Un jour, du côté de Saintes, Charente-Maritime, avait lieu un festival de Grind, à l’affiche duquel trônaient les GRONIBARD et…Corbier. Alléché par le caractère saugrenu de la cohabitation, je m’y rendais, certain que le pauvre barbu qui sans sa barbe était d’une barbe allait se faire cartonner de saucisses et de haricots moisis. Mais c’était sans compter sur l’ouverture d’esprit du public présent, qui trop heureux de retrouver une figure emblématique de son enfance réserva un accueil chaleureux au barde heureux…Le même public capable de reprendre en chœur le générique d’Olive et Tom et d’avouer toujours sourire en se rappelant de certaines émissions et airs de sa jeunesse. Car sous le cuir, les clous, l’air sérieux de rigueur, le public Metal est l’un des plus enfantins qui soit, et l’un des plus inoffensifs qui puisse exister, car contrairement à d’autres se prétendant plus ouverts et moins brutaux, nous n’avons d’autre prétention que le partage, le plaisir, et l’envie de nous amuser comme nous le faisions du temps de nos genouillères, de nos cartables, aujourd’hui comme hier. Alors SODOM ok, NAPALM DEATH, avec plaisir, MARDUK parce qu’on est méchamment evil, mais aussi…le reste. La danse, le bonheur de gigoter, le Funk, la Pop, aider les vieilles dames à traverser la rue, et faire des bombes à eaux avec des gamins pour balancer sur le pare-brise des bagnoles qui passent. C’est ainsi que les suédois de ROYAL REPUBLIC fonctionnent, nous faisant régresser à un stade antérieur pour nous faire oublier les querelles de clocher et surtout, cette sacro-sainte « dignité éthique », qui pousse certains à rejeter, mais qui au final, nous fait diablement chier. Metal ou pas, sérieusement, c’est si important que ça ? Ne peut-on pas aimer ABBA et JUDAS PRIEST, les DOOBIE BROTHERS et FULL OF HELL, et regarder Benny Hill ou La Nuit des Morts-Vivants ? Si, et on peut tout à fait apprécier les ROYAL REPUBLIC et GHOST, tout comme on peut headbanguer sur du SUM 41 et pogoter sur EXTREME NOISE TERROR, n’en déplaise aux puristes.

ROYAL REPUBLIC, ce sont quatre originaires de Malmö, Suède, qui depuis l’orée des années 2010 se cognent de leur appartenance à un clan quelconque. Quatre musiciens (Adam Grahn - chant, Hannes Irengård - guitares, Per Andreasson - basse et Jonas Almén - batterie) qui en trois albums ont redéfini le plaisir musical sans limites (We Are The Royal en 2010, Save The Nation en 2012, Weekend Man en 2016), sapés comme jamais, et qui sur scène comme sur disque font preuve d’une exubérance qui fait du bien et d’un refus des conventions artistiques les plus restrictives. Des mecs capables de faire se déhancher des fans de James Brown, des addicts au stupre des FRANZ FERDINAND, des accros aux SCISSORS SISTERS comme de secouer les tignasses des méchants adorateurs des RED HOT ou de METALLICA. Un genre de crossover tellement vaste qu’il n’en est plus un, mais surtout, une façon d’envisager la Pop la plus dansante comme une approche Rock biaisée et surmultipliée. Pas besoin de distorsion pour être puissant, et pas besoin de débarquer sur scène en Harley pour paraître méchant. Ici, comme d’habitude les guitares sont souples, les riffs déliés, les rythmiques élastiques, le chant gouailleur et légèrement séducteur, et l’ensemble sonne comme le dancefloor d’une boite populaire de Malmö dont la piste a été investie de concert par des rockeurs, des ravers, des poppers, des punks, des funksters, et des maniaques d’APPOLO 440 (« Stop Movin »). Ras le bol des bannières, ras le pompon des barrières ? Alors entrez au Club Majesty, laissez votre perfecto au vestiaire, prenez un verre, et lancez-vous, éclatez-vous. Ici, tout est permis, et même ce qui ne l’est pas. Et vous risquez de tomber, au hasard des rencontres sur Benny Andersson, Evan Dando, Debbie Harry, les SMITHS, DAG, les mecs de NIGHT FLIGHT ORCHESTRA venus siroter un cocktail, ou même votre propre mère, complètement déchaînée et prête à danser tant que le jour ne s’est pas levé.

