Si d’aventure à la lecture de biographies de NYSS, vous tombiez sur des appellations comme « Noise », « Ambient », ou « Experimental », ne vous y fiez pas totalement, et ne fuyez pas à toutes jambes. On sait ces labels induits d’une certaine caution bruitiste qui peut repousser les moins hardis, mais permettez-moi de ranger ce trio dans la catégorie beaucoup plus noble et accessible du BM Progressif. Lui-même se définit comme un groupe expérimental, ce qu’il est d’une certaine façon, sa vision de l’extrême autorisant des digressions moins classiques, et pourtant, la force et la beauté de sa musique m’empêchent d’une certaine façon d’accepter cette caution. Et à l’écoute de ce deuxième album signé par les italiens d’Avantgarde Music, je ne peux qu’accorder crédit à mon analyse. Fondé en 2015 en France, le collectif NYSS a depuis émigré en Angleterre, et a pris une direction plus ou moins divergente de ses débuts. Après avoir lâché coup sur coup quatre EP (Nyss, Couteaux de Glace, Abandonné 1 et Abandonné 2, les quatre en 2016, belle productivité), le trio a enfin daigné nous honorer d’un premier longue durée, Princesse Terre (Three Studies of Silence and Death), paru sur le même label. Fort de son expérience et de sa discographie abondante, le concept a alors pris pas mal d’assurance, au point d’oser une suite en 2019, sous la forme d’une tétralogie de morceaux atteignant sans peine les quarante minutes de musique. Articulé autour de son leader Þórir Nyss (composition et instrumentation), NYSS se présente donc sous la forme d’une créature hybride, empruntant au BM le plus formel ses attaques abrasives et ses soudaines montées de colère, mais chipant aussi au Post Black ses mélodies les plus épurées pour parvenir à un équilibre parfait, dosage ultime entre puissance et clarté, comme l’illustration d’une dualité entre lumière et ténèbres.

Depuis 2017, Þórir s’est entouré de partenaires pour enrichir sa vision, et a accepté de confier le chant à Lee Bullock. Et l’année dernière, c’est le violoncelle de François Boyenval qui a complété la formation, conférant à ce Dépayser son aura quasi mystique. Sans tomber dans les travers du Néo-classique, et sans abandonner ses prétentions de violence, ce deuxième album est donc la confirmation d’un énorme talent individuel mis au service d’une musique riche et ample, qui explore les possibilités offertes par des textures multiples, empilées comme autant de strates parfois abrasives, souvent meubles, aboutissant à une originalité prenante, et suscitant une fascination assez dérangeante. Car on sent en filigrane de ces compositions une réelle volonté de bousculer les codes établis, tout en développant des thèmes que tout un chacun peut apprécier à divers niveaux. C’est particulièrement manifeste sur le très long « Bitter Tears and Grave Dirt », qui rappelle les évolutions les plus romantiques d’OPETH, sans abandonner sa propre individualité. On y sent un tapis acoustique de velours, des heurts rythmiques contrôlés, mais surtout, une envie de s’extirper des carcans trop restrictifs pour échapper aux étiquettes trop précises. Et sans vouloir cataloguer l’orientation musicale du trio, autant admettre que son optique reste d’une musicalité délicieuse, se posant en confrontation permanente avec les inclinaisons de brutalité les moins larvées. Ainsi, en parfait contrepied, « Face Down in the Blood and Piss » se veut crudité et chaos, malgré une structure pensée et progressive. Se revendiquant d’influences/références diverses (URFAUST, VERDUNKELN, RUINS OF BEVERAST, WODENSTHRONE, MEADS OF ASPHODEL, BURZUM, DARKTHRONE, THROBBING GRISTLE, DI6, COIL), NYSS est donc bien plus qu’un simple caprice Ambient/Noise fatiguant et banal, et offre des créations beaucoup plus intenses que bon nombre de ses camarades tombés dans le piège de la facilité bruitiste.

En quatre morceaux seulement, Þórir Nyss continue son exploration d’un BM farouchement indépendant, sans miser à tout prix sur sa singularité. Il est tout à fait possible pour un néophyte de la cause expérimentale d’apprécier ses errances, qui n’en sont pas d’ailleurs, l’homme sachant très bien où il va. Et même si l’album est une fois de plus guidé par une spontanéité que son auteur aime à rapprocher de l’improvisation, une logique et une cohérence servent de fil conducteur et justifient tous les passages et breaks, qui une fois empilés et raccordés forment une symphonie de beauté/laideur assez saisissante. Si un aperçu assez clair nous en est donné dès l’entame sans ambages de « Let the Devil in », c’est plus concrètement « Face Down in the Blood and Piss » qui présente le visage le plus ambivalent du LP, avec ses harmonies qui allègent des riffs méchamment BM, et assez proches de la seconde vague française des années 2000. Sans refuser les figures imposées du genre (blasts, breaks inopinés, basse en avant, chant éructé d’une voix écorchée),  NYSS les transcende pour les faire entrer dans un cadre moins restrictif, ouvert à la poésie mélodique. On pense évidemment parfois aux références EMPEROR, ou au plus intimistes et nationaux MURMUÜRE, mais le concept exilé en perfide Albion possède une identité assez forte pour n’être comparé qu’à lui-même, s’intégrant dans un paysage de renouveau BM qui s’extirpe enfin de sa condition en impasse. Profitant d’un esprit d’ouverture en vogue depuis une décennie, Dépayser ne se bride à aucun moment, mais n’en profite pas non plus pour se laisser aller. Malgré un timing très étiré (le morceau le plus court fait quand même près de huit minutes), chaque idée aussi spontanée soit-elle semble se justifier sans avoir à forcer, et le final « Know There is Art in Death » offre la conclusion toujours idéale, entre BM dur et âpre, et orchestrations plus nuancées héritées du Post et du Metal progressif, sans sombrer dans les affres de la prétention instrumentale.

Au final, un œuvre fascinante, qui prend le temps de se découvrir tout en étalant ses richesses comme des blasons, et dont la confrontation entre cordes délicates et background instrumental sans pitié résulte en un big-bang fertile. Pour une fois qu’un artiste exploite les possibilités d’un violoncelle sans tomber dans le pathos et trouve un point médian entre ambition et efficacité, autant le signaler. Et bien que NYSS n’ait pas grand-chose à voir avec le Noise ou l’Ambient, ses propres qualités lui permettent de se singulariser.

     

Titres de l’album :

                             1. Let the Devil in

                             2. Bitter Tears and Grave Dirt

                             3. Face Down in the Blood and Piss

                             4. Know There is Art in Death

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par mortne2001 le 13/07/2019 à 18:34
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