Les Avatars du Vide

Blurr Thrower

18/01/2019

Les Acteurs De L'ombre Productions

Je suis conscient qu’en période de fêtes, le quidam moyen n’a qu’une seule envie. S’amuser, oublier le quotidien, emballer ses cadeaux, afficher un sourire de circonstance, sincère ou pas, penser aux repas qui l’attendent, et offrir, parce qu’offrir, c’est le plaisir. Dès lors, la bande-son idéale d’une fin d’année s’articulera surtout autour de chants de Noël, de chansons à boire, éventuellement d’un petit tour à la messe de minuit, ou du ronronnement des rires enregistrés dans un bêtisier quelconque diffusé en prime time. C’est ainsi que la majorité des gens conçoivent cette période où les sapins perdent leurs aiguilles, admirant le ballet stroboscopique des guirlandes nous éclairant l’épilepsie de leur métronomie implacable, et pourtant, il existe aussi une autre voie, moins joyeuse, celle de la lucidité du monde qui nous entoure et qui ne s’arrête pas de tourner parce qu’on avale une autre douzaine d’huitres ou un toast au foie-gras. C’est un fait, pas le plus réjouissant j’en conviens, mais le réchauffement climatique, les disparités et inégalités, la souffrance et la solitude ne connaissent pas de trêve, et le quotidien de ceux luttant pour leur survie dans un monde egocentrique et voué au culte du veau d’or s’accommode très mal de cet onirisme mercantile dirigé d’une main de fer par des multinationales dont le seul but est de nous pousser à une surconsommation de dernière minute. Le monde, tel qu’il est aujourd’hui, nous raconte une toute autre histoire, celle d’une civilisation à la dérive, d’un mondialisme qui le confine au cannibalisme, et d’une impasse de l’âme qui occulte les problèmes pendant une quinzaine de jours pour les retrouver toujours aussi lourds à porter au mois de janvier. Alors, justement, le mois de janvier 2019 proposera sans doute le soundtrack le plus approprié à la reprise de conscience, lorsque la routine grise remplacera les joyeusetés multicolores, et à ce moment-là, BLURR THROWER sera là pour nous guider vers un ailleurs pas forcément réjouissant, mais terriblement adapté à des circonstances que d’aucuns s’évertuent encore à nier.

Se voilant d’un linceul opaque de mystère, BLURR THROWER accepte sa condition de one-man-band, et nous dévoile ses sombres projets pour l’année à venir. Chaperonné par l’infatigable Gérald des Acteurs de l’Ombre, ce concept aux contours plus ou moins flous est plus qu’un groupe, et beaucoup plus qu’une simple humeur misanthropique. Il se présente sous la forme d’un hommage à la scène canadienne la plus sombre et impénétrable, avouant ses influences comme autant de convergences vers ses propres idées. Concédant une admiration pour des groupes comme WEAKLING, FELL VOICES, ASH BORER, TIME LURKER, ou PARAMNESIA, BLURR THROWER est en quelque sorte la transposition du vocable canadien dans un idiome français, sans que l’on ne sente une vulgarisation de base pour obliger les fans à s’ouvrir à l’extérieur. Et pour être tout à fait honnête, le mimétisme de ce premier album avec certaines pierres angulaires du genre est troublant, même si ce musicien français fait tout ce qu’il peut pour cacher ses références sous des citations plus personnelles. Concrètement, Les Avatars du Vide est plus un voyage qu’un réel disque stricto-sensu, un voyage en deux étapes, profondément ténébreux, mais animé d’une lumière mélodique permettant d’en apercevoir l’issue, pas forcément la plus gaie j’en conviens, mais cathartique d’une certaine manière. Composé de deux très longs morceaux, cette introduction à un univers très personnel s’aborde comme une pièce de narration que chacun interprétera comme bon lui semble, se plaçant à la place du narrateur ou acceptant son rôle de simple spectateur. Dès lors, et une fois ce choix fait, les réactions pourront être différentes, pas radicalement, mais avec des nuances d’importance. Car la diégèse que nous propose BLURR THROWER laisse place à l’interprétation, selon que son auteur se place au centre des débats, ou qu’il les raconte en observateur extérieur, nous impliquant dans le processus, qui finalement, et après précision, pourra se transformer en métadiégèse, comme un cauchemar dans le rêve, ou comme une histoire dans l’histoire, à l’image de ces rêves que l’on fait à l’intérieur de rêves, et qui nécessitent deux réveils au lieu d’un. Abstraction descriptive qui semblera cryptique pour beaucoup, et pourtant, qui correspond parfaitement au déroulé de l’aventure, qui en trente-six minutes fait le tour de la question du BM atmosphérique de tradition, celui-là même que nos cousins canadiens pratiquent depuis deux décennies.

