Je regardais hier soir un excellent documentaire sur la fameuse tournée « Stars 80 », et bien que s’intéressant de près à ce phénomène itinérant, ce témoignage s’attaquait plutôt à un problème de fond, à savoir la fascination qu’exercent toujours ces fameuses « années 80 » sur la conscience collective. Et par extension, sur la popularité des artistes ayant animé de leur musique cette décennie qui n’en finit plus de susciter une nostalgie tangible et contagieuse…

Le phénomène est patent dans le domaine de la variété, mais il l’est aussi dans celui du Rock, et plus spécialement du Hard-Rock d’il y a trente ou presque quarante ans, qui continue de faire des émules et d’obséder les jeunes générations, qui n’ont de cesse de vouloir retrouver le son d’époque, au mépris de l’évolution des styles.

On l’a surtout remarqué et souligné à propos de sous-genres comme le Thrash évidemment, qui renaît constamment de ses cendres encore fumantes, ou du Hard-FM AOR, et du Glam, mais il semble évident que le Heavy Metal n’est pas épargné par le phénomène.

La preuve en est que de jeunes musiciens s’obstinent à piocher dans les références incontournables de quoi nourrir leur créativité contemporaine.

Un nouvel exemple frappant nous en est donné ce matin avec l’excellent album des Suédois de CONFESS, qui sans détour justement, confessent leur amour d’un Hard-Rock du passé, qu’ils ont su remettre au gout du jour sans lui manquer de respect ou le dénaturer.

On sait les Suédois très forts en ce qui concerne le Hard Rock vintage estampillé 70’s, ou le Melodic Metal de la décennie suivante, mais on constate avec affolement aujourd’hui qu’ils sont à l’aise dans toutes les formes d’hommages, y compris celui saluant bas le Hard Rock/Heavy Metal à tendance légèrement Glam des mid eighties.

Et ce Haunters en est une preuve indéniable, et s’ingénie au travers de ses quatorze morceaux à retrouver l’essence du son si typique des années 85/87, avec un certain brio il faut le reconnaître. Mais d’où viennent donc ces nouveaux chevaliers de la nostalgie organisée, et qui sont-ils ?

Le groupe s’est donc formé en 2008 à Stockholm sous l’impulsion du chanteur John Elliot, bientôt rejoint dans sa quête par le batteur Samael. La première mouture du combo commença à donner quelques concerts en Suède, et réalisa une première démo en 2010, suscitant un intérêt certain dans le public local.

Nouveaux musiciens, autres démos, deal avec le label américain Slipstrick, et premier EP en 2011, The Gin Act. Mouvements de musiciens, une fois de plus, puis entrée en studio pour lâcher un premier longue durée sur le marché, Jail, avant de partir sur les routes européennes. Avec une notoriété indéniable urbi et orbi, le quintette aujourd’hui constitué de John Elliot (chant), Samael (batterie), Van Noice (basse), Blomman et Richie (guitares) nous offre la primeur d’un second LP, Haunters, qui reprend plus ou moins les choses là ou Jail les avait laissées, poussant la professionnalisation encore plus loin, sans perdre de sa fraîcheur d’origine, et surtout, de cette originalité qui leur permet de passer d’un Heavy pur et dur à un Hard Rock légèrement Fm/AOR sur les bords, histoire de rendre la leçon plus complète et ludique.

Car la force de ce quintette suédois est donc de passer en revue toutes les facettes différentes du Hard Rock des années 80, sans occulter aucune piste, comme si ACCEPT et NIGHT RANGER se retrouvaient côte à côte dans une cérémonie publique célébrant leur prédominance sur le marché du Rock d’il y a trente ans.

Si le look trompeur des musiciens sur leurs photos officielles pourrait nous aiguiller sur la piste d’un Sleaze paillard et gentiment rebelle, la pochette de ce second album joue franc jeu, et recréé le trait grossier des covers dessinées que nous aimions tant à l’époque, avec son gang de rue de rongeurs vindicatifs et capés de la tête aux pieds de vestes en jean à patches, et de perfectos usés par les batailles rangées.

