Un groupe des Pays-Bas qui se targue de conjuguer la vélocité du Death US et la froideur de son pendant scandinave, voilà qui n’est pas banal. Connaissant la volonté des hollandais de ne jamais céder à la facilité ou à la luxure d’un extrême sans queue ni tête (école PESTILENCE, des deux périodes bien distinctes), nous étions en droit de nous attendre à un déluge de bile et à des évocations d’hivers sans fin, ce qui est exactement ce que propose ce nouveau longue-durée des barbares de BLOODPHEMY, au nom si évocateur d’une tendresse infinie pour la vie. Voici donc un groupe au parcours atypique, et à la trajectoire erratique, puisque après des débuts en fanfare, les musiciens ont finalement jeté l’éponge assez vite, nous laissant dans l’expectative d’un hiatus de plus d’une décade. Voilà qui n’est pas banal, et après une formation à l’orée du nouveau siècle, ces originaires d’Amersfoort ont très vite publié une première démo/LP, Section 8, qui laissait pourtant présager d’un avenir radieux sous le soleil noir de la bestialité musicale. Mais las, malgré des efforts initiaux conséquents, c’est une longue pause qui a succédé à ce premier cri primal, nous laissant dans l’ombre jusqu’en 2016 pour constater les progrès accomplis. Blood Will Tell nous rassura donc sur les intentions de ce quintet de grognons, avant qu’un premier longue-durée officiel ne vienne valider leur retour. Bloodline, toujours aussi concerné par les débordements sanglants, reprenait les astuces développées à l’origine pour les propulser dans un professionnalisme de circonstance, et 2017 sonna donc la charge du comeback il y a deux ans, comeback qu’entérine définitivement ce nouveau pamphlet érigé à la gloire de la bestialité musicale.

Pas ou peu de surprises, In Cold Blood et ses tâches de sang ne fait que perpétrer un certain esprit en vogue en 2019, qui consiste à sonner old-school tout en donnant le sentiment d’être en phase avec son époque. Toujours aussi sevrés d’influences classiques (MORBID ANGEL, SADISTIC INTENT ou OBITUARY), ce second longue-durée des bataves se présente sous une nuit de pleine lune, animé d’intentions belliqueuses, mais ne sombrant pas dans le pathos d’un album de Death trop attaché à ses origines. Si l’impulsion générique va évidemment fouiller dans les caves floridiennes son besoin de méchanceté et d’agressivité, il ne manque pas non plus d’explorer les grottes suédoises à la recherche de cette rigidité presque cadavérique, qui permet aux guitares de sonner plus froides qu’un linceul en décembre. Mais étrangement, l’équilibre très stable auquel aspirent les BLOODPHEMY fonctionne bien, et loin d’une simple copie, ce nouvel album démontre des qualités collectives assez frappantes. On sent que le désir des musiciens était de proposer une musique certes épaisse, glauque, mais non dénuée de groove, ce qui permet à certains morceaux de développer des arguments accrocheurs et de nous extirper d’un ennui prévisible. En juxtaposant des riffs sombres mais catchy à des rythmiques presque groovy, et acceptant les grognements non comme des derniers râles mais comme des injonctions à headbanguer, In Cold Blood fait preuve non d’inventivité (le terme est encore un peu fort), mais de lucidité et de sang-froid, pour essayer de toucher un public plus large que celui constitué des nostalgiques de la mort antique.

De fait, des titres irrésistibles comme le déjanté et orgiaque « A Barbarous Murder » ne peinent aucunement à nous convaincre de leur pertinence, en alignant les plans flashy, les accélérations en déhanché, les lignes vocales nuancées, et les mélodies sous-jacentes qui aèrent la compression ambiante. Très à l’aise avec leur répertoire, les hollandais multiplient les allusions, celles notables à la scène Néo-Death suédoise des années 90, sans les gimmicks pénibles mais avec de jolies harmoniques sifflées, et d’autres plus classiques citant les concassages en règle de la scène américaine de l’orée des nineties. C’est efficace en diable, et surtout, hautement mémorisable, ce qui n’est pas donné à tout le monde dans le créneau, et la production mettant admirablement bien en relief les astuces développées, le tout s’écoute avec grand plaisir, d’autant plus que le timing reste concentré. « Mental Atrophy » continue sur la même lancée, assumant des cassures, de lourdes progressions suffocantes, mais laisse toujours les guitares s’épanouir dans un bouquet de riffs et d’arrangements ludiques, pour provoquer une sorte d’unisson instrumentale. BLOODPHEMY fait donc étalage de toutes ses capacités, et nous surprend de sa volonté de s’extirper d’un carcan vintage un peu trop restrictif pour eux. Certes, le formalisme est bien présent, s’incarnant dans un lourdeur de ton qui écrase les tympans (« S.P.E », et sa dualité vocale intéressante), mais ce deuxième LP a le mérite de proposer des pistes différentes, et surtout, de chercher à différencier ses morceaux sans provoquer la dispersion. Et les œuvres du cru capables de se montrer hétérogènes sans verser dans l’expérimentation hasardeuse étant rares, la réussite n’en est que plus éclatante.

Synthétisant tout ce que le courant a pu proposer depuis ses origines (sans aborder le cas épineux et roboratif du Technical Death) In Cold Blood frappe, mais réfléchit avant d’achever. Pas question pour autant de se vautrer dans la luxure facile des mélodies mièvres qui ont condamné bon nombre d’album au mépris de violence, cette nouvelle étape accepte les modulations et quelques concessions, rappelant parfois les modèles de PESTILENCE à l’occasion d’un interlude multiple et peaufiné juste ce qu’il faut (« Worship Me »). Méchamment en place, les instrumentistes (Winfred Koster, Edwin Nederkoorn, Robin Zwiep, Rutger van Noordenburg et Olivier van der Kruif) trouvent donc le juste milieu entre nostalgie et modernisme, bombent le torse, montrent les muscles saillants, mais jamais pour faire les malins. Ils s’autorisent d’ailleurs en fin de parcours un joli massacre que les MORBID ANGEL auraient pu illustrer récemment (« L'Uomo Delinquente »), et permettent à In Cold Blood d’accéder au statut enviable d’œuvre inspirée. Défouloir par certains côtés, déviance plus fine qu’il n’y paraît de l’autre, ce troisième témoignage post-comeback est une petite mine de vilénie musicale admirablement bien mise en scène, qui ne lasse jamais, qui empile les plans sans chercher l’accumulation gratuite, et qui finit par convaincre de ses capacités à se montrer aussi violente que séduisante.  

  

Titres de l'album :

                             1.Psycotic Breakdown

                             2.Spree Killing

                             3.Bloodline

                             4.A Barbarous Murder

                             5.Mental Atrophy

                             6.S.P.E

                             7.Out Of The Box

                             8.Chambers Of Horrors

                             9.Worship Me

                            10.L'Uomo Delinquente

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par mortne2001 le 02/08/2019 à 17:37
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