccable, bien repassé, mais on attendra la prochaine fois un peu plus de témérité et de draps froissés pour transformer ces artisans honnêtes en artistes confirmés.


Titres de l'album:

  1. Do You Really Want My Love
  2. Stop Running Away
  3. Bucket List
  4. Now We Rock
  5. Dream Date
  6. Live Love Dream (Lld)
  7. Come Like an Angel
  8. Forever As One
  9. My Heart Belongs to You
  10. Another You
  11. Cast Away
  12. Pulse

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par mortne2001 le 12/11/2017 à 14:50
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