Je vous rassure, cette bande d’allumés noisy de Brooklyn n’ont aucun rapport avec le golfeur James Hahn, ni l’acteur à la bonhommie rassurante Jesse Hahn, encore moins avec James Caan d’ailleurs…

Non, il faut sortir du contexte sportif ou cinématographique pour identifier leurs origines, et surtout, rester du côté de New-York et de Brooklyn pour savoir d’où ils tirent leur essence, en se souvenant des émanations urbaines nauséabondes mais lucides des UNSANE ou de HELMET.

Pire comme références. Certes, encore faut-il capitaliser dessus en faisant fructifier l’héritage, sans se contenter d’en piller les grandes lignes sans y insuffler sa patte personnelle.  

Ce que ces quatre individus ont fait, sans conteste, en proposant l’un des premiers EP les plus abrasifs qu’il m’ait été donné d’entendre depuis longtemps.

Bio. Les HAAN sont quatre (Chuck Berrett – chant, Jordan Melkin – guitare, Dave Maffei – basse et Christopher Enriquez – batterie), se sont formés en 2012 sous la bannière NO WAY, et sont rapidement devenus une des figures emblématiques du milieu au point d’incarner selon le très respectable Observer « le groupe new-yorkais underground à suivre », ce qui vous en conviendrez est une étiquette assez lourde à porter sur son blason.

Mais les mecs assument, et jouent crânement leur carte, qui sent bon la sueur et la peur des ruelles de NYC la nuit, celle qu’on ressent en traversant les mauvais quartiers à la mauvaise heure, en mauvaise compagnie.

La recette employée par les quatre bruitistes est traditionnelle. Elle s’inspire donc des grandes références déjà mentionnées, mais y insuffle des respirations moites héritées des bronches fatiguées de la vague No Wave de la même ville, sans tomber dans les stridences excessives et le feedback insistant. Pas de panne d’inspiration à traquer, puisque cet EP se contente de quatre morceaux, ce qui est largement suffisant pour juger du potentiel fielleux des HAAN.

Court, mais essentiel, et maladif. Telle pourrait être la conclusion lapidaire d’une chronique torchée un peu vite, mais il est évident que leur travail mérite plus d’attention.

Si évidemment la basse s’impose au premier plan, le chant de Chuck n’est pas à négliger pour autant, avec son lien tendu entre le gosier d’un Hamilton et d’un Chris Spencer, qui s’accorde très bien du tapis rythmique tissé par son duo guitare/batterie, en pleine osmose.

La lourdeur est omniprésente, mais si la plaquette promotionnelle fait une large allusion à une forme de Sludge assez dense, il est certain que le panel d’inspiration des HAAN, va plutôt s’étoffer du côté du Hardcore sale New-yorkais pour se placer de la bonne façon face à son public, en se souvenant des traumatismes qu’il a subi à l’écoute de certains méfaits des JESUS LIZARD et SWANS, dont l’hypnotique final « Pasture / Abuela » s’inspire largement dans son alternance de couplets sourds et de fulgurances lourdes.

Enregistré par Andrew Schneider (UNSANE, CAVE IN) et mixé par Carl Saff (YOUNG WIDOWS, BIG BUSINESS), Sing Praises chante en effet les louanges d’un Hardcore hautement chaotique et plombé, en s’appuyant sur un son massif et bien épais.

Démonstration de tout ce que la scène de NYC peut proposer de plus instable et psychopathe, ces lauriers déposés sur le front de héros d’antan respire la méchanceté et la malice par tous les pores, et ce, dès sa tonitruante ouverture « The Cutting » qui ne fait pas de détail dans la déstabilisation et l’outrage sonore.

Guitare et basse à l’unisson dans un MELVINS style, dissonances, pattern rythmique ondulant et trébuchant sur ligne brisée, et chant qui hurle son dégoût, c’est du UNSANE plus vrai que nature, avec une production moins sèche et rebutante.

La basse est surgonflée et fait trembler les membranes, tandis que Christopher Enriquez s’en donne à cœur joie sur sa caisse claire et sur ses toms pour se hisser à la hauteur déviante de ses camarades.

« Shake The Meat » fait monter la température et attise la fournaise dans un exercice de style typiquement HELMET/KILLING JOKE, et explose les degrés tout en restant d’une froideur Induscore rigide qui créé le paradoxe.

Break halluciné, mélodies maladives, la visite met mal à l’aise et pèse sur l’estomac, mais se veut cathartique.

« War Dance » va puiser sa source de vie dans l’histoire des Indiens d’Amérique, mis à part qu’elle est plus à même de faire pleuvoir le sang que la pluie.

On pense à DANZIG sur l’intro, à cause des intonations lyriques et traînantes de Chuck, mais la barre est vite redressée sur l’aventure contemporaine des YOUTH et SWANS, sans toutefois se départir d’une certaine décoloration typique des ALICE IN CHAINS dans cette manière de laisser planer les plans de façon un peu bluesy comateuse et déformée.

« Pasture / Abuela » termine donc ce premier chapitre en divaguant Core sur plus de huit minutes, ne nous épargnant aucun feedback, ni des vocaux dignes des GIRLS AGAINST BOYS qui s’accorderaient parfaitement d’une bande instrumentale tombée des archives d’UNSANE. On peut même à ce moment-là penser à une version condensée et resserrée de NEUROSIS, pour ces itérations perturbantes et ces plans qui restent fixes pendant de longues minutes, augmentant le volume sonore dans un crescendo bruitiste très étudié qui porte sur les nerfs tout en les stimulant.

Et qui bien sur explose de rage avant de revenir sur son thème principal…

Premier EP et coup violent porté à la face de la scène Hardcore par les HAAN qui font donc honneur à la légende de Brooklyn en assimilant tous ses aspects les plus sombres et sales. Sing Praises n’est pas le genre de recueil de cantiques dédiés au seigneur, plutôt quelques réflexions instantanées sur la vie de rue, ses dangers, ses dérives.

 Effrayant et séduisant à la fois, tout aussi hideux qu’il n’est fascinant, il marque le début d’une carrière que l’on prédit longue et douloureuse, mais qui risque de laisser des traces profondes dans l’histoire de cet underground local si exigeant envers les siens.


Titres de l'album:

  1. The Cutting
  2. Shake The Meat
  3. War Dance
  4. Pasture - Abuela

Bandcamp officiel


par mortne2001 le 19/02/2017 à 17:42
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