Alors, tout ça parce qu’on n’aime pas particulièrement un style de musique, on ne devrait pas faire l’effort d’essayer de comprendre pourquoi ? Voire même, de tenter de trouver des groupes susceptibles de vous faire changer d’avis ? Certes, je le conçois et je l’avoue, peu de groupes seraient à même de me faire revoir ma notation quant à la copie Metal Symphonique ou Gothique. Etant complètement réfractaire au genre depuis ses débuts, je me vois mal à mon âge devenir fan, même si la vieillesse fait parfois oublier bien des choses. Mais, puisqu’il y en a un, je suis toujours suffisamment honnête pour admettre qu’une musique est bonne, sans tenir compte de son affiliation. C’est ainsi qu’au hasard de l’ennui de la quête de nouvelles chroniques, je me suis amusé à déterrer une ancienne archive oubliée, histoire de voir si elle n’avait pas quelque chose de neuf à me proposer. Et quelle ne fut pas ma surprise de me rendre compte que ce fut le cas, et de la plus belle des façons, puisque cet album était plus ou moins rattaché à des écoles dont je fuis les bancs depuis longtemps. Les LOST DOMAIN, héros de demain et espoirs d’aujourd’hui ? C’est tout le mal que je leur souhaite, mais j’ai cru voir en ...In the Waiting Room of Death, leur premier LP, les prémices de promesses qu’ils n’auront aucun mal à tenir au vu de leurs talents individuels et de leur cohésion collective. Un peu d’histoire pour commencer ? Histoire de placer le contexte…

Les LOST DOMAIN nous en viennent donc de la belle Stockholm, Suède, ville bien connue pour avoir vu naître un nombre incalculable d’artistes d’importance. Mais ce sextet avoue n’être pas complètement scandinave, puisque la vocaliste Catalina Leonte vient de la partie transylvanienne de la Roumanie. Le reste du line-up est bien originaire du grand froid (Michael Ahlin - guitare, Niklas Lundqvist - synthés, Viktor Gineman - batterie, Patrik Mäki-Heikkilä - basse et Peter B. Eriksson - guitare), et l’ensemble existe depuis quelques années déjà, puisqu’on trouve trace de leur premier EP éponyme en 2013. Pour l’avoir survolé sur les plateformes légales, je dois admettre que les instrumentistes et compositeurs ont fait des progrès notables, et semblent avoir trouvé l’approche avec laquelle ils se sentent le plus à l’aise, tant ce premier LP fait preuve d’une maîtrise exceptionnelle et d’une maturité somme toute remarquable pour une entrée en matière. Mais concrètement, qu’est-ce qui vous attend à l’écoute de cet énigmatique ...In the Waiting Room of Death à la pochette humanitaro-mystique ? Une musique puissante, racée, versatile mais cohérente, qui picore un peu partout les graines de sa propre discorde, et qui finalement, se range difficilement dans une catégorie bien définie. Et c’est sans doute pour cette raison que je l’ai tant apprécié.

On tombe au gré des dix compositions sur des éléments de Metal moderne, de Progressif parfois, de Symphonique, de Metalcore selon l’humeur, le tout enrobé dans une ambiance subtilement gothique qui n’en rajoute pas au niveau du pathos des arrangements, et qui reste suffisamment analogique pour ne pas rebuter les accros de la vieille école. Inutile dès lors en considérant le concept du « Female fronted band » de vous attendre à un nouveau NIGHTWISH, un ersatz de DELAIN, une copie-carbone de WITHIN TEMPTATION et autres cadors de vocalises en arabesques dégoulinantes de plastique de supermarché fondu. D’une part, parce que l’instrumental est un poil plus agressif et original que la moyenne, et d’autre part, parce que Catalina ne se prend pas pour une castafiore des Carpates, et n’a pas aiguisé ses dents pour se la jouer vampire de l’opéra. Non, elle se contente de chanter, et très bien même, d’une voix puissante au timbre grave, et ressent chaque note sans rester superficielle, ce qui la distingue de bon nombre de ses homologues.

