Ominous Black

Trauma

06/03/2020

Selfmadegod Records

Tout ça sent la confusion à plein nez, et pour cause. Je connais déjà au moins quatre TRAUMA, dont la plupart évoluent dans un créneau Thrash et Death. Et en partant du principe que ces TRAUMA-là s’appelaient THANATOS au départ, tout ça nous plonge dans le marasme, puisque le THANATOS le plus connu vient juste de sortir un album de pur Death Metal. Mettons donc les choses au point, le TRAUMA du jour qui en est vraiment un nous en vient de Pologne, d’Elbląg plus précisément, et n’en est pas vraiment à son coup d’essai. Formé en 1988 donc sous le nom de THANATOS, sous lequel il a battu pavillon pendant quatre ans, le groupe n’a pas tardé à imposer ses vues sur la scène extrême polonaise, pas la plus tendre du monde. En vingt-quatre ans de production, le groupe a donc eu le temps de publier sept longue-durée (Comedy is Over en 1996, Suffocated in Slumber en 2000, Imperfect Like a God en 2003, DetermiNation en 2005, Neurotic Mass en 2007, Archetype of Chaos en 2010 et le petit dernier, Karma Obscura en 2013), production conséquente que vient compléter ce huitième chapitre de la saga, Ominous Black. Enregistré au Traumatic Sound Studio à Elblag, mixé et masterisé au fameux Hertz Studio (BEHEMOTH, VADER, DECAPITATED, HATE, HOUR OF PENANCE, BEHEADED...), et emballé dans un artwork signé du célèbre et demandé Mariusz Lewandowski (ABIGAIL WILLIAMS, BELL WITCH, PSYCROPTIC, SHRINE OF THE SERPENT), Ominous Black est donc un produit imperfectible dans son créneau, qui nous offre trois-quarts d’heure de Death à la polonaise, mais beaucoup plus fin qu’il n’y paraît, et aux ambiances très travaillées. Nous ne parlons donc pas là de Death old-school, ce que le passé du groupe et son ancrage dans les eighties pourrait induire, mais bien de Death à cheval entre les époques, à l’aise dans la sienne, mais conscient des impératifs énoncés il y a quelques décennies.

Jarosław “Mister” Misterkiewicz et Arkadiusz “Mały” Sinica savent ce qu’ils veulent, eux qui sont aux commandes du navire depuis ses origines. Et malgré son arrivée plus tardive, Artur "Chudy" Chudewniak a déjà eu le temps d’enregistrer un bon paquet d’albums avec ses compatriotes, ce qui permet à la continuité de se solidifier, et de viser une homogénéité dans le temps. C’est ainsi que sans vraiment se démarquer des sept premiers albums studio du groupe, Ominous Black propose néanmoins quelques nouveautés, notamment dans l’élaboration d’un matériel de plus en plus « progressif ». Je mets le terme entre parenthèses, car le Death des polonais est plus évolutif qu’autre chose, et surtout, d’une finesse indéniable dans la brutalité. On sent que les musiciens souhaitent miser tout autant sur l’efficacité que sur la violence, n’hésitant pas à insuffler à leur musique un groove irrésistible, qui laisse beaucoup de place aux riffs accrocheurs ainsi qu’aux progressions mélodiques prenantes. Doté d’une production évidemment monstrueuse, Ominous Black ne compresse pas la rythmique à outrance, bien que la double grosse caisse trahisse son caractère contemporain de ses échos graves et répétés. Mais la cohésion dont font preuve les musiciens, et leur audace, si vous me permettez ce terme, nous permettent de savourer des morceaux vraiment percutants, à l’image de l’ouverture dantesque de « Inside The Devils Heart », qui ose les dissonances, nous assomme de blasts, et nous lacère de riffs supersoniques, dans la plus grande tradition du Death polonais. De nombreuses cassures, de l’assurance dans le déroulé font de cet album une adjonction solide dans le répertoire de TRAUMA, et si les comparaisons utilisées par son label national ne sont pas toutes pertinentes (SLAYER, PESTILENCE, MORBID ANGEL, GOREFEST, HATE ETERNAL, NEVERMORE, NILE, VITAL REMAINS, MASTER, KRABATHOR, ASPHYX…), elles permettent au moins de baliser le terrain et d’anticiper les exactions pour les novices qui n’auraient pas encore fait connaissance avec le trio.

