L’Amérique du sud, ses paysages, son climat, ses pays au charme certain, mais aussi…sa violence, et son orientation musicale aux antipodes des clichés de carte postale que les touristes s’en font. Il est de notoriété publique que cette région du globe a abrité les pires exactions bruitistes de la légende, et celle-ci continue d’être écrite aujourd’hui, à grands coups de Thrash bestial, de Hardcore fatal, et de Black Metal létal. Preuve en est donné par le premier EP d’un étrange duo, qui dès le mois d’avril se verra fixé sur CD par les bons offices du label russe Narcoleptica Productions…Mais en attendant, le EP en question est déjà disponible sur le Bandcamp du duo, gratuitement qui plus est, alors je ne saurais que trop vous conseiller de vous ruer sur le site concerné pour vous en emparer digitalement…Et de cette petite masse d’informations surgit tout à coup une question. Quel groupe, quelle tendance, et quel EP ? Celui, initial, du duo MORBID REICH, qui malgré un patronyme aux consonances pas forcément heureuses (on a harassé SACRED REICH pour les mêmes récriminations) nous propose trois titres, une intro et une outro purement Black Metal, et pas forcément le plus facile à assimiler du créneau. Aux commandes de ce projet, deux hommes, Oor Nephilim (batterie et chant), et Walpurgis (guitare, basse, compositions, plus trois quarts des textes), se réclamant de références éprouvées et endurées, du MAYHEM le plus tardif en passant par le DARK FUNERAL le plus nocif, sans oublier quelques anecdotes dont NIDINGR n’est pas la moindre. Nous connaissons tous le principe de révérence et d’obligeance, mais les faits nous prouvent souvent qu’une somme d’influences ne donne pas forcément un résultat approchant, qualitativement et stylistiquement. Mais pour une fois, je dois reconnaître que les instrumentistes/artistes impliqués ont joué la carte de l’honnêteté, et qu’ils peuvent se targuer d’avoir choisi les modèles les plus idoines…mais pas seulement.

Car loin d’une stupide et stérile adaptation de standards, An Endless Heretic Advocacy se veut carte de visite qui laisse une impression durable, même si deux des morceaux le composant ne sont qu’intro/outro, ce qui réduit le timing à la portion congrue de trois pistes originales…mais là encore, le bilan n’est pas vraiment exhaustif au regard de la qualité des deux interludes en question. Loin de se contenter de samples ou d’arrangements troussés à la hâte, les deux originaires de Santiago du Chili ont soigné leur partition, et ont travaillé leur entrée par la grande porte, en prenant modèle sur un KING DIAMOND bossant sur la mise en place d’Abigail ou Them. Pour autant, et rassurez-vous, l’heure n’est pas à l’Horror Metal déjà faisandé avant d’avoir été dégusté, mais bien au Black Metal le plus contemporain qui soit, avec une solide assise moderne creusant ses fondations dans l’histoire la plus pérenne. On sent dès le riff acide de « Intro » que l’ombre du MAYHEM de Grand Declaration Of War plane au-dessus de ce projet à quatre mains et deux jambes, sans que l’on puisse parler de plagiat à proprement dit. Mais cette rythmique presque martiale, cette guitare aux accents dissonants, et cette double grosse caisse qui réveille le spectre d’un Hellhammer aux bras de ventouses nous ramène bien sur la piste de la créature de feu Euronymous, alors même que « Where Do the Gods Hide » se veut prolongement direct et logique, titillant même la corde sensible d’un DISSECTION encore en devenir, époque The Somberlain. Un guitariste/bassiste qui ne prend pas ses cordes pour de simples fils à faire vibrer, et qui suggère parfois des réminiscences du Piggy le plus délirant, une rythmique concassante qui s’accorde parfaitement de son propre rigorisme pour cimenter le tout, et un chant schizophrénique qui joue avec le diable tapi dans l’ombre, pour un résultat suggérant une adaptation tout à fait convaincante des standards noirs dans une architecture plus complexe qu’il n’y parait. Pas mal de cassures, des breaks plein de flair qui ajoutent à la tension évolutive de l’ensemble, quelques interventions mélodiques purement Heavy Metal (beaucoup de délicatesse dans les soli, surprenants mais délicats, et ne nuisant pas à l’intensité de l’ensemble), pour un premier « véritable » morceau qui met en avant les qualités individuelles et techniques des deux musiciens, tout comme le savoir-faire d’un composteur qui n’a pas la partition dans sa poche.

