Amis poilus, brutes épaisses, fans de sonorités graves et de rythmiques en marteau-pilon, écraseurs de rêves, pulvérisateurs de joie de vivre, et autres déviants de la cause exutoire, soyez heureux, l’un de vos plus vieux amis polonais revient sur le devant de la scène après un silence de quatre ans. Fondé en 2003 à Gliwice, l’hydre à quatre têtes EMBRIONAL s’en revient vous conter fleurette sur fond d’ultra brutalité maîtrisée, avec un troisième album que beaucoup d’embourbés de l’underground attendaient avec une impatience non feinte. Il faut dire que les deux premiers efforts du groupe avaient jeté les bases d’un Death Metal technique et roboratif, et autant dire que cet Evil Dead pousse la perfection dans la déraison encore plus loin, accumulant les moments de bravoure et les instants de folie pure, le tout sous couvert d’un niveau instrumental parfaitement respectable eut égard aux canons du style. En replaçant le contexte, disons que les EMBRIONAL font partie du patrimoine cruel polonais depuis plus de vingt ans, puisque la première mouture du groupe, EMBRIONAL NECROPHILISM agissait déjà dans l’ombre avant de raccourcir son patronyme, sans vraiment changer d’optique de jeu. Mais c’est un groupe remanié qui vient vers nous, la mine patibulaire et le riff aiguisé, puisqu’après quelques problèmes de stabilité, le quatuor semble avoir trouvé l’assise nécessaire pour continuer son exploration d’un extrême sourd et sans complaisance, qui toutefois, n’a de cesse de maltraiter la mélodie pour l’insérer de force dans un contexte de chaos sonore qui laisse relativement admiratif. Evoluant en totale autoproduction, le combo reprend donc les choses là où The Devil Inside les avaient abandonnées, et nous sert sur un plateau rouillé une sévère dose de Death technique qui les place aux avant-postes du mouvement, dans la plus droite lignée des institutions internationales. Pourtant, inutile d’attendre une débauche de plans s’imbriquant comme par miracle, ou une emphase sur la bestialité instrumentale, puisque les polonais parviennent toujours à trouver un équilibre entre démonstration et efficacité, pour ne pas bêtement utiliser la technique comme vecteur principal de communication.

En 2019, les musiciens ont quelque peu changé de visage et de nom, et mis à part l’indéboulonnable leader Skullripper aka Marcin Sienkiel en poste depuis l’origine et solidement accroché à sa guitare et son micro, la valse continue, permettant d’accueillir de nouveau dans le giron familial le bassiste Michał Samol aka Armagog, qui officiait déjà sur les premières démos, ainsi que sur le premier LP Absolutely Anti-Human Behaviors. 2017 fut aussi l’occasion d’intégrer Tomasz Nowok à la guitare, et Dariusz Plaszewski aka Mlody à la batterie, et ainsi offrir au concept un lifting histoire de s’adapter aux besoins de son époque, et aux impératifs de sa créativité. Cette dernière s’exprime toujours autour de morceaux conséquents, reposant sur un nombre d’idées assez impressionnant, qui se formulent en digression autour d’un même thème travaillé sous toutes les optiques possibles, et ainsi tirer le groupe vers une formule de Death presque progressif, qui n’en aurait pas pour autant renoncé à sa violence intérieure, toujours aussi véhémente dans le fond et la forme. Pas grand-chose de neuf à se mettre entre les oreilles, mais une efficacité toujours aussi remarquable, et des prouesses instrumentales notables, qui évitent le piège de la démonstration stérile. On le sait, les EMBRIONAL sont d’excellents musiciens, et quelques minutes d’écoute suffisent à le comprendre, mais l’ego n’a pas sa place dans l’osmose générale, qui accorde à tout le monde une place suffisamment conséquente pour que personne ne se sente lésé. Et même si une fois encore, la basse résonne souvent dans le vide, et se fait bouffer par les fréquences de la grosse caisse et des guitares, l’axe riff/rythmique est performant, inventif ce qu’il faut, sans chercher midi à quatorze heures et sombrer dans l’expérimentation hors-propos.   