Toujours aussi réfractaires à un ordre et une logique quelconques, les ROYAL REPUBLIC se moquent bien de savoir si le public va adhérer à leurs principes, puisqu’ils savent très bien que les amoureux de la musique, les vrais, vont encore craquer sur surs hymnes à l’hédonisme innocent et léger. Avec ce quatrième LP, les suédois jouent encore le coup frappé fort et vite, et sapent les fondations du protectionnisme artistique avec un « Fireman & Dancer » au riff supersonique et aux chœurs empiriques. Pas plus d’une demi-heure pour laisser un souvenir impérissable dans le cœur des gens, et y insérer des photographies musicales de Chris Stein et des SCISSORS SISTERS (« Cant Fight The Disco »), dans un ballet de groove suintant comme le stupre des murs du Studio 54. Inconcevable pour tous les renfrognés de la hargne bestiale, ce mélange entre tous les courants existants dans la Pop contemporaine, telle qu’elle a été définie par les BEATLES et la Motown marche encore à plein régime, exauçant tous les vœux et réunissant jeunes et vieux, sous un déluge de bonne humeur et d’énergie à faire pâlir les plus punks des fans Hardcore (« Boomerang »), sans que personne ne se sente coupable. Et comment se pourrait-il ? Car les suédois, loin des gimmicks faciles de leur propre vague nostalgique parviennent à trousser de parfaits petits hymnes au bonheur et à l’éclate, construits comme des tubes de disco-mobile perdue dans la campagne du nord de l’Europe à la recherche de quelques isolés en mal de relations humaines.

Adam Grahn, toujours aussi à l’aise dans son rôle de bateleur/MC assure dans les grandes largeurs et joue sur du velours, signant même un tube improbable en forme de campagne de pub pour une marque de préservatifs (« Under Cover »), avant de crooner comme l’amant d’un soir qu’il est, sur fond de Rock poisseux et liquoreux (« Like A Lover », Prince, les FUNKADELIC, FRANZ FERDINAND, j’en passe et des plus marrants). OVNI spatial descendu de la planète Lust, auberge espagnole célébrant la fête à toute heure, Club Majesty est un édifice érigé au bonheur le plus absolu, celui de tricoter un riff purement Rock pour enthousiasmer le Glam des années 70 d’un parfum Dance du nouveau siècle (« Blunt Force Trauma »), une façon de contourner les règles pour faire twerker Agneta sur du Funk-Disco totalement décomplexé et contemporain (« Flower Power Madness »), ou de foncer tête baissée sur la route, du MOTORHEAD à fond en pensant aux IWRESTLEDABEARONCE (« Bulldog »). Du Stock, Aitken et Waterman pour fondus du bulbe BACKSTREET BOYS et BEASTIE BOYS (« Anna Leigh »), mais surtout, jouer, sourire, encore et encore, pour le meilleur et surtout pas pour le pire, et oublier une bonne fois pour toutes que le plaisir ne dépend pas d’un style, mais d’un cœur ouvert à toutes les possibilités. Pas du Hard Rock ? Vous en êtes encore là ? Alors restez-y, j’ai déjà réservé ma chambre au Club Majesty et je compte bien profiter des daïquiris gratuits.

     

Titres de l’album :

                        1. Fireman & Dancer

                        2. Cant Fight The Disco

                        3. Boomerang

                        4. Under Cover

                        5. Like A Lover

                        6. Blunt Force Trauma

                        7. Fortune Favors

                        8. Flower Power Madness

                        9. Stop Movin

                       10. Anna Leigh

                       11. Bulldog

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par mortne2001 le 04/06/2019 à 17:14
88 %    161

Commentaires (2) | Ajouter un commentaire


NecroKosmos
@109.218.246.24
05/06/2019 à 22:11:33
Ca y est, je suis fan !

Bakoun
@194.3.81.252
23/08/2019 à 12:00:37
Très bonne chronique pour un très bon disque !

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