Le Chant des Vikings

Skald

18/01/2019

Decca

J’avoue une méconnaissance totale de la musique d’inspiration nordique traditionnelle, mes connaissances s’arrêtant aux quelques influences Folk-Metal et BM que j’ai pu grappiller durant mes longues années d’apprentissage d’auditeur passionné. La vulgarisation étant souvent de mise dans la traduction d’idiomes musicaux ancestraux, je me garderai donc bien de me baser sur cette dite expérience pour juger du cas que je vais traiter aujourd’hui, qui mérite d’ailleurs une virginité d’opinion à l’échelle de ses ambitions. Je l’avoue sans honte, lorsque Solstice Promotions m’a fait part de sa volonté de promouvoir le projet SKÁLD, j’étais dubitatif sur ma capacité à en appréhender les tenants et aboutissants, me méfiant de cette pochette fleurant bon la fascination Viking de bas étage, et semblant flatter les instincts « sauvages » d’un public toujours friand de casques à cornes (qui eux aussi découlent d’une mythologie fantasmagorique et non de faits historiques d’ailleurs). Mais après lecture du contenu promotionnel en question, je notais avec satisfaction l’implication d’un musicien/producteur bien connu, Christophe Voisin-Boisvinet, qui a notamment travaillé avec de grands noms de la chanson francophone (Natasha St Pier, Florent Pagny), mais aussi avec des groupes internationaux au rayonnement certain. Dès lors, la chose m’intriguait suffisamment pour que j’y consacre mon temps, et grand bien m’en a pris, puisque le projet Le Chant des Vikings est de cette catégorie d’œuvres en immersion totale, et dont la passion se ressent à chaque mélodie et intervention vocale. Et en préambule, j’accorderai d’ailleurs un espace à la genèse de ce concept, qui mérite assurément toute votre attention. Voici donc quelques explications qui doivent être portées à votre connaissance en amont :

Mûri de longue date par un groupe de passionnés, ce projet est né de la rencontre du producteur et compositeur Christophe Voisin-Boisvinet avec un trio de chanteurs talentueux aux timbres atypiques. Ensemble, ils ont entrepris de faire revivre la poésie des anciens scaldes qui chantaient dans leur langue - le vieux norrois - l’histoire des peuples et des dieux vikings. Dans la société scandinave de la première moitié du Moyen Âge, les scaldes sont conteurs, poètes et musiciens. Au même titre que les bardes celtes, ils chantent les louanges d’une lignée, narrent l’épopée d’un héros ou les exploits des dieux, dans un temps où l’oralité est reine.

C’est cet héritage que l’ambitieux projet musical SKÁLD fait revivre aujourd’hui en immergeant l’auditeur dans un paysage sonore riche et évocateur, utilisant pour cela une palette d’instruments spécialement choisis pour l’occasion. Les percussions tribales, comme les tambours chamaniques de différentes tailles, évoquent la puissance martiale et les conquêtes ; les petites percussions constituées d’ossements d’animaux et de bois de cerf s’inspirent surtout du paganisme, alors que la musicalité des cordes - comme la Lyre, la Talharpa, la Maurache à archet, le Jouhikko ou la Nyckelharpa – dévoile toute la richesse de la culture scandinave. Quant au chant, omniprésent, il porte en lui tous ces aspects à la fois.

Dans les faits, comment se traduit cette volonté de coller à une tradition ancestrale, tout en proposant une musique susceptible d’intéresser un public généraliste, et non un groupuscule d’amoureux des coutumes utilisées et vulgarisées par une industrie du spectacle qui a tendance à souiller de populisme tout ce qu’elle touche ?  Simple, et terriblement complexe à la fois. En adaptant ces techniques anciennes à une approche moderne, sans dénaturer le propos d’origine, mais en lui donnant une lumière contemporaine apte à fédérer tous les véritables esthètes d’une musique peaufinée et incroyablement sauvage à la fois. Et en s’appuyant sur un triple organe de tête aux registres et tessitures différents, Christophe Voisin-Boisvinet a pu mettre en place des ambiances à la mystique prenante, mais aussi des harmonies en complétude d’une beauté formelle assez remarquable. S’il est toujours délicat de retranscrire des émotions qui font appel au ressenti le plus personnel, il est nécessaire d’apporter quelques précisions, tout en ayant la franchise de dire que seules plusieurs écoutes vous permettront d’apprécier toute la richesse de l’œuvre du projet SKÁLD. La richesse de ce projet justement, outre son classicisme formel, réside en la complémentarité de la créativité d’un réalisateur et le talent des trois chanteurs, qui dès « Rún » prouvent que leurs voix s’entremêlent avec une magie palpable. Ainsi, les timbres de Justine Galmiche, Pierrick Valence et Mattjö Haussy, venus tous trois d’horizons musicaux différents, s’associent dans un unisson transcendant, tout en gardant leur emprunte vocale propre. La gravité des timbres masculins, apportant de la profondeur aux volutes de Justine créent un décalage fascinant, admirablement bien mis en exergue par l’utilisation des percussions, comme on peut s’en rendre compte sur « Valfreyjudrápa ». Les clés utilisées, et les instruments traditionnels produisent un effet lyrique qui n’est pas sans rappeler la musique bretonne folklorique, effet appuyé par des textes concentrés sur les légendes d’autrefois, qui reprennent vie au vingt-et-unième siècle.

