J’avoue une méconnaissance totale de la musique d’inspiration nordique traditionnelle, mes connaissances s’arrêtant aux quelques influences Folk-Metal et BM que j’ai pu grappiller durant mes longues années d’apprentissage d’auditeur passionné. La vulgarisation étant souvent de mise dans la traduction d’idiomes musicaux ancestraux, je me garderai donc bien de me baser sur cette dite expérience pour juger du cas que je vais traiter aujourd’hui, qui mérite d’ailleurs une virginité d’opinion à l’échelle de ses ambitions. Je l’avoue sans honte, lorsque Solstice Promotions m’a fait part de sa volonté de promouvoir le projet SKÁLD, j’étais dubitatif sur ma capacité à en appréhender les tenants et aboutissants, me méfiant de cette pochette fleurant bon la fascination Viking de bas étage, et semblant flatter les instincts « sauvages » d’un public toujours friand de casques à cornes (qui eux aussi découlent d’une mythologie fantasmagorique et non de faits historiques d’ailleurs). Mais après lecture du contenu promotionnel en question, je notais avec satisfaction l’implication d’un musicien/producteur bien connu, Christophe Voisin-Boisvinet, qui a notamment travaillé avec de grands noms de la chanson francophone (Natasha St Pier, Florent Pagny), mais aussi avec des groupes internationaux au rayonnement certain. Dès lors, la chose m’intriguait suffisamment pour que j’y consacre mon temps, et grand bien m’en a pris, puisque le projet Le Chant des Vikings est de cette catégorie d’œuvres en immersion totale, et dont la passion se ressent à chaque mélodie et intervention vocale. Et en préambule, j’accorderai d’ailleurs un espace à la genèse de ce concept, qui mérite assurément toute votre attention. Voici donc quelques explications qui doivent être portées à votre connaissance en amont :

Mûri de longue date par un groupe de passionnés, ce projet est né de la rencontre du producteur et compositeur Christophe Voisin-Boisvinet avec un trio de chanteurs talentueux aux timbres atypiques. Ensemble, ils ont entrepris de faire revivre la poésie des anciens scaldes qui chantaient dans leur langue - le vieux norrois - l’histoire des peuples et des dieux vikings. Dans la société scandinave de la première moitié du Moyen Âge, les scaldes sont conteurs, poètes et musiciens. Au même titre que les bardes celtes, ils chantent les louanges d’une lignée, narrent l’épopée d’un héros ou les exploits des dieux, dans un temps où l’oralité est reine.

C’est cet héritage que l’ambitieux projet musical SKÁLD fait revivre aujourd’hui en immergeant l’auditeur dans un paysage sonore riche et évocateur, utilisant pour cela une palette d’instruments spécialement choisis pour l’occasion. Les percussions tribales, comme les tambours chamaniques de différentes tailles, évoquent la puissance martiale et les conquêtes ; les petites percussions constituées d’ossements d’animaux et de bois de cerf s’inspirent surtout du paganisme, alors que la musicalité des cordes - comme la Lyre, la Talharpa, la Maurache à archet, le Jouhikko ou la Nyckelharpa – dévoile toute la richesse de la culture scandinave. Quant au chant, omniprésent, il porte en lui tous ces aspects à la fois.

Dans les faits, comment se traduit cette volonté de coller à une tradition ancestrale, tout en proposant une musique susceptible d’intéresser un public généraliste, et non un groupuscule d’amoureux des coutumes utilisées et vulgarisées par une industrie du spectacle qui a tendance à souiller de populisme tout ce qu’elle touche ?  Simple, et terriblement complexe à la fois. En adaptant ces techniques anciennes à une approche moderne, sans dénaturer le propos d’origine, mais en lui donnant une lumière contemporaine apte à fédérer tous les véritables esthètes d’une musique peaufinée et incroyablement sauvage à la fois. Et en s’appuyant sur un triple organe de tête aux registres et tessitures différents, Christophe Voisin-Boisvinet a pu mettre en place des ambiances à la mystique prenante, mais aussi des harmonies en complétude d’une beauté formelle assez remarquable. S’il est toujours délicat de retranscrire des émotions qui font appel au ressenti le plus personnel, il est nécessaire d’apporter quelques précisions, tout en ayant la franchise de dire que seules plusieurs écoutes vous permettront d’apprécier toute la richesse de l’œuvre du projet SKÁLD. La richesse de ce projet justement, outre son classicisme formel, réside en la complémentarité de la créativité d’un réalisateur et le talent des trois chanteurs, qui dès « Rún » prouvent que leurs voix s’entremêlent avec une magie palpable. Ainsi, les timbres de Justine Galmiche, Pierrick Valence et Mattjö Haussy, venus tous trois d’horizons musicaux différents, s’associent dans un unisson transcendant, tout en gardant leur emprunte vocale propre. La gravité des timbres masculins, apportant de la profondeur aux volutes de Justine créent un décalage fascinant, admirablement bien mis en exergue par l’utilisation des percussions, comme on peut s’en rendre compte sur « Valfreyjudrápa ». Les clés utilisées, et les instruments traditionnels produisent un effet lyrique qui n’est pas sans rappeler la musique bretonne folklorique, effet appuyé par des textes concentrés sur les légendes d’autrefois, qui reprennent vie au vingt-et-unième siècle.