Et qui dit BM atmosphérique, induit une crainte tout à fait justifiée de devoir subir de longues digressions souvent stériles, utilisant les itérations et les répétitions jusqu’à l’overdose. Les répétitions et digressions ne sont évidemment pas absentes de cette œuvre, et en constituent même les fondements, pourtant, impossible de ne pas voir une progression parfaitement logique dans les constructions proposées par Les Avatars du Vide. Si l’auteur aime à développer de longs riffs concentriques qui s’accordent très bien de blasts raisonnables, il sait aussi travailler ses atmosphères pour rendre le tout prenant et hypnotique, un peu comme un trip astral en dehors du corps dans une dimension cachée. Les guitares sont abruptes, lointaines, presque enterrées dans le mix alors que la basse se permet des incursions au premier plan, et servent de couches sonores en canevas traumatique, pour mieux élaborer un panorama fait de brouillard, de rochers pointus empilés en montagne de désespoir, et de quête d’une vérité que peu sauront accepter comme réalisme inévitable et salvateur. Plus concrètement, BLURR THROWER prend un plaisir tangible à s’approprier les recherches antérieures de BASALTE, SKAGOS, MALEBRANCHE et autres ENTHEOS, et à les amalgamer à une approche scandinave de la fin des années 90, pour créer un compromis entre le Black Atmosphérique le moins complaisant et le Raw Black le moins vulgaire, et ainsi atteindre un juste milieu entre la contemplation et l’efficacité, qui saura séduire les adeptes de la brutalité comme ceux de l’exigence sonore plus élaborée. On retrouve donc des tendances assez différentes sur ce premier LP, qui loin de meubler, remplit les espaces avec de réelles idées, et surtout, des harmonies décharnées luttant pour s’imposer dans un contexte de brutalité blafarde.

Longues intros qui n’en sont pas mais qui font vraiment partie de la narration, cassures amenées avec beaucoup d’à-propos, classicisme assumé mais détourné de ses codes pour ne pas sonner trop figé, et surtout, de l’intelligence dans le crescendo qui transforme ces deux longs chapitres en suite logique. Sans véritablement bousculer l’ordre établi du BM traditionnel, Les Avatars du Vide y apporte sa patte, et sa contribution est d’importance, puisque les premières minutes de « Par Delà les Aubes » transcendent le Post Black pour le faire entrer dans un cadre de Black progressif presque minimaliste, mais pourtant aussi ambitieux que n’importe quel représentant de l’avant-garde. Et là est la dualité la plus frappante de ce trip intégral, puisque sous des atours décharnés, ce premier LP fait étalage d’une richesse de composition et d’arrangements qui permet à son auteur de s’extirper de la condition de répétiteur malhabile pour endosser le costume de conteur. Un travail à la mystique palpable, une errance sur les chemins de la désolation, mais surtout une musique fertile, aux moyens limités, mais à la portée indéniable. Et comme je le disais, la bande-son d’un début d’année qui s’annonce encore plus morose que le précédent, mais peut-être plus poétique qu’on ne le pensait.              

 

Titres de l’album :

                          1.Par Delà les Aubes

                          2.Silence

Facebook officiel

Bandcamp officiel 


par mortne2001 le 27/01/2019 à 14:52
82 %    466

Commentaires (0) | Ajouter un commentaire

pas de commentaire enregistré

Ajouter un commentaire


Derniers articles

Universe

mortne2001 29/07/2020

F.F.W.

mortne2001 27/07/2020

Tiamat 2010

RBD 26/07/2020

Créda Beaducwealm

mortne2001 24/07/2020

Les Enfants du Cimetière

mortne2001 20/07/2020

Chimaira 2008

RBD 16/07/2020

Xtreme Fest 2016

RBD 08/07/2020

38'48 Regeneration

mortne2001 07/07/2020

Concerts à 7 jours
Tags
Photos stream
Derniers commentaires
Satan

Immortal a réussi l'exploit d'être encore plus ridicule que les anciens démêlés de Gorgoroth. Chapeau bas!

