Moi, j’habite en France. Et la France ce n’est pas toujours ce qu’on dit. Non, nous ne sommes pas soixante millions d’abrutis, et niveau musique, on la connaît justement depuis longtemps. Certes, nous sommes les rois de la bouffe, du pinard et de la haute couture, les chantres de la culture et émissaires du bon goût, mais nous sommes aussi une nation de Metal après tout, et il ne s’est jamais aussi bien porté chez nous. Pensez-donc, l’époque à laquelle l’Europe souriait avec malice en évoquant nos représentants Rock est bien révolue, et aujourd’hui, nous pourrions même affirmer fièrement que nous lançons les tendances, en tout cas, que nous savons très bien les suivre, avec panache et allant. Prenons pour exemple le premier EP des SACRAL NIGHT, que tout le monde attendait plus ou moins de pied ferme. Le voilà donc au pied de notre sapin de Noël, et autant dire qu’il a fière allure, de l’intérieur comme de l’extérieur. Pochette occulte et sensuellement morbide, et rondelle truffée d’hymnes au Heavy Metal le plus noir et le plus pur, pour une jolie ballade dans des enfers personnels qui évoquent pas mal d’autres purgatoires, eut égard au pédigrée des musiciens impliqués. Alors, pas de pétrole, mais des idées ? Certes, mais nos frenchies carburent pourtant à l’or noir, et leur moteur tourne rond, et vrombit à la moindre occasion. Je parlais du pedigree des pilotes un peu plus haut, mais il n’est pas vain de l’évoquer ici, puisqu’il a sa petite importance.

Nous retrouvons donc dans ce combo avec foi mais sans loi un certain Florent Brunet-Manquat, alias Amphycion, des ELVENSTORM, qui a initié le projet un sombre jour de 2013 après avoir traîné ses guêtres au sein de NECROWRETCH, Antoine Volat, alias Alkoholik Desekrator, membre de SILVER WIND et d’ELECTRIC SHOCK au micro, Mick Hellstrom, à la guitare, et musicien de LONEWOLF/ELVENSTORM, ainsi que le plus obscur frappeur Mörkk (ALDAARON/ORDALIE/SANCTUAIRE), ce qui nous offre un tableau assez complet de vieux briscards qui savent exactement ce qu’ils font et ce qu’ils veulent.

Et que veulent-ils exactement ? Nous entraîner dans le labyrinthe de leurs idées mises en commun, qui bout à bout dessinent un paysage assez étrange et indéfinissable, aussi emprunt du Heavy mystique et lyrique de MERCYFUL FATE, que de la NWOBHM, du Dark Metal des italiens de DEATH SS, du Thrash à tendance Black sud-américain, j’en passe et des moins évidents, ce qui vous le constaterez, n’engendre ni l’ennui, ni la mélancolie. Capitalisant sur leur background aussi étoffé que varié, les musiciens s’en donnent à cœur joie, et revisitent les styles avec le brio qu’on leur connaît, se montrant incroyablement convaincants alors même qu’il est impossible de leur coller une étiquette sur le dos. Et c’est sans doute cette cohérence dans la versatilité qui les rend si attachants, comme le démontre le très étrange et onirique « Darkness Process » en intro, profitant du chant incroyablement aigu d’Antoine, qui atteint des notes vrillant les tympans avec la même facilité que KING DIAMOND, sans pour autant jouer la surenchère de Castafiore d’opérette. Musique envoutante et biscornue, interprétation carrée et tension soutenue, ce Darkness Process est tout sauf du fast-food Metal destiné à être consommé à la chaîne et aussitôt digéré, et nous ouvre un monde de ténèbres aussi marqué par le Black le plus evil que par le Heavy le plus primal. En ne choisissant aucun camp, les SACRAL NIGHT sont loin de passer pour de vilains retourneurs de veste, et choisissent le bon finalement, le leur, que « Fullmoon Creep Sacrifice » dépeint avec acuité, de sa rythmique Speed torturée par un instrumental épique et dark, sublimé par les envolées dramatiques d’Antoine. La paire Mörkk/Amphycion fait preuve d’une cohésion de tous les instants, et permet à Mick de tisser des riffs incroyablement mouvants, à cheval entre les digressions satanico-mélodiques de la paire Denner/Shermann et les litanies acides d’Euronymous, pour une orgie sonore Heavy Black presque progressive, mais diablement performante.

En un peu moins de vingt minutes, le quatuor nous séduit de ses attaques incessantes, qui forment une symphonie d’outrance admirable, et qui nous embarque dans une épopée légendaire, retraçant le voyage du Heavy Metal depuis ses origines modernes des 80’s jusqu’à ses accès de folie des 90’s. Ni vraiment Thrash, ni foncièrement Black, mais plutôt entre les deux sans tomber dans le piège du Black Thrash tellement en vogue ces derniers temps, Darkness Process se veut union logique entre toutes les franges de l’occulte, et distille des mélodies amères dans un contexte explosif, sonnant comme une messe noire opératique célébrée en pleine forêt de Brocéliande, à la recherche des esprits d’antan, ceux-là même qui honoraient la mémoire du FATE, d’OMEN, et autres chantres de l’apocalypse en musique. On reste admiratif face au boulot abattu, qui fait preuve d’une incroyable maturité au service d’une fraîcheur dans la pénombre, leur Metal suintant à grosses gouttes sur les fenêtres de la nostalgie sans pour autant tremper le sol de ses larmes. Un exercice de style qui manipule le fond pour enrober la forme, mais qui ne sacrifie pas l’un pour l’autre, et qui se montre aussi solide que méchamment emballé. Et nous le sommes, par extension, comme si une ancienne démo oubliée resurgissait de façon impromptue sur la table du temps. Mais point de passéisme ou de rétropédalage ici, nous parlons de passion, celle de musiciens qui n’ont pas oublié d’où ils viennent et ce qu’ils doivent à leur héros passés. Et des interventions toujours brillantes d’un vocaliste qui est capable de transcender n’importe quel riff lambda, en passant par les textures tricotées par un guitariste qui n’a pas le médiator dans sa poche, sans oublier les coups de folie d’un batteur métronome qui blackise ses blasts pour en accentuer la violence (« Under The Moonlight », quel final…), le bilan est euphorique, et le sabbat maléfique.

Alors, oui, moi j’habite en France. Et oui, la France, c’est bien ce qu’on en dit. Un réservoir de groupes créatifs, qui ne se contentent pas de suivre une ligne bien tracée, et qui suivent leur propre voie, que d’autres pourraient bien emprunter. De fait, SACRAL NIGHT signe avec Darkness Process une belle tragédie en cinq actes, qui se permet l’outrance sans friser le ridicule, et qui paie son tribut à un Heavy épique, tout en prêtant allégeance à un Dark Metal en souffrance. Belle démonstration, et beau culot, et merci aux immanquables Infernö Records d’avoir placé l’objet dans leur traîneau.


Titres de l'album:

  1. Darkness Process
  2. Fullmoon Creep Sacrifice
  3. When the Coven is Opening the Pit
  4. Under the Moonlight
  5. Witness of Death

Facebook officiel


par mortne2001 le 03/01/2018 à 18:03
87 %    366

Commentaires (2) | Ajouter un commentaire


Jus de cadavre
membre enregistré
03/01/2018 à 18:17:10
On ne peut plus d'accord avec l'intro, sur la scène française...

Simony
membre enregistré
03/01/2018 à 18:49:56
Ca me rappelle une chanson de Michel Sardou le tout début... mais ne me demandez pas comment je le sais !

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