Je résume, rapidement. Une page Facebook sans aucun renseignement, pas d’actualisation de discographie sur Encyclopedia Metallum, une page officielle d’un label qui ne fonctionne pas, pas de line-up, et une simple entrée concernant un EP précédent, Mortal Lacuna, publié en 2017. Si avec ça j’atteins les dix lignes explicatives pour parler d’un nouvel EP qui visiblement n’intéresse que les plateformes de téléchargement, je suis encore plus doué qu’il n’y paraît. Face à cette vacuité d’informations, que pourrais-je vous apprendre de l’obscur projet EEVIOMORFIA ? Rien de plus qu’une nationalité, norvégienne, et nous nous arrêterons là. C’est peu, et surtout dommage, parce que le concept de cette entité mystérieuse est diablement intéressant, et n’a pas forcément besoin d’anonymat pour fasciner autrement que par sa musique absconse et dense. Nous parlons ici de digressions connues des amateurs de BM qui ne crachent pas sur un brin d’expérimentation au-delà de leur zone de confort, et que les mots « Post » et « Avant-garde » ne rebutent pas à la première lecture. Car c’est bien de cela dont il s’agit, de repousser encore une fois les limites d’un genre qui a atteint les siennes depuis longtemps, et qui s’en remet désormais à des esprits un peu plus aventureux que la moyenne pour ne pas tourner en rond comme un poule sans tête. Avant agonie, et mise en terre prématurée…

EEVIOMORFIA, c’est un peu l’épouvantail dans un champ d’horreur, une façon de détourner les codes pour les rendre encore plus biaisés et repoussants, tout en se sevrant à la source même du mal le plus absolu. La musique proposée sur l’unique piste de ce Sublime Saudade est particulièrement sombre, violente, abrasive et indomptable, comme émergeant d’enfers encore plus terrifiants que ceux terrestres, et faisant appel au ressenti le moins avouable de la nature humaine. Mais que se cache donc derrière ce désir sublime que les (ou le ?) norvégien(s) nos propose(nt) comme cadeau de Saint-Sylvestre ? Des réminiscences de pas mal d’influences, que vous pourrez retrouver en cherchant dans les recoins les plus avant-gardistes de votre mémoire, sans pour autant fouiller le sol putride des sonorités les plus barrées du genre, puisqu’ici, la musicalité prime, et l’expérimentation ne prend jamais le pas sur la composition. Impossible de ne pas penser aux DEATHSPELL OMEGA, à APOCRYPHAL VOICE, à CLOAK OF ALTERING, DODECAHEDRON ou autres HEIDENREICH, KRALLICE, et même aux ineffables TERRA TENEBROSA pour définir les contours de cette pièce progressive de plus d’un quart d’heure humain, quoique la gestion du temps créatif ne soit pas forcément de ce monde, et c’est tant mieux. En se laissant aller à un seul morceau, le groupe a pris un risque énorme, mais « Sublime Saudade » est tellement riche et complexe qu’il suffit largement à nous satisfaire d’arrangements biscornus, d’accélérations impromptues, de gravité rompue et de litanies tordues. Décomposé en plusieurs mouvements non indiqués ou formalisés, mais patents dans l’évolution, ce morceau fait la part belle aux ambiances et humeurs, et se nourrit de violence instrumentale brute avant de se perdre dans les méandres d’un Post Black aux accents occultes et fascinants. Très travaillé d’un point de vue instrumental, et trempant sa plume musicale dans un encrier de psychédélisme léger, « Sublime Saudade » est une démonstration de force dans la manipulation d’éléments étrangers au BM, qui s’intègrent parfaitement à une structure globale envoutante et effrayante, qui torture la mélodie pour la diluer dans une véhémence d’ensemble assez impressionnante.

Rythmique instable, breaks fournis, accents Rock pour blasts féroces, tout y passe, dans un désir de nous perdre dans un labyrinthe d’émotions dont il est très difficile de s’extirper. A vrai dire, peu d’équivalents sont notables sur la scène Post Black, même s’il est éventuellement possible d’établir quelques rapprochements avec ORGAN DEALER ou THE ORACLE, pour cette propension à tirer le meilleur parti d’une cacophonie progressive sans donner l’air de se perdre dans ses propres pensées. Nous sommes donc bousculés d’un break aux arpèges clairs vicieux vers une soudaine poussée de violence aux injonctions fermes, pour un voyage introspectif tout ce qu’il y a de plus douloureux, en forme d’opéra miniature célébrant le mal et la misanthropie. Mais malgré ce repli sur soi, EEVIOMORFIA se montre généreux dans son partage de sensations, et n’hésite pas à placer de çà et là des dissonances vraiment malsaines se mouvant au creux d’un pattern instable, comme une houle infernale nous faisant remonter l’estomac au bord des lèvres. Plus progressif qu’il n’est avant-gardiste, cet EP ne se fourvoie jamais dans une impasse de non-sens histoire de justifier sa singularité, et préfère empiler les nuances pour mieux peindre de noir un ciel tourmenté, et finalement, brosser un tableau à la limite de l’abstraction, mais dont la finesse et la justesse du trait sont plus qu’évidents. De là, peu importe que les informations disponibles soient aussi rares que des résolutions de nouvelles année tenues, puisque cet univers mystérieux convainc de sa pertinence sans avoir à la justifier. La première bonne surprise de cette année 2018, qu’on espère découvrir un peu plus tard en version longue-durée, histoire de voir si cette capacité à détourner l’attention se formalise en format plus étiré. Mais un certain génie dans l’absolu, et une déviance formelle me font mettre en avant Sublime Saudade, qui contient plus d’idées en un seul morceau que bien des combos en une discographie entière.


Titres de l'album:

  1. Sublime Saudade

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par mortne2001 le 18/01/2018 à 18:16
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