06/08/2020, 22:24

Kerry King

Deja Horgh est arrivé tard dans le groupe je crois ?

Mais en soit seul Abbath était sur tout les albums et depuis le début, Demonaz a quitté le groupe pendant une dizaine d'année je crois...

Bref n'y queue n'y tête...

06/08/2020, 21:48

Buck Dancer

C'est vraiment triste et pathétique à lire ce genre de news.

06/08/2020, 21:25

Vincent

C’est PAS BATUSHKA bordel c’est le mec qui a volé le nom et qui a fait Hospodi. Vous le faites exprès c’est pas possible ? Vous voyez bien que la musique n’a rien à voir avec Litourgiya et Panihida.

06/08/2020, 17:53

Humungus

Il est loin le temps ou le Black se voulait aussi le garant d'une certaine spiritualité et intégrité... ... ...

06/08/2020, 17:14

JTDP

En attendant, il y en a un qui doit bien se marrer...

06/08/2020, 14:48

Tranbert

Le R'n'B metal à retenu mon attention donc j'ai ecouté...Ah oui quand même. Faut de tout pour faire un monde. Je dois être trop vieux. Les instrus passent encore, mais la façon de chanter... !NON!

06/08/2020, 12:43

Tranbert

Je l'aime bien aussi ce morceau, et le clip est vachement bien foutu. Rien de très original dans le son et le visuel mais ça le fait bien

06/08/2020, 12:39

Invité

Interstellar 666.6

06/08/2020, 09:32

Gargan

Comme le climat, mouarf.

05/08/2020, 21:55

Oliv

Réchauffé

05/08/2020, 18:54

JTDP

Oui d'accord avec toi Buck Dancer, c'est dans la droite ligne de "magma". Et je le trouve aussi plutôt bon, envoûtant ce morceau. Et le clip est franchement bien foutu !

05/08/2020, 17:29

Buck Dancer

Et moi je dois être de bonne humeur, parce que je le trouve plutôt bon ce morceau. Sans surprise et dans la continuité, logique, de Magma, mais bien foutu.

05/08/2020, 17:26

RBD

Il ne faut jamais oublier qu'il y a d'autres régions dans le monde où jouer, écouter du Metal est dangereux. On peut lire le livre publié chez Camion Blanc sur le Metal dans les pays musulmans, qui déborde parfois le sujet mais est intéressant, bien que le contexte aie bien changé depuis les (...)

05/08/2020, 17:03

Pomah

Vraiment déçu, le titre est assez mou, facilité de composition, vraiment pas pêchu, cela sent la relâche. Que dire de la direction artistique du clip, qui est franchement cartoonesque... Vieillir me rends aigri visiblement.

05/08/2020, 15:20

Kerry King

RIP a ce cogneur.

05/08/2020, 10:54

Humungus

Jus de cadavre & MorbidOM + 1.

05/08/2020, 07:42

MorbidOM

En même temps ce côté "spontané" fait partie de son charme.
Comme tu dis ce mec est une rock star et il a toujours plus l'air d'être là pour voir ses potes et écouter la musique qu'il aime que pour gérer sa carrière. Le genre de gars que tu vois headbanger entre les coulisses et la sc(...)

05/08/2020, 03:39

Jus de cadavre

Franchement Anselmo a agit comme un abruti. Je pense sincèrement qu'il n'est pas raciste, mais il agit toujours comme si il était au camping dans un fest avec ses potes sauf que bah non mec t'es une 'rock star' et t'as en permanence des caméras braquées sur toi... Fin bref, depuis cette histoire(...)

05/08/2020, 00:39

Oliv

Si on veut jouer le jeu des médias et réseaux sociaux de caniveaux bien sur j’entends

04/08/2020, 22:47