Les compositions en elles-mêmes ont été pensées pour offrir au projet une patine onirique, et « Níu » de sonner comme une transposition contemporaine de mélodies anciennes, l’orchestration ayant toujours la délicatesse d’enrichir et de soutenir les prestations vocales, et non de les enterrer sous un maelstrom de sons étouffants. La fragilité de la voix de Justine est de fait transcendée par un instrumental aux intonations aussi emphatiques que humbles, et le tout prend parfois des allures de voyage dans le passé en forme de quête (« Flúga »), ou d’introspection à la recherche de réponses, nous tournant vers la mythologie des anciens Dieux nordiques, du Valhalla ou les neufs royaumes d’Yggdrasill (« Gleipnir », encore un travail superbe des percussions et des harmonies de voix). Le choix d’avoir opté pour un format la plupart du temps court (seuls deux morceaux dépassent les quatre minutes, et à dessein) permet de passer d’une atmosphère à une autre sans tomber dans le piège du passage en revue en fausse compilation, et lorsque les cordes s’imposent dans une union sacrée (« Krákumál »), la profondeur de la voix masculine offre un contrepoint puissant à des arrangements d’arrière-plan dramatiques mais subtils. Il n’est alors pas difficile de se croire plongé dans un passé magnifiquement ramené à la vie, comme un livre de coutumes qui s’extirperait de ses propres pages pour s’incarner en personnage à part entière. On retrouve d’ailleurs des inflexions caractéristiques de musiques d’un autre monde, lorsque l’aspect tribal nous ramène sur les rivages de l’Inde et de ses drones si caractéristiques (« Krákumál » tellement hypnotique qu’on en devient imperméable au monde extérieur), ou lorsque les harmonies vocales occupent l’espace pour un court moment de grâce pure (« Ec man iötna », mélange de chants grégoriens et d’incantations indiennes).

Et de fil en aiguille, le voyage nous immerge totalement dans son univers, transformant Le Chant des Vikings en bande-originale de fantasme intégral, film musical étrange mais passionnant, et susceptible de fédérer l’adhésion d’un public hétéroclite. Car tout le monde peut se retrouver dans ces treize morceaux aussi puissants que délicats, et qui parviennent à recréer une ambiance mythologique en évitant les clichés les plus dangereux. Que vous soyez intéressés par les thématiques abordées, ou que vous cherchiez une pièce musicale unique en son genre, SKÁLD vous offrira non seulement un concept solide, mais aussi des chansons dignes d’intérêt, et surtout une complétude entre le travail d’un réalisateur réellement investi, des vocalistes unis, et des instrumentistes au touché crédible. Une aventure universelle à l’unicité indéniable, et plus prosaïquement, un disque pénétrant, et un souvenir qui vous hantera pendant longtemps. Et pour les accros, sachez que l’album sortira en trois versions : en pack CD Collector, en vinyle et en CD livre-disque édition limitée de 32 pages, contenant les paroles et leurs traductions en français. Un joli cadeau de Noël en avance en somme.  

           

 

Titres de l’album :

                      1. Enn átti Loki fleiri börn

                      2. Rún

                      3. Valfreyjudrápa

                      4. Níu

                      5. Flúga

                      6. Gleipnir

                      7. Krákumál

                      8. Ó Valhalla

                      9. Ec man iötna

                     10. Yggdrasill

                     11. Ódinn

                     12. Ginnunga

                     13. Jóga

Site officiel

Facebook officiel


par mortne2001 le 09/01/2019 à 16:02
90 %    1115

Commentaires (1) | Ajouter un commentaire


Jus de cadavre
membre enregistré
08/02/2019, 18:30:55
J'avais pas bien suivi ce truc, mais c'est taré on en entend parler partout ! J'ai même vu une pub à la TV bordel ! Les journaux en parlent, etc... bref ça a le vent en poupe, c'est le moins que l'ont puisse dire ! Quand j'ai vu Pierrick Valence dans la pub sur une putain de chaine grand public, j'ai bloqué 2 minutes quand même ! :,D !!!

Ajouter un commentaire


Derniers articles

Kraftwerk 3 D

RBD 14/05/2022

Live Report

Mosh Fest 7

RBD 12/05/2022

Live Report

The Exploited + Fat Society + F.O.M.