Les compositions en elles-mêmes ont été pensées pour offrir au projet une patine onirique, et « Níu » de sonner comme une transposition contemporaine de mélodies anciennes, l’orchestration ayant toujours la délicatesse d’enrichir et de soutenir les prestations vocales, et non de les enterrer sous un maelstrom de sons étouffants. La fragilité de la voix de Justine est de fait transcendée par un instrumental aux intonations aussi emphatiques que humbles, et le tout prend parfois des allures de voyage dans le passé en forme de quête (« Flúga »), ou d’introspection à la recherche de réponses, nous tournant vers la mythologie des anciens Dieux nordiques, du Valhalla ou les neufs royaumes d’Yggdrasill (« Gleipnir », encore un travail superbe des percussions et des harmonies de voix). Le choix d’avoir opté pour un format la plupart du temps court (seuls deux morceaux dépassent les quatre minutes, et à dessein) permet de passer d’une atmosphère à une autre sans tomber dans le piège du passage en revue en fausse compilation, et lorsque les cordes s’imposent dans une union sacrée (« Krákumál »), la profondeur de la voix masculine offre un contrepoint puissant à des arrangements d’arrière-plan dramatiques mais subtils. Il n’est alors pas difficile de se croire plongé dans un passé magnifiquement ramené à la vie, comme un livre de coutumes qui s’extirperait de ses propres pages pour s’incarner en personnage à part entière. On retrouve d’ailleurs des inflexions caractéristiques de musiques d’un autre monde, lorsque l’aspect tribal nous ramène sur les rivages de l’Inde et de ses drones si caractéristiques (« Krákumál » tellement hypnotique qu’on en devient imperméable au monde extérieur), ou lorsque les harmonies vocales occupent l’espace pour un court moment de grâce pure (« Ec man iötna », mélange de chants grégoriens et d’incantations indiennes).

Et de fil en aiguille, le voyage nous immerge totalement dans son univers, transformant Le Chant des Vikings en bande-originale de fantasme intégral, film musical étrange mais passionnant, et susceptible de fédérer l’adhésion d’un public hétéroclite. Car tout le monde peut se retrouver dans ces treize morceaux aussi puissants que délicats, et qui parviennent à recréer une ambiance mythologique en évitant les clichés les plus dangereux. Que vous soyez intéressés par les thématiques abordées, ou que vous cherchiez une pièce musicale unique en son genre, SKÁLD vous offrira non seulement un concept solide, mais aussi des chansons dignes d’intérêt, et surtout une complétude entre le travail d’un réalisateur réellement investi, des vocalistes unis, et des instrumentistes au touché crédible. Une aventure universelle à l’unicité indéniable, et plus prosaïquement, un disque pénétrant, et un souvenir qui vous hantera pendant longtemps. Et pour les accros, sachez que l’album sortira en trois versions : en pack CD Collector, en vinyle et en CD livre-disque édition limitée de 32 pages, contenant les paroles et leurs traductions en français. Un joli cadeau de Noël en avance en somme.  

           

 

Titres de l’album :

                      1. Enn átti Loki fleiri börn

                      2. Rún

                      3. Valfreyjudrápa

                      4. Níu

                      5. Flúga

                      6. Gleipnir

                      7. Krákumál

                      8. Ó Valhalla

                      9. Ec man iötna

                     10. Yggdrasill

                     11. Ódinn

                     12. Ginnunga

                     13. Jóga

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par mortne2001 le 09/01/2019 à 16:02
90 %    425

Commentaires (1) | Ajouter un commentaire


Jus de cadavre
membre enregistré
08/02/2019 à 18:30:55
J'avais pas bien suivi ce truc, mais c'est taré on en entend parler partout ! J'ai même vu une pub à la TV bordel ! Les journaux en parlent, etc... bref ça a le vent en poupe, c'est le moins que l'ont puisse dire ! Quand j'ai vu Pierrick Valence dans la pub sur une putain de chaine grand public, j'ai bloqué 2 minutes quand même ! :,D !!!

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ouais c'est clair ça tabasse toujours autant, et comme a chaque sortie je me demande si un jour ils vont revenir en europe...


C'est sûr qu'avec une pochette comme cela, on a tout de suite envie d'acheter l'album...


Très sympa, j'aime beaucoup !


C'est pas tous les jours qu'un aussi bon album est chroniqué sur Metalnews, ne boudons pas notre plaisir. Un bon 8.5/10 pour ce thrash war metal.


On ne peut plus classique, mais toujours aussi efficace...


Merci pour le report, vieux Jus, ça donne presque envie :)
On se retrouve à DisneyHell en Juin


Exactement le même avis que toi concernant REVENGE et MGLA sur scène !
Pour le public amorphe, à mon avis il devait y avoir pas mal de Hollandais dans la salle :D !


La reprise Autumn Sun est de Deleyaman...le nom du groupe est mal écrit dans l'article ;)


Je te rassure : le "désormais" n'existe pas pour moi puisque je n'ai jamais aimé Korn et consorts (hormis durant ma prime adolescence... donc au temps jadis).


Par contre, Lisa, elle est malade ou quoi ? A la vue des vidéos sur YT, on dirait qu'elle a pris 30 kilos.


Merci pour ce papier, DCD fait partie des grands, et j'imagine les poils se hérisser aux sons de "Xavier" ou l'intemporel "Anywhere...". Ca a dû être de grands moments.


Ce qu'il faudra donc retenir de cette discussion de bon aloi entre Satan et JDTP, c'est que le terme Néo Metal (qui est effectivement une des influences flagrantes de ce groupe) est désormais perçu de façon totalement péjorative...
Intéressant non ?