Quand on aime on ne compte pas. Adage populaire s’il en est, et pourtant, si, quand on aime, on peut compter. On peut compter par exemple les années qui séparent une œuvre de son modèle. Et réaliser que malgré les décennies qui creusent un fossé temporel, les choses n’ont pas vraiment changé. De là découle une problématique simple. Peut-on aimer un groupe qui s’évertue à rendre hommage à l’une de ses influences au point de sonner exactement de la même façon ? C’est le nœud épineux qui nous ensanglante la pensée lorsqu’on aborde le cas de la vague old-school émanant de Suède depuis plus d’une dizaine d’années, et qui produit des copies carbone au kilomètre. Car les scandinaves, aussi doués soient-ils ne semblent trouver leur salut que dans le zieutage abusif de la copie des aînés, au point de rendre pratiquement la même sans éprouver aucune gêne. Et que vous preniez le spectre du côté de l’AOR ou à l’autre extrême Death, l’interrogation reste la même…Je me souviens de mes années d’école, qui en sont presque devenu un cas, et je me rappelle que les professeurs n’éprouvaient aucune pitié envers un élève qui s’évertuait à copier son voisin pour obtenir une bonne note. Et la sentence était toujours la même, celui qui ne se dénonçait pas condamnait l’autre à subir la même punition que lui. Un bon gros zéro pointé. Faut-il appliquer le même principe en matière d’art, lorsqu’on tombe en plusieurs occurrences sur un groupe qui ne fait rien de plus que de « faire du », sans essayer d’y apporter un peu de nuance histoire de faire croire que ses propres connaissances l’ont aidé à se dégager d’un tutorat abusif ? La question de pose à propos des LIK, qui depuis leur premier album, Mass Funeral Evocation n’ont de cesse de vouloir sonner plus DISMEMBER que DISMEMBER, et qui se fourvoient dans une impasse en forme de reproduction des sonorités de Like An Ever Flowing Stream ou de Dismember.

 

Vous me direz, « oui, certes, mais au moins ont-ils le mérite de le faire bien ! ». Certes, mais qui se souvient d’un remake aussi réussi soit-il lorsque le modèle est déjà un classique ? En retombant sur nos pattes, nous pourrions évoquer cette sale mode hollywoodienne du remake acharné, et cette propension des dits « créatifs » à renoncer à leur vocation d’origine pour s’assurer un minimum de rentrées financières en tablant sur l’attrait que représente toujours un original classique. Et de fait, ce genre de réflexion condamnerait immédiatement Carnage au pilori des artistes voués à la roue ou au fouet pour avoir emprunté sans vergogne les plans et autres idées non personnelles histoire de se faire remarquer. Et dire que les LIK ont été remarqués depuis la parution de leur premier LP est un euphémisme. Les critiques, trop heureux d’avoir affaire à un succédané leur autorisant les formules de style les plus faciles à placer ont oublié que le job d’un chroniqueur est à la base d’aider l’auditeur à faire la différence entre les leaders et les suiveurs. Tenez, prenez par exemple le premier morceau de cette seconde livraison, qui va jusqu’à piller presque intégralement le riff séminal et grave de « Override Of The Overture ». Pour un néophyte ayant eu les oreilles bouchées lors de l’invasion Death de l’orée des 90’s, cette entame représentera une sorte de pinacle, un acmé de violence qui leur semblera enthousiasmant, et méritant un maximum de louanges pour avoir su capter les effluves putrides de cette époque fertile en violence. Mais pour les initiés, tout ça le confinera à une sale affaire de plagiat qu’un tribunal ne prendra même pas la peine de sanctionner. Mais les exemples de ce type ne sont ni rares ni anecdotiques sur ce nouvel album d’un trio (Chris Barkensjo - batterie/chant, Tomas Akvik - chant/guitare et Niklas ''Nille'' Sandin - guitare et basse), qui semble ne rien tirer de son passé pourtant chargé (les musiciens viennent d’horizons et de groupes aussi divers que KATATONIA, WITCHERY et NALE, dont on ne retrouve presque aucune trace ici). Et après une écoute exhaustive et attentive de Carnage, la sentence tombe, irrévocable. Aussi impeccable soit-il, ce nouvel album n’est rien de plus ni de moins qu’un nouvel album de DISMEMBER publié à compte d’auteur sous un alias qui peine à cacher son origine.