Et si « When Light Turns Forever Black », sous ses orgues ténébreux d’entame semble poursuivre le travail de dramatisation global, confrontant le BM le plus orageux et le Metal le plus tortueux (formidable combinaison de fragrances qui trempe sa plume dans la haine d’un Heavy Black à la CRADLE, la séduction des midinettes substituée par une obsession de l’effet qui frappe la conscience), « Those Who Rotted the Soil » change complètement l’optique, pour la rapprocher d’un Black chaotique à l’extrême, et volontiers symptomatique des tendances sud-américaines en la matière, bestialité et psychédélisme outrancier, pour une valse Techno-Black assez sidérante dans l’effet, mais réellement convaincante dans les faits. Une sorte de crise de folie à peine maîtrisée, pour une volonté d’ouverture qui permet de constater que le duo en a sous le coude pour nous entraîner sur des pistes excentrées. D’où une opinion hautement positive qui se dégage, et un consensus, puisque l’outro « Consummatum Est » referme ce premier et court chapitre d’une mélodie onirique dépeignant un tableau macabrement enfantin, aux sonorités synthétiques nous plongeant en plein giallo sonore sous influence. Une totale réussite donc que cet An Endless Heretic Advocacy, beaucoup trop court au regard de l’intérêt qu’il suscite, et qui révèle au grand jour le talent des MORBID REICH. Une mise en bouche et un petit tour succinct du propriétaire de ce domaine qui est loin d’avoir révélé tous ses secrets et ses portes dérobées, et qui nous promet encore des surprises lors de notre prochaine visite. Mais quoique coûte la prochaine excursion, je signe pour un voyage plus long.

Sans hésiter.


Titres de l'album:

  1. Intro
  2. Where Do the Gods Hide
  3. When Light Turns Forever Black
  4. Those Who Rotted the Soil
  5. Consummatum Est

Bandcamp officiel


par mortne2001 le 20/02/2018 à 18:33
85 %    250

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chro séduisante, bon morceau également, merci pour la découverte


Franchement meilleur que les dernières prod de Death Fr...


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Ben oui, normal. Déjà assimiler "vegan" et "antifa" est hors sujet.
Soutenons UADA !


KaneIsBack + 1.


Nefarious + 1.


Non.


Cet album est absolument fantastique !!!


Ravi de lire un report sur Aura Noir


J'ai jamais vraiment écouté Cancer, pourtant je fais partie de cette génération des 90's qui a découvert( le death metal avec ces sorties majeures. Très efficace ce titre , va falloir que je rattrape quelques lacunes.


commandé


Le metal selon les Grammys... Vaste blague.


Candlemass c'est pourris depuis la première séparation des années 90...Avant c'était génial et sombre.


Rien d'autre a faire que d'aller au Botswana ?


Donc Ici on ne peut pas être anti-fa, et vegan sans être aussi une cible...


Les antifas sont effectivement aussi fascistes que ceux qu'ils dénoncent. Pitoyable histoire...


Si Jeff est aussi insipide dans MDB qu'il ne le fut dans Paradise Lost, ça promet de sombres catastrophes. Je me souviens encore de la manière dont il détruisait "As I die" sur scène...


Très très curieux d'entendre ça, surtout avec le retour de Langqvist.


Faut voir le résultat, je suis très méfiant avec CANDLEMASS qui n'a rien proposé de bandant depuis fort longtemps ! Mais sur le papier... oui c'est la classe ultime !


C'est exactement ce que je me disais... La classe !


"Mais aussi que Toni Iommi (ex-BLACK SABBATH) apparaissait sur le titre "Astorolus - The Great Octopus" le temps d'un solo".
Si ça c'est pas la grande classe... ... ...