Comme on vous le propose de temps en temps, deux de nos chroniqueurs se battent sur un disque, aujourd'hui c'est Back From The Dead de SEPULCHRAL.

L'avis de Sheb : 70%

Les plus âgés d'entre vous se souviennent peut-être d'une compilation intitulée "Obscurus per Obscurium". Sortie en 1992, ce CD limité à 500 exemplaires si je ne me trompe donnait l'occasion à la fine fleur de la scène brutale du Nord de la France de se mettre en valeur. LOUDBLAST déjà bien connu à l'époque n'était pas de la partie mais on trouvait pas mal de groupes qui bizarrement ont quasiment tous refait parler d'eux ces derniers temps.

Je passerai rapidement sur le cas de SUPURATION dont nous connaissons tous la destinée. Le groupe que ce soit sous le nom de SUPURATION ou sous celui de SUP, son petit frère un peu plus sage et réfléchi a sorti une belle brouette d'albums fabuleux, le prochain étant attendu aux dernières nouvelles, pour 2018.

NOCTURNAL FEARS qui apparaissait également sur cette compil n'a jamais vraiment cessé ces activités. Le groupe avait dans la foulée de sa participation à cette compil' sorti deux démos, un EP et une compilation de raretés. Le décès prématuré du chanteur Anton "Grodjo" Javonovic en 2015 a sûrement mis un terme au groupe qui se résume désormais en la seule personne de Jean-Noël Bonnaillie guitariste et tripatouilleur de zigouigouis électroniques en tous genres.

KRHOMADEATH pour sa part avait sorti un album et quelques démos et autres splits avant de disparaître des radars jusqu'en 2016 où leur album "Grating into Corpse" a connu une réédition plus que méritée grâce au label Temple of Darkness Records.

PUTRID OFFAL avait lui aussi lâché l'affaire en 1994 après quelques splits et une démo. Le groupe est revenu plus en forme et plus dévastateur que jamais et "Mature Necropsy", leur album sorti en 2015 est un petit bijou de deathgrind que je ne peux que vivement vous conseiller.

DAGON quant à lui n'avais carrément plus rien sorti après la compilation "Obscurus per Obscurium", ses deux démos étant antérieures à celle-ci. Le groupe reviendra lui aussi quelque peu sous les feux de la rampe puisque ses démos feront également l'objet d'une ressortie toujours en cassette grâce au label breton Impious Desecration Records.

Ne manquait à l'appel pour boucler la boucle que SEPULCHRAL dont le parcours était similaire à celui de DAGON: deux démos avant la compil' puis plus rien. Plus rien jusqu'en  2016 où deux des membres de l'époque accompagnés d'un nouveau guitariste / chanteur ont décidé de relancer la machine. Les festivités ont débuté sous le sapin, le 25 décembre avec une bonne vieille tape des familles, la "Rehearsal of the Living Dead" qui comme son nom l'indique a été enregistré lors d'une répét' en octobre 2016. Elle reprend trois titres issus des deux démos du groupe. Pour l'occasion le nouveau chanteur a du réécrire de nouvelles paroles, les anciennes ayant été perdues. Une légende prétend même qu'elles n'ont jamais existé, le chanteur de l'époque n'ayant pas jugé utile d'en écrire. Il avait dans ce cas sans doute chanté du bon gros yaourt.

Dans la foulée de cette Rehearsal, Great Dane Records qui n'est jamais bien loin dès qu'on cause de death metal s'est empressé de signer le groupe et s'est montré désireux de sortir rapidement quelque chose. Tout cela nous amène donc à "Back From the Dead", la compilation qui nous intérésse aujourd'hui. Au programme, dix titres de pur death metal tout ce qu'il y a de old-school. On débute par les trois titres de la "Rehearsal of the Living Dead" dont le son issu d'un 16 pistes et agrémenté de quelques overdubs est tout ce qu'il y a de plus digeste. On enchaîne ensuite avec "Vampirus Spectrum", seule petite nouveauté à se mettre sous la dent. C'est une nouvelle compo de 2016 qui est également issue de la session d'enregistrement de la "Rehearsal of the Living Dead". Elle ne dépareille absolument pas de ses petites camarades et préfigure peut-être ce que serait un futur éventuel album de SEPULCHRAL. Difficile de se faire un avis avec un seul titre tout de même... C'est du bon death metal old-school, lourd et très obscur. On continue avec les trois titres que l'on pouvait déjà trouver sur la compilation "Obscurus Per obscurium" dont deux se retrouvent sur la rehearsal et on termine avec les trois titres de "Internal Decomposition", la démo de 1991.