RBD 27/04/2022

Live Report

100 Albums à (re)découvrir - Chapitre 1

mortne2001 25/04/2022

La cave

DEFICIENCY : entretien avec Laurent Gisonna (guitare/chant)

Chief Rebel Angel 20/04/2022

Interview

Author and Punisher + Mvtant + HAG

RBD 10/04/2022

Live Report
Concerts à 7 jours
Kaleidobolt + Sacri Monti 24/05 : Shop , Chalons-en-champagne (51)
Tags
Photos stream
Derniers commentaires
Amer Smashed Pils

Un petit côté Archgoat qui n’est pas dégueu ! Les Estoniens sont forts… 

18/05/2022, 20:34

Kairos

Le groupe s'appelle tout de meme fromage de bite de bouc. L'imagination des groupe de metal m'etonnera toujours

18/05/2022, 19:41

xghx

Toujours aussi naze.

18/05/2022, 16:04

Krohr

@KanelsBack : Elle a déjà eu lieu ^^

18/05/2022, 15:52

KaneIsBack

Yes ! Merci pour la découverte ! J'adore ces groupes type War Metal avec des boucs et des cartouchières partout. Là, c'est bourrin et raw comme il faut avec juste la petite dose de maîtrise qui empêche le tout de sombrer dans le n'importe quoi.

18/05/2022, 14:42

KaneIsBack

@Krohr : pas de soucis   L'important est que l'album tue. Une petite tournée Sacrifizer / Bütcher / Hexecut(...)

18/05/2022, 14:33

Krohr

@KanelsBack : autant pour moi, je suis tombé sur le skeud avec les titres bonus... ce qui fait que ça dépasse le format initial qui est en effet un EP.

17/05/2022, 20:38

KaneIsBack

"La mort triomphante" était un EP, "Le diamant de Lucifer" sera

17/05/2022, 15:59

RBD

Avec un nouvel album il y a trois ans, Opprobrium semblait décidé à repartir. Ce retour inattendu le confirme. S'il pouvait apporter un peu de pêche, c'est tout ce qu'il faudrait.

17/05/2022, 12:45

Krohr

Merci pour la découverte ! En effet, dans la même veine sanguinolente que Hexecutor ou Bütcher.Je suis allé yeuter leur biographie, pour info : "Le Diamant de Lucifer" sera leur deuxième album, le premier étant "La Mort Triomphante"(...)

17/05/2022, 12:28

metalrunner

Super new vite du live

17/05/2022, 11:33

Jus de cadavre

Tuerie ! ! ! Bon les mecs ne sont pas des lapins de 6 semaines, mais bordel, quelle maturité pour un premier album ! Un des meilleurs albums de Speed depuis fort longtemps selon moi !

16/05/2022, 08:47

RBD

Je continue à prendre des places très à l'avance pour les concerts (ou plus exactement les tournées) que je veux absolument voir. Et avec les reports consécutifs, on arrive à des délais de cabourd ! Et parfois les annulations des uns permetten(...)

15/05/2022, 01:03

RBD

C'est un festival de format quasi-familial entre connaisseurs, quelques dizaines de passionnés qui se lâchent ensemble chaque année pour le plaisir des groupes qui participent. Ils sont tellement extrêmes qu'ils ont rarement l'occasion de réunir aut(...)

15/05/2022, 00:50

Crouton

Plus de concert pour moi, trop cher, plus motivé pour passer une soirée debout dont la moitié à me faire chier devant des premières parties qui ne plaisent pas, le prix des conso, du merch et une prestation pas toujours de qualité quand c'est pas l&a(...)

14/05/2022, 12:35

Crouton

Les grands méchants metalleux satanistes qui fuient au premier crachat d'un chrétien.

14/05/2022, 12:22

Sphincter Desecrator

Juste ne pas tomber dans l'excès... Réserver les concerts du mois en cours, un peu plus tôt pour les trucs les plus attendus et pour lesquels on sait que ça sera tendu, ça me paraît raisonnable.Mais toujours courir après l'év&(...)

13/05/2022, 20:36

Gargan

Je crois par ailleurs que Nougaro avait chanté une ôde à leur sujet, ô Tulus, un truc comme ça.

13/05/2022, 13:14

grinder92

Escroquerie absolue ou influence parfaitement intégrée ?Franchement, y'a des riffs qui sont quand même très très très proches de certains riffs de Carcass (périodes Necro / Heartwork / Swansong) ! Et la prod est aussi lourde que sur Heartwork, (...)

13/05/2022, 10:04

Humungus

"Tu ne vas pas avancer 12 places à 40€ et six mois d'avance, avec de toute façon le risque que ça soit quand même annulé"Typiquement mon cas.Avant le Covid, je prenais régulièrement mes places plusieurs mois à(...)

13/05/2022, 06:46