Certes, nous n’échappons pas toujours au convenu et au classique. Nombre de morceaux respectent une trame formelle, dérivant d’un Metal ambitieux au son démesuré (mixage et mastering assurés par David Castillo aux Ghost Ward studios, l’homme qu’on retrouve derrière KATATONIA, OPETH et DARK TRANQUILITY), et le tout à parfois des airs de Power Metal moderne qui refuse quand même les clichés pour balancer la sauce de riffs méchamment graves et relevés. Mais lorsque la machine se calme, à l’occasion du magnifique et francisé « Désolé », le climat se tamise, les mélodies deviennent proéminentes, et l’envie de proposer autre chose qu’une cavalcade sans pitié prend le dessus, pour notre plus grand plaisir. Il est d’ailleurs à noter que c’est la seconde partie de l’album qui s’avère la plus séduisante, et presque risquée dans ses choix, puisque le sextet ose changer un peu la donne pour se frotter à des mélodies purement Pop-Rock qui rappellent une Anouk sous perfusion de plomb (« In Your Eyes »), laissant alors le champ libre à Catalina pour moduler sa voix, et prouver tout son talent. Les suédois/roumains invitent même à leur fastueux banquet un nom connu, celui de Björn Strid, de SOILWORK, venu prêter voix forte au titre « Rebellious Angel » qui lui va comme un gant de sa rythmique concassée et de ses guitares syncopées. Les deux derniers segments laissent place à une belle recherche progressive, et totalisent d’ailleurs presque vingt minutes à eux deux, ce qui permet de terminer l’album sur une note haute et remarquable. On commence avec l’envoutant « Rise Of Isolash », qui incruste des nappes de synthé sur des licks faciles mais efficaces, et qui propose un crescendo dramatique assez fascinant en soi, avec son mélange de nappes vocales qui s’entremêlent comme dans un rêve.

« …In The Waiting Room Of Death » fait d’ailleurs la part belle aux ivoires et ébènes, et développe une très longue intro synthétique délicate, avant de s’affoler le long d’un Heavy très précieux et belliqueux, qui se souvient très bien des histoires de QUEENSRYCHE et de celles de LACUNA COIL. Onze minutes de Metal à l’aise dans son époque, qui pourtant ne joue pas l’opportunisme, et trouve toujours le plan idoine pour rebondir sur le précédent, dans une logique imparable qui ne sacrifie pas l’authenticité au préfabriqué. Une fois encore, soulignons le travail vocal impeccable, et la production au-dessus de tout soupçon, énorme dans son développé, mais aux graves percutants et aux médiums cinglants. La première partie du LP, plus directe et moins alambiquée séduira les plus immédiats d’entre vous, avec ses chansons plus volontiers Power Metal, mais n’en reste pas moins une mise en bouche parfaite pour la suite des évènements. Espérons que les LOST DOMAIN ne perdent pas ce sens de l’équilibre qui leur permet de sinuer entre les genres tout en gardant le leur. Mais de fait, et en toute objectivité, ...In the Waiting Room of Death est un très bon disque qui permet de rentrer de plein fouet dans l’univers d’un groupe qui pourrait bien devenir une sorte de next big thing, sans le tapage publicitaire inutile.

 

Titres de l'album :

                       1.Another Day...

                       2.Silent Cry

                       3.Beneath the Bridge

                       4.Indicium    

                       5.Resistance Is Futile

                       6.Desolé

                       7.In Your Eyes

                       8.Rebellious Angel (feat. Björn Strid)

                       9.Rise of Isolash

                      10...In the Waiting Room of Death

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par mortne2001 le 10/09/2018 à 17:28
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Super report ,ça donne envie d'aller dans le pit et secouer de la tête là-bas


Comme indiqué, invraisemblable. Il n'a pas respecté le confinement en faisant de la nage en eaux-vives. Ceci étant, pas vraiment de risque qu'on en parle en ce moment, et l'image du metal, pfff, hein.


C'est plutôt bien foutu mais la thématique me laisse perplexe. Black et médieval, yep, mais figure chrétienne telle que la Jeanne… Quoique, cette période est étroitement liée à la chrétienté en Europe… Merde. M'enfin ça me laisse perplexe quand même.


Première phrase admirable, Humungus.
M'en vais essayer, tiens.


J'ai acheté l'album. Tous les morceaux sont dans la même veine. C'est ultra massif et cohérent avec des riffs simples mais accrocheurs et pas ennuyeux (en tous cas, chez moi ça tourne en boucle et je ne m'en lasse pas).


@Grinder : bien sûr ! Après ça serait moins exotique et original forcément... et certainement plus difficile aussi.
En Asie les gens étaient du genre très avenants pour discuter (c'est pas tous les jours qu'un blanc bec va leur poser des questions chez eux sur leur passion). En Scandinav(...)


Amalie McKennitt.


Effectivement, la chanson en écoute est excellente.
Avec un soupçon de Bolt thrower et Goatess?


Ca te dirait pas un "J'irai mosher chez vous en Suède / Norvège / Finlande" ?


Thanks ! Ca permet de voyager en ces temps compliqués ;-)


Bon, ben moi quand on me dit qu'un groupe est hautement inspiré par la bande à Tom G. Warrior, bah je fonce tête la première.
Et bien pas déçu pour deux sous bon dieu de dieu !!!
Pure merveille que voilà !!!
Merci mortne2001.


Je suis également Trepalium depuis longtemps, le premier album. Il ne faut pas oublier l'EP sorti en 2015 et renommé "Damballa's Voodoo Doll", ultime enregistrement avec Kéké qui replongeait puissamment dans l'instrumentation Jazzy. J'ai la franche impression que depuis huit ans le groupe est d(...)