L'avis de Mortne2001 : 78%

L’underground, ce terreau fertile. Ses fanzines, son tape-trading, ses échanges épistolaires pour se tenir au courant sans en avoir l’air. Ses infos à prendre avec des pincettes, ses groupes cultes aux logos incompréhensibles. Ses courants musicaux d’abord adoptés par une poignée, puis par des milliers, effet de mode oblige…Aujourd’hui, il existe toujours, mais le flux de données rend son existence plus tangible, plus concrète. Dès lors qu’un groupe commence à faire un peu de bruit, tout le monde est au courant en temps réel, le fun a disparu, tout comme l’attente fébrile de savoir si tel ou tel LP/Démo/EP (biffez la mention inutile) valait la peine d’en suer.

N’en déplaise aux plus jeunes, et du haut de mes effrayants quarante-cinq ans, je trouve moi aussi que c’était un peu mieux avant. Mais c’est très bien aujourd’hui aussi. Plus besoin de claquer sa thune chèrement piquée au parents en timbres, plus la peine d’écumer les trade-lists, juste tomber sur le bon board et échanger des points de vue. Mais de nos jours, les styles musicaux laissent moins repus. Trop facile tout ça. Alors oui, difficile à croire, mais l’underground, pour nous les quadras extrêmes, c’était un peu le Darknet des 80’s/90’s. Et on s’y plaisait, on s’y épaulait, on s’y chambrait, mais on soutenait. Aussi. Beaucoup. Combien de groupes doivent leur réputation mondiale à une poignée d’acharnés qui y ont cru dès le début ?

Des centaines ?

D’autres au contraire, n’ont jamais émergé de l’underground, peut-être parce qu’ils n’ont rien fait pour. Comme les SEPULCHRAL par exemple. Mais il faut dire que ce marigot boueux leur convenait parfaitement…

Eux aussi vous diront que c’était mieux avant. Que le Death de maintenant, c’est « pour les gonzesses » (amour de la formule oblige, mais c’est l’auteur qui l’utilise…). Que rien ne vaut une grosse rythmique épaisse soutenant des riffs qui serrent les fesses, et qui passent malgré l’étroitesse du trou. Image certes triviale, mais qui colle à merveille à leur barouf qui depuis presque trente ans, n’a pas vraiment pris une hémorroïde. Enfin, une ride je veux dire. Et oui les gars, tout ça ne date pas d’avant-hier, mais d’un peu plus tôt, du côté du Nord Pas-de-Calais. Juste à la fin des années 80 qui avaient donné naissance à l’un des genres les plus bourrins. Le Death Metal.

Rien que le nom donne des suées. Et joué par ces tarés, ça ne vient rien arranger. Les SEPULCHRAL étaient en quelque sorte des légendes locales, un fantasme, presque une chimère bruitiste qui ne considérait le style que sous ses aspects les plus rudimentaires et frustres. On s’envoyait leur démos par lettre, dument affranchie pour ne pas qu’elle se perde dans les arcanes de la poste…Et il faut dire qu’avec ces sagouins, il y avait de quoi se faire la main. On The Burial Ground en 1990, Internal Decomposition en 1991, et – Ô surprise du professionnalisme – un split en compagnie des potes/collègues de SUPURATION / PUTRID OFFAL / KRHOMADEATH / DAGON et NOCTURNAL FEARS en 1992. Et puis hop, en 1993, le saut dans le vide, l’oubli, le retour à la case départ, sans toucher les francs vingt-mille. Remarquez, avec leur éthique et leur musique, je doute que ces gus aient pu palper plus de cent billets en même temps. Et faites-moi confiance, à ce tarif, ça n’était pas cher payé.

Dommage de les avoir manqués, parce qu’ils faisaient partie des pionniers, des vrais, mais comme l’histoire est capricieuse, il reste une chance de se racheter. Puisque depuis l’année dernière, ces barbares du riff primaire se sont reformés et ont remis le couvert. Nous aurons donc le plaisir peut-être de voir on stage Cadaver Sanguisugus, Vampirus Spectrum et Veneficus Anthropophagus, mais en attendant cette épiphanie de violence live, sachons nous contenter de ce qu’ils nous offrent, séance tenante. Une compilation/nouveau jet qui résume leur parcours passé tout en louchant vers un avenir pas encore bien tracé.

