Termination Shock

Traveler

10/04/2020

Cruz Del Sur Music

Alors que je n’ai même pas encore approché les doigts de mon clavier, je me demande par quelle accroche je vais entamer cette chronique. Je me demande encore quelles formules je vais recycler, quelles métaphores je vais refiler, quelles images je vais enfiler. Après tout, après avoir consacré tant d’espace aux groupes old-school, les idées viennent à manquer ; ne m’en voulez-pas. Depuis l’émergence de cette scène au début de notre nouveau siècle, beaucoup se demandent jusqu’où tout ça va aller, et si finalement, ce mouvement nostalgique minoritaire au départ n’est pas devenu la norme Metal, au même titre qu’une seconde NWOBHM rebaptisée NWOWHM (New Wave of Worldwide Heavy Metal), puisqu’on ne parvient même plus à compter les groupes y adhérant de facto. Le phénomène pourrait devenir pénible pour certains, et il l’est déjà je pense. Aussi travaillé soit le mimétisme, aussi sincère soit l’hommage, le fan et le journaliste sont en droit d’attendre d’un groupe autre chose qu’un fac-similé absolu, les copies les plus parfaites ne restant que des copies. Que m’importe de savoir qu’une bande de suédois hirsutes sont capables de synthétiser à la perfection IRON MAIDEN et ANGEL WITCH, ou que des américains en goguette connaissent le secret de l’hybridation totale entre MANILLA ROAD et TREPASS ? La performance est notable certes, mais où est le talent créatif ? Car reprendre à sa sauce des morceaux et styles accusant vingt, trente ou quarante ans d’âge n’est pas phénomène extraordinaire. N’en déplaise aux puristes, c’est le fonctionnement de la mode qui recycle tous les vingt ans les tendances d’il y a trente ans. De là à dire que la scène Hard-Rock fonctionne comme la mode, il n’y a qu’un pas…que je franchis allègrement. Et parfois, aussi gustative soit la musique, j’ai envie de sanctionner des musiciens incapables de faire preuve d’un minimum de culot, et se contentant de reproduire à l’identique des sonorités éprouvées depuis longtemps. D’où le cas des TRAVELER, qui n’ont pas voyagé bien loin dans l’espace, et un peu plus dans le temps.

Formé à Calgary, Alberta, TRAVELER est l’exemple type de groupe nostalgique, qui reprend peu ou prou les notes de ses idoles dans l’ordre de la partition initiale. Depuis 2017, le groupe a successivement lâché une démo en 2018, puis un split, avant d’agiter l’underground canadien en 2019 avec un premier album éponyme, fort apprécié des médias et des fans. The Metal Archives accuse d’ailleurs un ratio de 86% de satisfaction envers Traveler, qui en effet, avait bien des qualités. Les qualités qu’on retrouve sur les œuvres de bon nombre de groupes versés dans le rêve d’un temps ancien, où tout était encore possible et restait à faire, ce temps béni non des colonies, mais de l’Europe de l’orée des 80’s. Avec un tel capital sympathie initial, il était évident que le quintet (J.P Abboud – chant, Matt Ries – guitare, Torying Schadlich – guitare, Dave Arnold – basse, Chad Vallier – batterie) ne pouvait pas rater le virage du second LP, et c’est ainsi que le groupe n’a pas changé sa guitare d’accordage pour proposer une digression sur le même thème, à savoir celui d’un Heavy Metal clairement épique ne rechignant pas à s’aventurer en terre Hard Rock mélodique et plus souple. Le lettré reconnaîtra immédiatement l’influence de l’IRON MAIDEN première génération, avec ce Heavy claquant et légèrement brut, mais il décèlera aussi des références plus obscures, les TRESPASS, HEAVY PETTIN, STORMWITCH, mais aussi les contemporains d’ENFORCER et HAUNT, les preux chevaliers reprenant la croisade là où elle avait commencé. Alors, du recyclage en bonne et due forme encore ? Oui, mais du bon comme vous pouvez l’imaginer, même si le système commence à plier sous le poids de répétitions un peu trop évidentes pour être tues.

Produit par Matt Ries, Jan Loncik et Jean-Pierre Abboud, mixé par Jan Loncik, et arborant une pochette dessinée par Dylan Barstad et colorisée par Brenden Rockey, Termination Shock est donc la suite logique de l’entame Traveler, et se pose en résumé parfait de ces années de créativité folle de la NWOBHM, mais aussi de la scène Heavy Américaine, avec quelques touches canadiennes de l’époque lorsque le tempo s’affole (EXCITER) ou que le Heavy bastonne (SWORD). Rien de bien nouveau à se mettre sous les oreilles, mais une qualité de composition indéniable, et palpable dès « Shaded Mirror ». La méthode est toujours la même, des riffs d’acier empruntés à la vierge de fer, des mélodies à la tierce héritées du THIN LIZZY, une énergie de tous les diables transfusée de JUDAS PRIEST, et quelques clins d’œil à des ensembles plus confidentiels, pour éviter la repompe pure et simple. Le tout fonctionne selon un principe simple de copier/coller ludique, avec toujours des plans qu’on cherche à identifier, et surtout, grâce à une énergie sans faille et une foi sans borne en ce Heavy franc du collier qui peut parfois dégénérer en Power Metal light citant les débuts d’HELLOWEEN et de SCANNER. Ainsi, « Deepspace » nous laisse décoiffés par une vitesse d’exécution assez inhabituelle chez les canadiens, rappelant les miraculeux WILD DOGS de Reign of Terror, tandis que « STK » fluidifie la puissance d’un Hard Rock/Heavy Metal plus traditionnel. Ce dernier morceau a d’ailleurs été offert sur un plateau par Jean-Pierre Fortin, bassiste de DEAF DEALER (le dispensable Keeper of the Flame sur Steamhammer dans les années 80 et le plus recommandable Journey Into Fear en 2014), et s’intègre parfaitement au répertoire des canadiens, trop heureux de donner à ce cadeau l’emballage qu’il méritait.

