Je me vois donc obligé de décerner la palme du nom le plus direct et sans détour aux Allemands de ARRGH FUCK KILL.

C’est fleuri, plutôt compréhensible par tout le monde, mais on se demande quand même si les gus n’ont pas mis quelques mots dans un chapeau avant d’en tirer trois au hasard…Admettons le jeu, mais saluons les pour avoir su comment se mettre en avant sur le net.

Saluons aussi la lucidité du label local Sengaja Records, que je croise régulièrement et qui me déçoit très rarement, et cette fois-ci pas plus que d’habitude. Mais de quoi parlons-nous au juste ? D’un groupe qui a certes bénéficié d’un baptême percutant, mais qui a néanmoins oublié de se construire un site digne de ce nom.

Il faut donc aller directement sur le Bandcamp du label pour savoir à qui nous avons affaire, ce qui devient une constante pénible dans l’underground. Pas plus d’info donc sur ce gang, mis à part qu’ils ont sorti une démo en 2014 (Bad Moon Rising Demo Tape), et qu’ils viennent de Hambourg, merci d’ailleurs à Degen Erik pour ces tuyaux qui m’ont évité l’ignorance la plus totale. 

Mais ce manque de renseignement ne doit pas occulter le point le plus important de cette affaire. La musique. Car de ce côté-là, les Hambourgeois ne font aucun mystère de leur amour pour le Hardcore, le Punk, et surtout l’Anarcho-Punk qu’ils maltraitent avec panache et détermination.

Ils viennent d’Allemagne, mais ils auraient pu venir de Birmingham ou de la banlieue de Londres tant leurs effluves eighties sentent bon le legs des DISCHARGE, de CRASS et des early NAPALM DEATH. J’ai rarement entendu un EP aussi convaincant dans son rôle de rappel historique de la rébellion Hardcore, et malgré les efforts demandés pour finalement n’arriver nulle part niveau biographie, je n’hésite pas à leur décerner le prix de l’album de la rentrée en matière de gros Anarcho-Crust bien enlevé.

Ici, tout est gras, lourd, pesant, éprouvant mais finalement complètement cathartique. On se croirait revenu dans le temps, à une époque où les guitares devaient sonner crade, où la batterie devait marteler un rythme sans faiblir, et ou un chanteur devait aller puiser dans les graves l’essence même de ses harangues.

Alors soyez attentifs nostalgiques d’albums comme Penis Envy ou Grave New World, vous risquez de chausser de nouveau vos docs et de vous replonger dans votre jeunesse pas si perdue que ça. Modern Warfare n’est rien de moins que la bande son contemporaine d’une anarchie qui a encore de beaux jours devant elle au vu de la situation sociale et économique Européenne actuelle. Construit sur un modèle simple d’agression sonore, cet EP fait la part belle aux riffs poisseux et dégoulinant de dégoût, aux rythmiques véloces qui savent se maîtriser pour quelques breaks bien pesés, et de lignes de chant éructés avec un gosier en forme de haut-parleur des laissés pour compte. La production est exemplaire, et retrouve l’allant d’il y a trente ans, avec des graves omniprésents, et surtout, une basse qui se promène dans les dédales de ruelles de l’ennui avec une fluidité fascinante.

Les titres privilégient le in your face, mais ne négligent pas pour autant quelques sonorités acoustiques terminales assez surprenantes (« Beton », rarement titre aura été plus idoine). Certains s’appesantissent un peu plus, comme l’énorme pavé « A.F.K. » qui taquine même la barre des cinq minutes pour une symphonie de l’extrême dissonante à souhait.

Aussi efficace qu’une séance de torture à l’anglaise, ce morceau est assez symptomatique des dérives que peut suivre l’Anarcho-Punk lorsqu’il se concentre sur un Post Punk très froid et sans aucune complaisance. Guitares ultra redondantes, écho massif sur le chant, feedback, percussions tribales, le son est digne d’une rencontre provoquée entre le KILLING JOKE le plus frigide et le CRASS le plus rigide, pour un ballet dansé à la gloire du Post Indus sans pitié.

Mais ce morceau reste l’exception qui ne confirme pas la règle, puisque la logique suit les préceptes de vitesse, comme « Warning » a tôt fait de le rappeler.

Alors on fonce, on dénonce, mais jamais on ne renonce, et on se livre au travers de quelques litanies révoltées assez peu formelles (« Bored And Thirsty », « Piss Off and Die »), et on termine même le travail de sape par une dernière et gigantesque secousse qui fait trembler les fondations de la nation d’Angela (« Scourge of Humanity », qui semble proposer un featuring vocal intéressant, et qui laisse une intro maousse faire le gros du boulot avant que tout ne s’envenime une fois de plus).

Un survol ? Une synthèse ? Lisez bien parce que ça va aller très vite. Modern Warfare est la plus parfaite description en musique d’un modèle capitaliste et libéral qui agonise, et parvient même à retrouver les sensations dégagées par les premiers albums des maîtres de l’Anarcho Punk/Crust. Si avec ça vous n’avez pas compris qu’il faut l’écouter et l’acheter, moi, je ne peux plus rien faire.

 Merci les ARRGH FUCK KILL. Je comprends beaucoup mieux votre nom à présent.


Titres de l'album:

  1. Modern Warfare
  2. Beton
  3. Borrowed Prosperity
  4. Bored and Thirsty
  5. Piss Off and Die
  6. A.F.K.
  7. Warning
  8. Scourge of Humanity

Bandcamp label (album)



par mortne2001 le 04/11/2016 à 16:34
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