Back From The Dead, quel titre idoine pour un groupe revenu des enfers, et qui symbolise à merveille le contenu qui vous attend. Au programme, du neuf avec du vieux, du vieux avec du vieux, mais surtout, un témoignage ultime, celui d’une scène sublime qui portait à son paroxysme les enseignements brutaux des américains et des anglais, tout en gardant cette optique frenchy à laquelle on tenait tant, comme une AOC de déments. Back From The Dead, c’est bien sur le clin d’œil indispensable à la discographie d’OBITUARY, une des influences du trio, mais pas la plus patente, puisqu’il faut plutôt aller chercher du côté de MASTER, AUTOPSY, BENEDICTION, et autres chantres de la violence sourde de quoi expliquer le pourquoi du comment. Car le Death de nos amis nordistes, bien qu’élaboré trois ou quatre ans après son émergence, en refusait toute la complaisance d’excroissances destinées à le diluer dans un torrent de haine évoluée. Ici, c’est l’attaque franche qui prime, le son qui vous glace les sangs, la rythmique qui vous brise les os, et le chant qui vous vomit dans le dos, rien de plus, ni de moins. Et dans le créneau du purisme le plus absolu, les trois velus ne craignaient personne, au point d’être considérés comme des cadors à part entière. Ce survol permet à nos trois fossoyeurs de revisiter leur répertoire, et remettre les pendules à l’heure. En réenregistrant quatre morceaux de leur petit répertoire, les SEPULCHRAL reviennent sur le devant de la scène avec une production qui en valait la peine, et qui épaissit, alourdit, densifie encore plus des titres qui donnaient déjà le tournis. Ainsi, on retrouvera sur les quatre premières pistes, quatre anciennes listes, « Putrefying Mass », « Internal Decomposition », « Disembowlement of the Dead » et « Vampirus Spectrum », qui prennent ici une ampleur presque Noise les rendant encore plus terrifiants. Grosse basse qui rampe, chant qui mouline, batterie qui ne se fait aucune bile et blaste et écrase et vrille, pour une valse renouvelée qui tombe pile. C’est cru, c’est Gore, on en veut encore, et on est salement contents de savoir qu’ils reprennent leur farandole.

En dehors de ces relectures personnelles, le reste du CD vous contentera des versions d’époque qu’on trouvait sur les démos et le split de nos héros, et avouons que la différence de son nous ramène directement trente ans ou presque en arrière, avec cette sècheresse amaigrissant des riffs déjà anémiés, asséchant un gosier méchamment raclé, et aplatissant une grosse caisse pas vraiment enrobée. On se replongera donc dans cette époque bénie, avec quand même une production bien plus soignée qu’on s’y attendait, mais qui nous refilera le frisson que les petits polissons que nous étions recherchions au travers de telles réalisations. Ambiance mortifère, Death d’enfer, effets délétères, tout pour enterrer ta grand-mère dans le jardin avec une vielle pelle en fer, sans éveiller les soupçons de ta mère. Un CD qui tombe à pic pour replacer les loustics sous les feux de l’actualité, et pour rompre un bien long silence que pas grand-chose n’est venu combler.

Quand je vous disais que l’underground, c’était l’Eldorado. Sauf qu’aujourd’hui, pour se maintenir à niveau, inutile de se lever trop tôt. D’un simple clic, les informations giclent, et vous éclaboussent la face en un jet très vif. SEPULCHRAL, c’était notre groupe à nous, qu’on partage maintenant avec vous. Vous voyez bien qu’on n’est pas des vieux cons bande de marsouins !


Liste des titres:

  • 1.     Putrefying Mass     04:12      
  • 2.     Internal Decomposition     03:17      
  • 3.     Disembowlement of the Dead     02:53      
  • 4.     Vampirus Spectrum     03:01      
  • 5.     Putrefying Mass     04:42      
  • 6.     Disembowlement of the Dead     04:29      
  • 7.     Personal Suffering     05:34      
  • 8.     Rigor Mortis     06:39      
  • 9.     Putrefying Mass     04:26      
  • 10.     Internal Decomposition     04:52

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par Sheb le 12/10/2017 à 13:20
74 %    550

Commentaires (2) | Ajouter un commentaire


BozKiller
membre enregistré
21/04/2017 à 11:46:32
Rhaaaa putain c est toute la scene Death underground de Lille dont tu nous parles ici. putain de bons souvenirs au Kameleon :)

C'est plutôt cool que ces groupes finalement sortent quelque chose mais surtout se fassent plaisir !

Jus de cadavre
membre enregistré
21/04/2017 à 20:59:34
Plus old-school tu meurs... Et cte pochette :) Excellent !

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