Lorsqu’on parle de Black Metal, on ne pense pas automatiquement à la Belgique. On évoque plus volontiers la Suède, la Norvège, la France, les Etats-Unis, et même les pays centre et sud européens, mais plus rarement nos amis du plat pays qui est le leur. Il existe pourtant une myriade de groupes qui ont émergé de cette scène nationale, et loin de vouloir tous les recenser, impossible de passer sous silence les travaux d’ENTHRONED, ANCIENT RITES, LUGUBRUM ou ABSOLUTUS. Le problème se posant étant alors celui de la versatilité des artistes belges qui n’ont jamais défini un courant à eux-seuls, contrairement à leurs homologues, et qui se contentent souvent de réutiliser des recettes éprouvées, avec un talent indéniable, ce qui est incontestable. Il devient alors difficile de parler de BM spécifique à la Belgique, qui tâte volontiers du Pagan, du War Metal, de l’expérimental (plus rarement), et plus généralement de BM classique, parfois emphatique et à la limite du symphonique, à l’instar des THRONUM VRONDOR, actifs depuis plus d’une dizaine d’années. Fondé en 2005 du côté de Tielt, à l’ouest des Flandres, ce duo/trio perpétue une certaine tradition de l’extrême en se focalisant sur des sonorités puissantes, sombres, respectant presque à la lettre les commandements énoncés par la scène scandinave des années 90/2000. D’abord duo, articulé autour de la complicité artistique tissée entre Vrondor (guitare/basse, HELLEWACHT, DEMONIZER, ex-PARAGON IMPURE, ex-KWELHEKSE, ex-PANZER) et Crygh (batterie/chant, ex-URZAMOTH, ex-GRIMFAUG), THRONUM VRONDOR se présente aujourd’hui sous la forme d’un trio, ayant intégré depuis 2015 l’énigmatique SvN au chant, et à l’écriture des textes (DODENGOD, ex-ANESTHESY, ex-FLESHMOULD). Renforcé par cette adjonction, le groupe nous offre donc le troisième chapitre de son épopée sous la forme d’un LP solide et cruel, cet Ichor (The Rebellion), que les fans d’un BM agressif mais nuancé adopteront dès ses premières mesures.

Faisant suite à Vrondor I: Epitaph of Mass-Destruction, publié en 2007 et Vrondor II: Conducting the Orchestra of Evil en 2009, et pilotés en duo, Ichor (The Rebellion) est un modèle de BM intelligent et âpre, qui ne refuse pas quelques concessions à la mélodie pour rendre son approche un peu plus accessible, mais pas moins violente pour autant. Si les comparaisons sont multiples et possibles, autant dire que l’optique choisie par les belges est plutôt franche et personnelle, empruntant au BM scandinave son absence quasi-totale de compromission, pour mieux l’adapter à des vues plus modulées, qui de temps à autres s’autorisent des incartades harmonieuses et presque Folk dans les faits. Mais ces inserts sont plutôt rares, et les neuf morceaux de ce troisième LP utilisent les artifices en tant qu’arrangements épars, et non comme base de structures globales. Privilégiant les morceaux concis ne dépassant que rarement les cinq minutes, THRONUM VRONDOR se concentre sur une dureté de fond assez notable, pour ensuite proposer quelques aménagements plus souples, tout en gardant cette posture droite et figée qui a fait la gloire de la période de transition entre les nineties et le nouveau siècle. C’est ainsi que globalement, on peut penser à un mélange de violence entre le MARDUK le plus impitoyable de l’époque Legion, et l’ENTHRONED des sommets, le BM des belges se réclamant presque d’une préciosité symphonique à la EMPEROR lorsque le thème le permet, sans tomber dans les excès de synthé et autres chœurs grandiloquents. Ici, tout frappe très fort et très vite, et la production, parfaite en tout point permet d’apprécier des riffs qui se meuvent sans discontinuer, propulsés par une distorsion clean mais subtilement abrasive, et une rythmique arque-boutée sur ses blasts qui pleuvent sans discontinuer. Mais ce sont bien les guitares qui permettent avec leurs licks en trémolo d’aérer un peu la brutalité ambiante, contrebalançant effectivement des lignes de chant graves et assurées, qui refusent l’hystérie d’un chant de sorcière handicapant souvent ce genre de projet. Ici, pas de cris de damné en pleine crise de démence, mais des vers énoncés d’une voix à la Mortiis, en version moins théâtrale, mais qui complètent fort bien le tableau presque dramatique dépeint pendant moins de quarante minutes.

Et cette brièveté permet au groupe d’échapper à la redite, puisque la formulation choisie est itérative, et basée sur une approche imperfectible, mais aux réflexes assez prévisibles. Tous les titres semblent en effet basés sur le même agencement, alternant les passages furieux et les breaks curieux, avec toujours ces quelques harmonies acides qui virevoltent au-dessus du paysage comme des vautours en quête de charogne. Et si les esprits chagrins vous diront que l’essentiel est dit dès le premier morceau « A Symbol Of Acrimony », qui place les pions un à un avec beaucoup d’intelligence, l’ensemble de l’album se permet quelques changements légers de cap, qui nous évitent l’écueil du remplissage à outrance. Mais ce premier morceau, classique au possible est un véritable modèle du genre, avec sa rythmique guerrière, son chant gravissime et ses guitares volubiles, posant fermement sur la table des négociations des couplets forgés dans le passé pour mieux y glisser des interludes plus modernes et subtils. Entre War Metal de luxe et BM traditionnel mais futé, Ichor (The Rebellion) continue de fuser sur la lancée des deux premiers albums, mais célèbre une sorte d’accomplissement à lui seul, nous présentant un groupe sûr de son fait et de sa philosophie artistique. Et en mettant de côté le bref instrumental mélodique « ...And Then The Fall », la cohésion est de mise, et la trajectoire rectiligne, trouvant même une acmé en l’incarnation « Doom Upon Doom », le paroxysme de la vision du trio belge, qui en plus de sept minutes synthétise toutes leurs qualités bestiales, sans jamais déborder sur le Noise. Ni Raw ni désespérément avant-gardiste, ce troisième pamphlet ose le juste milieu, privilégiant des agencements formels pour mieux les déformer d’une volonté harmonique, et ainsi nous offrir un panorama nocturne inquiétant, mais tout sauf grotesque.

Il faut quand même attendre « The Last Specs Of A Dying Light », et son atmosphère presque TRIPTYKON/CELTIC FROST pour nous voir bousculés, par une lourdeur loin d’être désagréable, et une moiteur ambiante qui offre un point final inattendu à un album qui jusque-là paraissait prévisible jusqu’à son final. Et sans bousculer la hiérarchie, les THRONUM VRONDOR s’affirment avec les années comme un concept avec lequel il faut compter, et un digne représentant de la scène Belge, qui si elle n’est pas la plus connue et reconnue, recèle en son sein des valeurs sûres qui font honneur au style.       


Titres de l'album :

                          1. The Well

                          2. A Symbol Of Acrimony

                          3. Ceremony Of Atonement

                          4. Ichor (The Rebellion)

                          5. Diety

                          6. ...And Then The Fall

                          7. Vision Of The Seven Tombs

                          8. Doom Upon Doom

                         9. The Last Specs Of A Dying Light

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par mortne2001 le 02/04/2019 à 16:21
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Autant pour moi !
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