Dans la vision Orwellienne de la chose, les cochons ne pensaient qu’à leur groin de classe supérieure, et à s’empiffrer au dépend des plus démunis de la ferme. Charles Manson les voyait comme des bourgeois ensuqués de stupre, ou comme des flics avides de violence, et pétris d’animosité envers la contre-culture, ces « sales hippies débraillés et drogués ». Roger Waters n’avait pas plus de complaisance à leur sujet, et les faisait même voler dans le ciel anglais. En gros, ces pauvres gorets sont vraiment les mal-aimés de la civilisation animale depuis la nuit des temps, au point que certains pensent désormais à tous les occire. Pourtant, ils sont bien mignons à se vautrer dans la fange de leur soue et à pousser des grognements de fou. Moi, en tout cas, j’aime l’art porcin, et ce, depuis mes premiers matins à déguster du Death ou du Grind chafouin. Et malgré leur patronyme, les ALL PIGS MUST DIE aussi. Et ce qu’ils aiment de même, c’est le barouf qu’ils peuvent émettre de leur étable natale, depuis 2010. Un gros barouf qui visiblement, ne se calme pas en intensité avec les années. On pensait God Is War épitomé, mais Nothing Violates This Nature nous avait infirmés. Mais on se disait quand même que cette intensité, cette façon d’occulter toute mesure pour nous exploser les tympans déjà irradiés allait connaître une baisse de régime à un moment donné. On le pensait encore plus sérieusement depuis les quatre ans de silence qui nous séparaient de leur dernier long, et puis finalement, non. Et même non, non, non.

Mais après tout, avec des flingués du calibre de Matt Hoods (basse, BLOODHORSE) et Adam Wentworth (guitare, BLOODHORSE aussi), Kevin Baker (chant, THE HOPE CONSPIRACY), Ben Koller (batterie, KILLER BE KILLED, mais aussi CONVERGE) et maintenant Brian Izzi (guitare, TRAP THEM), inutile de s’attendre à une quelconque mesure bruitiste, le but de ces cinq-là étant justement de faire le plus de bruit possible…

Du bruit, mais du bon, intelligent, et vraiment méchant. Avec l’adjonction de Brian à la deuxième guitare, et l’apport d’une bonne dose d’air vicié TRAP THEM, et le soutien indéfectible de Kurt Ballou à la prod’, éternellement planqué dans les sous-sols de son Godcity studio, les ALL PIGS MUST DIE ont tenu le pari de sonner plus compact et violent que d’ordinaire, et Dieu sait si la gageure n’était pas simple à relever. Plus violent, mais aussi plus lourd, plus compact, et plus efficace. C’est aussi ce qui frappe à l’écoute de ce troisième LP Hostage Animal, qui ne relâche jamais son étreinte Hardcore de notre cou, commençant à présenter de sales marques de doigts qui ne desserrent jamais leur pression, même pour vous offrir le dessert en pression. Pression, le mot est choisi, mais aussi oppression, tant le son dantesque offert par les Citygod studios est de plus en plus immense, à la limite de l’assourdissant parfois. Mais il convient très bien à l’optique choisie par le quintette, qui a opté pour une attaque de biais, qui ne méprise cependant pas quelques uppercuts faciaux qui laissent des bleus. D’ailleurs, les mecs n’ont pas vraiment joué franc jeu. Car si leur ultime effort débute par ses titres les plus Grind N’Core N’Crust (« Hostage Animal », de quoi réconcilier CONVERGE et TRAP THEM en leur faisant faire une cure de NAILS), et s’offre même une brièveté de brutalité somme toute assez méritée et justifiée (le groovy « A Caustic Vision », choisi en single avant-coureur, « Meditation of Violence », qui ne médite pas longtemps mais bourrine à l’avenant), le reste n’est pas vraiment aussi véloce, tout en restant incroyablement éprouvant.

On se dit alors faussement que le plan est clair, et la tactique pliée, et « Slave Morality » débarque sans grogner, de ses notes maladives qui remplissent l’espace comme une respiration forcée de GODFLESH, avant de nous briser sur place de son inertie presque Sludge et Doom. Riff énorme et uniquement nuancé d’une variation de ton, pour des arrangements stridents, et un rythme éprouvant. C’est du très lourd, qui nous plonge dans les ténèbres d’un Sludgecore dont les leaders de Southern Lord sont coutumiers, et pourtant, on sent presque une énergie larvée derrière tout ça, un peu comme si les MASTODON tentaient le coup du stage dans le sud des USA pour en revenir avec une bible NOLA, susceptible de les rendre plus pachydermiques qu’un éléphant dans un magasin de porcel’haine.