Mais la vérité musicale des CONFESS se situe justement à mi-chemin de ces deux images, puisque leurs morceaux sont tout aussi empreints de gros Heavy à l’Américaine teinté d’agressivité totalement Allemande, que de Hard Rock mélodique à tendance Sleaze et AOR, ce qui rend leur entreprise encore plus séduisante en l’état.

Et si la durée globale de l’album frisant l’heure de jeu avait de quoi inquiéter les plus exigeants (rappelons que les disques de l’époque atteignaient à peine les trois quarts d’heure), pas de remplissage à l’horizon, et très peu de fillers, ce qui indique que notre quintette suédois a très bien travaillé et révisé sa copie.

De tout donc, mais surtout pas n’importe quoi.       

Et après une intro qui plonge dans le bain, Haunters commence de la façon la plus tonitruante qui soit avec le gros burner à la limite du Power « Strange Kind Of Affection », qui de son énorme riff soutenu d’un up tempo d’airain nous donne envie de serrer les poings. Mélange des LEATHERWOLF, d’ACCEPT et des TIGERTAILZ, ce morceau d’ouverture est un véritable hymne fédérateur qui d’emblée, nous indique que les CONFESS ne sont pas là pour bricoler.

Le chant de John, un peu voilé et gouailleur, subtilement adolescent dans ses inflexions s’adapte très bien d’un instrumental trapu et couillu, et la production qui semble émaner des Dierks studios de 1985 agit comme un véritable placebo de la nostalgie, permettant de fait aux deux guitaristes de soloïser dans leur coin avec un talent certain.

En parlant de Heavy Allemand, « Stand Our Ground » en retrouve le pilonnage rythmique incessant, et ce groove si caractéristique qui balance et cogne à la fois.

Mais les Suédois sont aussi capables de plus de légèreté comme le démontrent avec facilité des morceaux comme « Talia », subtilement synthétique et marqué du sceau AOR des mêmes années, évoquant les HAYWIRE ou NIGHT RANGER avec plus de férocité, ou « How Could I Let You Go », la ballade de rigueur qui nous ramène sur les traces de « Sister Christian » des mêmes Américains, tout en lâchant quelques clins d’œil à DEF LEPPARD au passage.

Et si « Animal Attraction » retrouve la niaque des HANOÏ ROCKS et autres party bands de l’époque, « I Won’t Die » juxtapose la sensibilité mélodique et la hargne Heavy épique pour plus de cinq minutes de Metal évolutif qui ne se refuse aucune digression typique. Parenthèse FOREIGNER (l’intimiste « Tonight »), long hymne digne d’une compo originale des compères de THE LOCAL BAND avec ses accents AOR très prononcés, genre BOULEVARD ou BALANCE penché sur des claviers (« Let the Show Go On » et sa double grosse caisse aux échos synthétiques), pour se finir sur un brulot que les BACKYAD BABIES auraient pu composer un jour de repos (« Vittring »), l’immersion est totale, et CONFESS remporte haut la main le pari de la nostalgie, en nous gavant d’une heure de musique de folie, qui est loin de se contenter de recycler des recettes archi usées pour les transformer en fast-food contemporain réchauffé.

Un disque joyeux, heureux, une musique jouée par des instrumentistes passionnés et furieux, et une réussite totale, presque plus efficace que des vinyles d’époque pour repartir sur les traces d’une adolescence qui passe…et continue de passer.

Sans que nous ayons à le regretter.


Titres de l'album:

  1. Irony
  2. Strange Kind of Affection
  3. Stand Our Ground
  4. We Are the Rats
  5. Haunting You
  6. Talia
  7. How Could I Let You Go
  8. Animal Attraction
  9. I Won't Die
  10. Lady of Night
  11. Tonight
  12. Let the Show Go On
  13. Eye to Eye
  14. Vittring

Site officiel


par mortne2001 le 07/04/2017 à 14:01
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