Pour être tout à fait honnête, le boulot abattu est une fois encore impressionnant, et ce, à tous les points de vue. En adoptant une pochette signée du trait mythique de Mark Riddick, et en acceptant l’offre alléchante de Metal Blade, les trois suédois se sont assuré un service après-vente optimal, qui ne leur a pas fait renoncer à leurs désirs d’origine. La production est bien sûr énorme, et s’évertue à propager ce son de guitare en tronçonneuse si symptomatique des groupes de légende qui nous ont tous converti à la froideur des côtes suédoises il y a presque trente ans. Les morceaux sont construits autour d’un ou deux thèmes porteurs et ne laissent jamais retomber la pression, même lorsque le tempo cède enfin à une accalmie mid bienvenue. Le chant est gravissime, les accélérations impitoyables, les breaks tombent toujours pile au bon moment, et les riffs sont plus gras que le bide de Lars Goran Petrov après une soirée barbecue du côté de Stockholm. Mais les influences et autres références sont si voyantes qu’on se demande souvent si la première génération ne va pas finir par porter plainte pour « influence consciente » (car je doute qu’elle soit inconsciente à ce niveau de mimétisme), et pas seulement en abordant le cas des membres de DISMEMBER. Il conviendrait d’ajouter à la liste des floués les membres d’ENTOMBED évidemment, qui voient certains de leurs classiques relus et à peine revus pour la forme, ainsi que les AT THE GATES dont le Slaughter Of The Soul est cité de manière plus ou moins indirecte en plusieurs occurrences. Vous me rétorquerez avec justesse que ce procès d’intention concerne à peu près quatre-vingt-dix pour cent de la production locale, et vous aurez raison. Vous arguerez sans doute du fait que certaines compos, dont « The Deranged » essaient de voir et de jouer un petit peu plus loin que le bout de leur nez, et vous n’aurez pas totalement tort. Mais vous aurez au moins la franchise d’accepter le fait que Carnage, en l’état, n’est rien de plus qu’un recensement des figures et coutumes de la première vague Death scandinave de 91/94, n’essayant pas forcément de se dégager de ses références pour proposer une digression sur un vieux thème un peu plus personnel.

Mais - et doit-on le regretter? - ça fonctionne, comme d’habitude. Parce que les suédois sont des malins, et surtout, des musiciens qui connaissent leur affaire au point de la réactualiser sans la dénaturer. LIK, avec Carnage, prouve qu’il est possible de produire un disque qui sonne comme, qui sent comme, qui est comme, mais qu’on peut apprécier en tant que tel, en mettant ses principes de côté. Sauf qu’à force de mettre ses principes de côté et d’accepter le passéisme comme seule forme de nouveauté, nous allons finir par oublier que la musique, c’est aussi une véritable création, et pas seulement l’art de créer une illusion. Et depuis un moment, ces musiciens nous forçant à regarder à gauche pour nous surprendre à droite ne nous persuadent que d’une chose. Qu’ils sont d’habiles manipulateurs, mais qu’ils manquent cruellement de prestige


Titres de l'album:

     1. To Kill
     2. Rid You Of Your Flesh
     3. Celebration Of The Twisted
     4. Dr Duschanka
     5. Left To Die
     6. Cannibalistic Infancy
     7. Death Cult
     8. The Deranged
     9. Only Death Is Left Alive
    10. Embrace The End

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par mortne2001 le 22/05/2018 à 14:38
75 %    188

Commentaires (2) | Ajouter un commentaire


Jus de cadavre
membre enregistré
05/06/2018 à 17:23:20
C'est pas ma chronique, mais je viens de découvrir cette tuerie... Alors je me permets de le mettre en sélection ! Tout simplement énorme ! Même si oui, déjà entendu ;)
Total Swedish Death Metal !

Jefflonger
membre enregistré
16/07/2018 à 22:06:27
intéressante cette chro, soit on fonce dedans , soit.... ben on fonce aussi mais on oublie pas de découvrir les autres albums non death d'une référence suédoise, à savoir Entombed. C'est ce que je suis en train de découvrir et je découvre de chouettes albums ( same difference , uprisng ,inferno). en tous cas cette chro a titillé ma curiosité

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