Je parlais de Death progressif plus en amont, mais il convient d’apporter une nuance à cette remarque. Le terme progressif n’est pas à assimiler en fonctions d’évolutions complexes ou de démonstrations techniques roboratives (PESTILENCE, GORGUTS, ATHEIST), mais plutôt en termes de modulations, chaque thème abordé se voyant trituré pour épouser de nouvelles formes et prendre de nouvelles directions. C’est ce qu’on remarque assez rapidement, et malgré une agression permanente via une rythmique implacable, la basse parvient à insuffler un peu de finesse avec un glissando par ci et une ligne mélodique par-là, contrebalançant les harangues permanentes de Chudewniak qui s’époumone comme un beau diable. Tout ça nous donne donc du Death brutal, mais finement agencé, avec de nombreux breakdowns, qui relancent la machine d’ultraviolence en lui conférant plus de puissance. C’est ainsi que « Insanity Of Holiness » s’offre un break Heavy mâtiné d’un solo harmonique du plus bel effet, rappelant par la même les exactions bataves du PESTILENCE de Patrick Mameli, tandis que le très roublard « Astral Misanthropy » multiplie les pains comme un boxeur sur le ring, en alternant une basse tournoyante et une guitare en sifflantes. Le Death des polonais est donc toujours aussi riche, moins prévisible qu’il n’y paraîtrait à l’avance, et symptomatique d’une ouverture mondiale. On apprécie particulièrement ces moments catchy qui dynamisent une bestialité ouverte, toujours propre, mais avide de violence. Le trio n’a pas son pareil pour accrocher l’oreille avec des parties abordables, et même lorsque la montre laisse courir ses aiguilles, les idées ne manquent pas (« I Am Universe »). Relativement peu de titres lapidaires et purement gratuits dans la bousculade, à l’exception de l’aplatissant « Among The Lies » qui en appelle au ressenti le plus traditionnel du Death de l’est.

En troussant des intros atmosphériques, en plaçant des intermèdes plus nuancés, les polonais parviennent une fois encore à s’extirper de la masse grouillante des vétérans Death collés à leurs principes, et nous laissent savourer des pièces bien préparées (« The Godless Abyss »), pour conférer à ce huitième album un parfum presque mystique. Une nouvelle étape sur le chemin des anciens de TRAUMA, peut-être pas la plus importante, mais qui leur permet de continuer leur chemin avec pertinence et efficience. ,     

                                                

Titres de l’album :

                          01. Inside The Devils Heart

                          02. Insanity Of Holiness

                          03. Astral Misanthropy

                          04. Soul Devourer

                          05. Among The lies

                          06. I Am Universe

                          07. The Black Maggots

                          08. The Godless Abyss

                          09. Colossus

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par mortne2001 le 01/08/2020 à 17:18
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Décidément ce titre de BENEDICTION donne vraiment envie d'en entendre plus. Classique mais efficace.

11/08/2020, 21:21

Moshimosher

Une bien triste nouvelle... RIP... :(

11/08/2020, 21:13

LeMoustre

Hâte d'en ecouter plus. Ramenez nous Sabbat et Deathrow et on sera comblés.

11/08/2020, 12:13

Kerry King

Dommage aussi cette histoire qu'il ne soit plus avec Entombed mais sous Entombed A.D.

D'ailleurs que devient Entombed de Hellid ? LG reste le membre charismatique du groupe pour moi.

10/08/2020, 22:03

Kerry King

Une légende. RIP.

10/08/2020, 21:59

Gargan

Riffs hypnotiques, chant excellent, merci pour la découverte.

10/08/2020, 13:36

Humungus

Phil is god.

10/08/2020, 10:38

Humungus

Pour l'avoir croisé back stage il y a quelques années, je confirme que ce type est la gentillesse même.

10/08/2020, 10:36

adq

En meme temps en piccolant et se shootant non stop c'est quasi inevitable maheureusement,,,

10/08/2020, 10:30

adq

connais pas mais merci pour la news people

10/08/2020, 10:28

Raumsog

Ouch c'est dur ça... Outre la carrière qu'on lui connaît, le type a quand même l'air foncièrement hyper sympa donc vraiment bonne chance à lui, "get the damn deal done" comme il dit!

10/08/2020, 09:26

LeMoustre

Entre lui et le cancer de LG Petrov, quelle tristesse.

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