Un nom pareil, une pochette pareille, un titre pareil, une provenance du Texas, tout ça pue l’arnaque à plein nez, genre un EP d’à peine un quart d’heure truffé de larsen, de fuzz, de rythmiques plombées jusqu’à l’écœurement ou l’écrasement, enfin en gros, une énième plongée en apnée dans une boue Sludge qu’on commence à fuir comme la peste, un peu à l’instar du cauchemar Doom ou Funeral Doom qui finit par nous les briser un peu.

Mais un regard plus attentif à cette pochette d’un horrible vert fluo permet justement de se dégager de ces aprioris un peu grossiers, et de distinguer des éléments nous emmenant sur une piste différente.

Laquelle ?

Celle des gros bruitistes qui ne peuvent pas s’empêcher de picorer à droite, à gauche et au milieu, pour mieux ramasser les graines qui leur conviennent le mieux.

Et sous cet aspect-là des choses, le quatuor HEAVY BABY SEA SLUGS s’est constitué une gamelle bien replie, qu’on prend un plaisir certain à vider en leur compagnie.

Les HEAVY BABY SEA SLUGS, ou une certaine con(tra)ception du Sludge qui n’a pas peur d’expérimenter, en faisant plus de bruit que la moyenne, et en volant du coin de la main quelques éléments de Hardcore, de psychédélisme nauséabond, de Garage Rock maladif, et de…d’avant-gardisme ? Non, soyons polis je vous prie. Restons en terrain inconnu puisque la visite est courte, mais agitée, et propice à une nuit de cauchemars même pas en stéréo, mais délavés de couleurs criardes et de changements de tempo.

Je suis un homme d’images, vous le savez, et j’aime les comparaisons un peu foireuses. Alors brodons. Imaginez les frangins Asheton et le Pop perdus dans un espace-temps un peu capricieux, et balancés dans une cabane de Louisiane, squattée par le gros Phil, et ses potes de COC, CROWBAR et EYEHATEGOD. Donnez-leur du matos, une vieille console analogique boostée un peu de traviole, filez-leur un jus quelconque, un peu frelaté ou des champis, et observez la scène.

A peu de choses près, ça pourrait donner un bazar aussi assourdissant et peu concentré que l’ouverture « King Midas Of Shit », qui effectivement transforme tout ce qu’il touche en merde.

Sludge parce que c’est épais et poisseux, Chaotic Core parce que c’est quand même très nerveux, et Noisy évidemment, mais comment faire autrement avec une bande de gredins pareils…

Si « Teenage Graveyard Party » érige le larsen au rang de dogme et se traîne d’un beat pataud, il semble rendre hommage du coin des lunettes de soleil aux CRAMPS, soudainement égarés sur un chemin du Texas, à fouiller les poubelles de l’Amérique pour y retrouver le son Anglais du SAB’. Lourd, éprouvant, dissonant, et feignant, mais alors feignant…Seul point d’accroche avec la lourdeur caractéristique de leur style d’affiliation, ce morceau ne peut quand même pas renier ses déviances, et accélère le tempo brutalement, pour sonner plus Hardcore que les GERMS et FLAG réunis après une bonne soirée de biture. Tiens, ils collent même un sale passage Thrashcore pour pimenter le tout, et oubliez la consigne, la caissière ne tient plus debout.

« Pit Bait » se veut primesautier, enjoué, mais reste crasseux et vilain comme un teigneux. Encore une fois, on touche de l’olive des baguettes un genre de Crustcore un peu BM malsain, mais c’est plus par jeu et provocation que par conviction, puisque le Heavy revient au pilon. Le chant est étouffé, normal, la guitare se plaint de porter le poids de la douleur à elle toute seule, fatal, et la batterie fait à peu près ce qu’elle veut, en suivant les lignes vocales nasillardes et perdues dans les limbes lysergiques d’un Sludgecore truffé de puces irritantes.

Un gros riff en mid histoire d’accrocher un peu l’oreille pleine de cérumen, et hop, l’affaire est dans le sac de jute.

« Zero One » termine cet EP (uniquement destiné à accompagner le passage asiatique du groupe en tournée, beau cadeau empoisonné quand même) sur une note sévèrement déformée, et accumule les bruits, les sons grouillants, les attaques de guitare en pleine cécité voilée, et fricote même avec un Noisy Dark Ambient pas vraiment rassurant.

Mais qu’en disent les principaux intéressés, plus au fait de leur propre philosophie que nous autres, pauvres témoins de cette débauche désorganisée ?

« Nous n’avons jamais été le genre de groupe à faire les choses correctement. Et c’est pour ça que nous n’avons toujours pas de putain de page Facebook ou de Tweeter. Nous avons mieux à faire que de parler de nous-même ».

Et en effet, « Zero One » ne parle pas, ne chante pas, ne joue pas, il dégueule, il régurgite, il empile les couches sonores maladives, et nous file la gerbe. C’est à peu près aussi musical qu’un accordage d’ABRUPTUM sous la houlette des MELVINS ou de John Zorn, ou qu’une répète des FETISH 69 après une nuit passée à expérimenter tout ce qui peut s’injecter et se sniffer.

Et ça ramone les naseaux…

En gros, puisque les détails, on s’en tape un peu, Teenage Graveyard Party n’est rien d’autre que du Sludge joué par des branleurs malades qui font un gros doigt à la cohérence. Le résultat des délires massifs d’une bande de Punks qui n’ont pas encore décidé de la façon dont ils allaient se fracasser sur leur destin.

Et ça fait du bien, vraiment. Bon, pas au moral, parce que c’est trop glauque, mais à la liberté de non expression.    

Des mecs mal sapés, à la démarche chancelante qui pissent sur la mauvaise tombe en hurlant des injures. Et sans doute les seuls à pouvoir filer un coup de sang à ce style monolithique qui refuse benoitement toute évolution trop flagrante.

 Et puisque je vous aime chers amis bordéliques, je vous dirai d’aller vous faire mettre bien profond au fond d’une vieille forêt miteuse. Où je vous rejoindrai, évidemment.


Titres de l'album:

  1. King Midas of Shit
  2. Teenage Graveyard Party
  3. Pit Bait
  4. Zero One

Bandcamp officiel


par mortne2001 le 18/02/2017 à 15:11
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