Musicalement et individuellement, les musiciens sont toujours aussi carrés, avec une paire de guitaristes n’hésitant pas au moment de coucher des soli, une section rythmique solide à défaut d’être inventive, et un chanteur au timbre délicatement passé. Mais la force de TRAVELER est cette capacité à moduler les ambiances pour survoler cinq années de défrichage Heavy, ces cinq années séparant les débuts de la NWOBHM et le tournant plus sophistiqué de 1985, en proposant des modulations plus tamisées, mais néanmoins héroïques (« After the Future »), qui contrebalancent parfaitement les attaques rapides les plus franches (« Termination Shock », du SATAN/PARIAH dans le texte, avec un brin de TANK). En offrant donc une bonne moyenne d’inspiration, Termination Shock se laisse écouter avec plaisir, de la même façon qu’on peut se délecter d’un nouveau HAUNT, le tout se terminant dans un délai raisonnable, juste avant que la lassitude ne prenne le pas sur le plaisir. Mais qu’écrire sur ces groupes devient difficile, tous utilisant les mêmes ficelles, empêchant le chroniqueur d’utiliser des formules sortant de l’ordinaire.                  

                                                                                                 

Titres de l’album :

                        01. Shaded Mirror

                        02. Termination Shock

                        03. Foreverman

                        04. Diary of a Maiden

                        05. STK

                        06. After the Future

                        07. Deepspace

                        08. Terra Exodus

Facebook officiel

Bandcamp officiel


par mortne2001 le 07/09/2020 à 18:17
80 %    76

Commentaires (0) | Ajouter un commentaire

pas de commentaire enregistré

Ajouter un commentaire


Derniers articles

From This Day Forward

mortne2001 10/09/2020

...And Justice For All

mortne2001 08/09/2020

Slayer + Megadeth 2011

RBD 05/09/2020

Manifest Decimation

mortne2001 31/08/2020

Opeth 2006

RBD 29/08/2020

Widespread Bloodshed/Love Runs Red

mortne2001 24/08/2020

PILORI / Interview

Baxter 18/08/2020

Concerts à 7 jours
Deficiency + Dsm + Voorhees + Witches 19/09 : Le Contrepoint, Chalons-en-champagne (51)
Freedom Call + Primal Fear 23/09 : Machine, Paris (75)
Tags
Photos stream
Derniers commentaires
Jus de cadavre

Tout comme Living ! Très Swansong !

19/09/2020, 03:22

KaneIsBack

Curieux d'écouter ça, surtout que ça fait un bail que Sodom n'a pas sorti un vrai bon album.

18/09/2020, 22:06

Facial

Superbe album!!

18/09/2020, 20:35

Living Monstrosity

Houla il est très Swangsong celui-ci... mais j'aime beaucoup.
Je trouve ça très groovy et classieux.

18/09/2020, 19:50

Kairos

pas un seul extrait qui m'emballe pour le moment

18/09/2020, 19:10

grinder92

Purée, Billou il a pas vu que ça enregistrait quand il faisait ses gammes pour s'échauffer... et l'ingé son l'a gardé !!!

18/09/2020, 18:38

steelvore666

Génial.
Enfin la suite !

18/09/2020, 12:53

Reg

Bon morceau old school
Jairo T. est un Celtic Frost worshipper ^^

18/09/2020, 09:23

Baxter

Dire que le début de ce groupe était dans la tendance Crust-Hardcore pour par la suite opter un gros Old School Death avec le dernier album, bon album mais qui manquait à mon goût réellement une identité et un coté plus travaillé que simplement surfé sur une vague renaissante.
Cela d(...)

18/09/2020, 08:08

grinder92

C'est rectifié !

18/09/2020, 06:20

Buck Dancer

Comment il est bon le morceau en écoute ! C'te claque ! Merci pour la découverte

18/09/2020, 04:06

Pomah

Putain la voix, on dirait qu'il force a mort... ou qu'il est en train de pousser un ptit dans le bain.

18/09/2020, 02:18

Jus de cadavre

Encore une perle chez Profound Lore ! La vache mais ce label bordel !

17/09/2020, 19:13

metalrunner

Putain la patate du thrash qui butte pas chiant comme Heathen ni pépère comme Testament ;Du thrash tout simplement.Bravo beau boulot les roast-beefs

17/09/2020, 18:35

Arioch91

Oui, probablement une invention à rajouter à celles citées plus haut déjà.

17/09/2020, 15:19

Oliv

Ça existe encore ça les rtt ? On connais pas dans la restauration

17/09/2020, 15:16

Wolf88

il y a problème le nom de Groupe c'est Invernoir manque de "N" merci

17/09/2020, 14:54

Arioch91

Globalement pas super emballé après une première écoute. J'ai plus l'impression d'entendre Exodus avec un autre chanteur et des mélodies à foison que le groupe qui a sorti Victims of Deception.

17/09/2020, 14:11

RBD

Argh ! Moi qui comptais dessus comme relance solennelle !

17/09/2020, 12:55

Living Monstrosity

Bha perso j'aime beaucoup ce petit riff dans le premier extrait.
Ca s'écoute bien. Après je ne connais pas du tout le reste de leur disco, je n'ai pas de point de comparaison. :-/

17/09/2020, 12:40