Les Acteurs de l’Ombre cherchaient à combler un vide. Et comme le célèbre label de Gérald ne fait jamais les choses comme tout le monde, et avec une pointe d’ironie, ils ont donc signé leur premier groupe de Black N’Roll via…VOID. Boucher un trou par un vide, la dualité pourra amuser, mais après tout, les agitateurs de l’underground français n’en sont pas à un clin d’œil près. Cela dit, et après écoute de l’album en question, difficile de considérer cette nouvelle tête d’affiche comme un manque ou une absence, puisque les VOID en question sont plutôt du genre atypiques sur la scène actuelle, et ce, à bien des égards. Black N’Roll donc, tout le monde connaît la recette depuis que les DARKTHRONE l’ont popularisée, entre autres, mais à prendre avec des pincettes et de la distance dans le cas de ces nantais bien nantis, puisqu’ils abordent le style avec un panache très personnel, et une philosophie qui ne l’est pas moins. Si le créneau est depuis des années obstrué par des pollueurs de bas étage qui confondent vitesse et précipitation, et brutalité et talent, les VOID ont plutôt tendance à vouloir redonner à cette musique les lettres de noblesse qu’elle a perdues depuis longtemps, en proposant l’une des digressions les plus pleines et accrocheuses qui soit. Fondé du côté de Nantes en 2011, ce collectif aux initiales vagues (OH//CR//PG//JMC//CRDR) s’inspire donc de plusieurs fragrances pour élaborer son parfum mi- putride mi- boisé, et nous offre une belle démonstration auditive de fulgurances catchy et autres riffs pernicieux mais séduisants, sans perdre de vue l’objectif BM de base. Si Gérald ose l’unicité en proclamant n’avoir jamais entendu d’équivalent sur la scène nationale, son enthousiasme tout à fait logique se justifie des constructions élaborées de ce quintette qui ose la durée maximale et les entrées minimales, et surtout, l’osmose générale entre Black repu de la seconde vague, et Rock N’Punk bien crade, mais terriblement professionnel.

Pas vraiment d’influences avouées pour les VOID, et c’est tant mieux, car en effet, ils possèdent quelque chose d’unique dans leur optique. Si le B n’R est l’un des sous-genres les plus statiques et inamovibles qui soit, répondant à un dogme 95 très précis, sorte de cahier des charges indispensable (son un peu sale, immédiateté des motifs, itérations parfois très irritantes de linéarité, bravache Punk parfois en étendard bon marché), celui des VOID en est très éloigné, et semble parfois se situer en convergence de la période Death/Heavy de CARCASS et celle plus sombre et provocatrice des DARKTHRONE. C’est très palpable sur l’immense morceau éponyme d’ouverture, ample et majestueux, qui vous prend à la gorge en utilisant des motifs purement Death sur une trame Heavy Black qu’IMMORTAL n’aurait certainement pas reniée. Les ambitions sont donc affichées fièrement dès le départ, et jamais démenties par la suite, ce que la durée des morceaux n’aurait sans doute pas permis. Car si d’ordinaire, les chansons tournent autour des deux/trois minutes chrono, elles atteignent souvent ici des étirements assez conséquents, sans manquer d’idées et de rebondissements. En collant de près à une éthique roots tout en acceptant la grandeur d’une production très profonde, les nantais provoquent donc un décalage, et renient à proprement parler le concept de vide qu’ils proposent, pour mieux le combler de guitares acides, parfois dissonantes, mais étonnamment franches et développant des motifs concentriques assez convaincants.

Mais avec des comparaisons de leur chaperon évoquant WATAIN ou SATYRICON, la marge d’erreur se voyait réduite à la portion congrue dès le départ. Certains groupes auraient pu occulter le parallèle avec mépris, d’autres se tétaniser de terreur, mais les VOID ont préféré une autre voie, celle de l’assurance tranquille, en leur propre talent et leur dévotion à une indéniable originalité de ton. Certes, les images évoquées ne sont pas sans fondement, mais je trouve dommage de vouloir établir un lien entre des ensembles déjà existant et les nantais, puisque ces derniers font justement tout ce qu’ils peuvent inconsciemment pour prendre leurs distances avec d’éventuelles influences. Alors, finalement, de quoi parle-t-on ? De Black N’Roll ? Evidemment, puisque là est l’origine du projet, mais en écoutant un morceau aussi écrasant que « We Come We Breed We Live », l’auditeur érudit aura du mal à ne pas y voir une forme plus simple et larvée de BM cru et minimaliste, boosté par une production énorme qui n’est pas sans évoquer un point de jonction entre les débuts du Black norvégien et la seconde génération des deux références évoquées plus haut. Mais les VOID préfèrent citer d’une manière générale le Rock classique, le Thrash, le Punk Hardcore et les riffs accrocheurs pour tenter de situer leur art, flou qui leur convient parfaitement. Et comment oser bloquer les débats sur le terrain du B n’R lorsqu’on sombre dans les affres sombres de « Omen », véritable plaidoyer de nihilisme qui lâche des arpèges sales comme Euronymous les affectionnait tant, tout en gardant ce grain de voix si particulier que Jeff Walker malmenait avec sadisme ? C’est impossible je vous l’accorde, ce qui n’empêche pas le quintette de placer en route un énorme lick redondant rebondissant sur des breaks mélodiques du plus bel effet.

Comme vous le constatez en lisant mon laïus, l’affaire semble beaucoup plus complexe qu’elle n’était censée l’être au départ. Mais connaissant le degré d’exigence des Acteurs de l’Ombre, il n’est pas si étonnant de constater que ce premier album de VOID dévie de sa route pseudo tracée à intervalles réguliers pour fédérer un public avide de sensations sinon inédites, du moins, pas forcément préfabriquées. On a même parfois la vague impression de tomber sur une répétition conjointe du CARCASS de Swansong et du VOÏVOD de Katorz, produisant un hit imprévisible à base de riffs charnus mais maladifs, et d’une rythmique guillerette et sautillante (« Theory Of Hail », le genre de classique immédiat que Bill et Jeff nous offraient sur le séminal Heartwork), ou sur une traduction dans un vocable nouveau des idiomes BM estampillés 90’s (« Red Cardinals », lourd, oppressant, mais bizarrement séduisant dans sa dépravation harmonique). Enfermé sous un artwork très esthétique (la trademark du label, mais qu’on apprécie toujours), Jettatura est donc une incroyable preuve de maturité pour les VOID, et une preuve de plus que les Acteurs de l’Ombre n’ont pas cédé un pouce de terrain à la facilité. En nous déroulant le tapis rouge du Crossover, les nantais démontrent donc que le Black n’Roll n’est pas qu’une simple affaire de brutalité outrancière gratuite, mais bien un genre qui peut se permettre de faire preuve d’ambition, sans renier ses fondements. Encore fallait-il pour en arriver là explorer le vide séparant la facilité de la créativité, exploration dont les VOID reviennent avec des réponses surprenantes, mais probantes. Et donc, immédiatement validées.  

      

Titres de l'album :

                         1.Jettatura       

                         2.Theory Of Hail       

                         3.Woven Woods

                         4.We Come We Breed We Live        

                         5.Omen          

                         6.Red Cardinals

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par mortne2001 le 11/10/2018 à 16:46
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sympa l'interview ! hate de lire les suivantes car c'est un sujet super interressant rarement exposé


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