Et le pire dans tout ça, c’est que rien ne vient confirmer le côté éphémère du choix, puisque « End Without End » vient en confirmer les théories les plus malsaines, avec des aboutissants encore plus pérennes. Des guitares qui traînent leur misère, pour une accentuation de la déviance instrumentale, qui s’acoquine de tendances Heavy, malmenées de travers Indus difficilement discernables en l’état, mais que les amateurs sentiront en arrière-plan de trépas. Alors, qu’arrive-t-il à nous bouffeurs de gorets préférés ? La crise de la quarantaine, l’envie d’aller voir ailleurs si la migraine est plus sereine ? Non, rien de particulier, ils font ce qu’ils ont toujours su faire à la perfection, ne pas capitaliser sur leur statut de cult band en osant des exagérations qui n’en sont pas, ce que démontre à merveille l’insistant « Blood Wet Teeth » de sa rythmique presque ludique qui se laisse dégénérer par des blasts déchaînés, pour mieux marquer le coup et l’appartenance à une scène de démence.

Crust, Grind, Sludgecore, Indus, Doom, Doomcore, tout ce qui peut déranger et éprouver est utilisé, mais toujours à bon escient. Les ALL PIGS MUST DIE avec Hostage Animal continuent juste leur travail de sape des fondements d’une civilisation qu’ils conchient, et le font avec leurs propres armes. Pour la plupart d’entre vous non rompus à l’exercice brutal, le jeu n’en vaudra pas vraiment la chandelle, puisque leurs propres influences (comprenez par-là, leurs groupes habituels) se retrouvent amalgamés dans un bal de l’outrance, qui finalement, ressemble pas mal à ce qu’on peut subir depuis quelques années de la part des TRAP THEM, des NAILS et autres nocifs de la puissance en coup de trique. Mais pour ceux qui justement baignent dans cette atmosphère avec délice, le troisième LP des originaires du Massachusetts sonnera l’hallali des timorés qui depuis trop longtemps se contentent de plans éculés.

Ici, les plans utilisés font toujours mouche, qu’ils soient entremêlés de vitesse et d’écrasement tassé (« Cruelty Incarnate », bien nommé), ou en coup de fouet Crust qui ridiculise la majorité (« The Whip »). Et pour faire bonne figure, le quintette nous a même à l’usure, en lâchant en outro un terrassant « Heathen Reign », concassant, multipliant les sinuosités, pour se concentrer sur ce que cette musique à de plus vénéneux et souillé. Feedback, guitares qui violent des mélodies déjà bien éprouvées, pauses qui n’en sont pas, pour des reprises qui nous emboîtent le pas, et nous traquent le long de couloirs de sueur et de peur… 

Non, tout ceci est bien vu, même si je ne suis pas sûr que la race porcine mérite autant de ressentiment. A moins que l’on colle toujours à la prophétie d’Orwell, et qu’on se souvienne de cette « police/milice » frappant des passants jusqu’au sang, en Espagne et ailleurs. Toutes ces tragédies ont maintenant leur bande originale, pas forcément plaisante, mais idoine.


Titres de l'album:

  1. Hostage Animal
  2. A Caustic Vision
  3. Meditation Of Violence
  4. Slave Morality
  5. End Without End
  6. Blood Wet Teeth
  7. Moral Purge
  8. Cruelty Incarnate
  9. The Whip
  10. Heathen Reign

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par mortne2001 le 20/10/2017 à 14:22
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pas le 27 Avril mais c est le 17 Avril voir site;
https://wickedmetalreview.wixsite.com/wickedmetalreview/post/reptilium-adrenochromacy?fbclid=IwAR3mQiBqH-HFePj2K1w3WrzchVjL2mABPa-drsZ2slIrmbxKotYt1qe3r6g


Ah, effectivement : la pochette est terrible !!


merci pour ton report
Je n'ai pas pû me déplacer pour cette affiche monstrueuse, ce qui rend la lecture douce et cruelle à la fois.


Un produit plastique crée de toutes pièces, sasns identité ni âme. Merci Nuclear Blast de cracher sur le patrimoine.


Seul le premier album était excellent, les 2 autres dont celui-ci de moins en moins bons.