En résulte un album d’une solidité à toute épreuve, que les fans de Death pourront même prêter à leurs amis réfractaires au genre, sans qu’ils ne se voient imposer une torture sonore. Evidemment, le tout est d’une brutalité indéniable, mais les nombreux inserts harmoniques et les quelques dissonances toujours utilisées à bon escient permettront aux polonais de faire grossir leur fanbase, arguant d’une présentation technique au-dessus de tout soupçon, mais aussi d’un sens de la composition ténébreuse et légèrement glauque sur les bords. Le fond de l’affaire n’a pas vraiment été traduit dans un nouveau langage, mais les nombreux passages oppressants, les ambiances délétères, et les accès de colère dosés avec pertinence transforment ces huit compositions en évolution naturelle, et si les originaires de Gliwice ont souvent été rapprochés de leurs collègues nationaux de YATTERING (celui des premières années évidemment), ou des références internationales de DEEDS OF FLESH, AUGURY ou SPAWN OF POSSESSION, c’est plus du côté de DECAPITATED qu’il faut chercher l’analogie la plus flagrante, même si les deux entités possèdent leur ADN propre. Mais cette propension à ne pas se contenter d’un enfilage de perles brutes autour d’un collier en fil barbelé rend Evil Dead assez intriguant dans les faits, même si on y retrouve tous les réflexes naturels du quatuor. Riffs en tissage inextricable aux mailles aussi serrées que la corde d’un gibet, batterie qui en colle dans tous les coins mais qui sait manier la fluidité et la puissance à parts égales, mélodies maladives mais accrocheuses symptomatiques de la philosophe américaine la plus séculaire, et chant en troisième ligne rythmique, égrenant ses litanies d’un timbre rauque de mort, loin des turpitudes incompréhensibles de SUFFOCATION, mais rappelant parfois le DEATH de transition, qui aurait aux alentours de 92/93 effectué un stage de radicalisation.

Du classicisme donc, mais aussi une envie d’éviter la stagnation, en alternant les morceaux les plus crus avec les progressions les plus drues. Se catapultant dans une dimension d’ultraviolence, EMBRIONAL nous heurte de plein fouet avec sa cruauté instrumentale, mais ne se départit jamais d’une volonté de séduction, que des parties clairement Heavy Metal formalisent avec efficience (« Vileness… », et sa cassure au tiers qui impose un climat Metal assez savoureux, avant de retourner nous les casser en deux). Tapis de blasts pour justifier l’affiliation, mais pertinence de propos, contournant les us et coutumes du Technical Death pour l’expurger de ses plus gênantes prétentions, et ainsi, offrir aux fans de véritables chansons, agencées, pensées, et restituées avec envie et énergie. La différence entre les polonais et les suiveurs les moins habiles se matérialise à l’occasion de l’épilogue « Damned by Dogmas », hypnotique comme un inédit de GORGUTS, mais efficace comme une partition de CRYPTOPSY transcrite par nos GOJIRA. Accents jazzy, coupures franches et nettes, et précision diabolique, pour un ballet d’outrance qui pourra même persuader les allergiques que finalement, le virus n’est pas si dangereux, et un album qui tient admirablement bien la route, replaçant celle des EMBRIONAL sur les bons rails après une absence de quatre ans qu’ils ont gérée admirablement. Espérons juste que ce line-up dure plus que le temps d’un LP, et qu’il ne nous faille pas attendre 2022 ou 2023 pour avoir des nouvelles de l’enfer polonais.    


Titres de l'album :

                        1.Ending up on the Gallow

                        2.Vileness...

                        3.Inhuman Lusts

                        4.Lord of Skulls

                        5.Day of Damnation

                        6.Endless Curse

                        7.Abomination

                        8.Damned by Dogmas

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par mortne2001 le 03/03/2019 à 18:07
80 %    313

Commentaires (1) | Ajouter un commentaire


Arioch91
@195.115.26.249
05/03/2019 à 09:30:42
Excellent album qui me rappelle par moments Nile et à d'autres, Septic Flesh.

Moi, ça me va carrément !

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Très belle pochette.


Machine Head a quand meme m'y un bon coup de pied au cul a pas mal de monde sur Burn My eyes.

Le reste n'a rien d'extraordinaire, sauf le second et the blackening qui sont de bon défouloir.

Les deux albums Neo c'est du pompage pour surfer sur la vague.


Machine Head a quand meme m'y un bon coup de pied au cul a pas mal de monde sur Burn My eyes.

Le reste n'a rien d'extraordinaire, sauf le second et the blackening qui sont de bon défouloir.

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