Vous avez déjà vu des gens écouter un album de Death Metal en souriant vous ? Moi oui, souvent d’ailleurs, mais je parle ici de VRAI Death Metal, pas de ces ersatz modernes qui compressent tous les graves pour assimiler le tout à une régurgitation qui écœurerait même les fans les plus tordus de Gore Grind. Ces gens-là sourient, parce qu’ils apprécient, la froideur, la violence, l’excès des textes et la production sourde mais intelligible, et ils sourient aussi parce que leurs instincts sadiques de psychopathes passifs peuvent prendre le dessus par procuration pendant quelques minutes. Car le Death à cette fonction d’exutoire que les films d’horreur connaissent bien, et flatte nos plus basses tendances, nos plus vils penchants, en expurgeant notre conscience de ce sentiment de culpabilité que tout sociopathe doit (ou devrait) éprouver au moment de faire du mal à ses contemporains. Beaucoup de groupes par le passé sont parvenus à synthétiser l’esprit originel de cette musique qui se doit de sentir le sang par tous les pores, mais aujourd’hui, la donne est différente, et le choix moins varié. On doit la plupart du temps faire face à des disques avariés qui empestent la contrefaçon, ou à des démarquages rances qui doivent plus à la raison qu’à l’envie. Mais heureusement, de temps à autres, de véritables malades refont surface et nous ramènent aux grandes heures des embaumements les plus festifs, ceux que l’école suédoise menait bon train dans les arrières-labos de ses studios, et ceux que l’étude américaine disséquait sur des tables en bois gravés du nom des OBITUARY, DEATH, et autres MORBID ANGEL. Et ce sont ces deux tendances qui ont amené les lituaniens de STRANGULIATORIUS à s’exprimer au nom de la mort, eux qui depuis le début de leur carrière s’obstinent à retrouver l’impulsion putride qui nous a tous fait emprunter le chemin de gauche plutôt que celui de droite, plus ennuyeux. Outre cette double référence à la magie et à ENTOMBED, il convient de replacer les débats sur le terrain de la qualité la plus pourrie. Et de ce fait, les STRANGULIATORIUS sont en passe de devenir le groupe le plus symptomatique d’une démarche que les FREITOT ont défendu il y a peu, avec un peu moins de ressentiment peut-être. Mais dans les faits, ce Rope Soap Tabouret est une pestilence infernale émanant des entrailles de la terre, celle qui recouvre le cimetière artisanal qu’un serial-killer a inauguré il y a quelques années en y enterrant sa première victime.

Originaires de Vilnius, ces quatre musiciens aux intentions tout sauf louables (Švedas - basse, Kaplerezas - batterie, Kunigas - guitare et Iggy - chant) ont entamé leur parcours avec une démo en 2012, avant de signer un premier pamphlet en 2017, Išlikimo Vadovas. Passant d’un Thrash conventionnel à un Death classique, le quatuor a donc signé un pacte avec le label culte Horror Pain Gore Death Productions pour nous permettre d’apprécier ce second effort dans des conditions optimales, et dire que les deux parties en ressortent grandies est d’un euphémisme lénifiant de naïveté. Car on retrouve sur ce second LP tous les ingrédients d’un Death formel de très haut niveau, ce qu’une pochette aussi laide qu’énigmatique semble prévenir de son amateurisme légèrement déviant. Mais qu’attendre d’autre d’un album intitulé avec beaucoup d’ironie morbide Rope Soap Tabouret si ce ne sont quelques conseils à l’usage des dépressifs pour qu’ils puissent mettre fin à leur misérable existence dans des conditions optimales ? Le conseil est donc patent, un tabouret, une corde, et un peu de savon pour faire glisser les petons, et avoir la joie d’observer un corps sans vie se balancer dans le vide, comme celui de l’existence décrit dans les sillons de ce disque à l’empathie toute relative. Décomposé en neuf chapitres et autant d’humeurs, Rope Soap Tabouret est plus qu’une simple étape sur un parcours que l’on espère aussi long qu’une souffrance intolérable, il est un hommage aux formations qui ont tant œuvré pour l’admission du style dans le cénacle des sous-genres les plus importants du vingtième siècle. Il n’est que bruit et fureur, sons et odeurs, comme une trace de sang sur une vieille table en bois, ou un doigt retrouvé au fond d’un bois. Il développe des arguments si rigides qu’un bande-mou pourrait retrouver la vitalité nécessaire pour violer un cadavre, et il empeste les déviances nauséabondes des vicieux les plus nécrolibidineux de la création, ceux-là même qui s’extasient devant la douleur des autres, et qui sourient du coin de l’œil lorsque la tragédie frappe. Manifeste pour meurtriers en rupture de bans, ce second chapitre de la saga STRANGULIATORIUS est une petite merveille faite musique, qui pioche dans les enseignements de la culture suédoise de quoi entailler le dernier espoir jusqu’aux tendons, et qui pique à l’optique américaine sa longue-vue pour observer le charnier de la mélodie de loin. On y retrouve ces riffs qui en sont vraiment, et pas de simples prétextes, des riffs qui taillent dans la glace des veines le chemin jusqu’au cœur déjà gelé, soutenus par une rythmique qui n’hésite pas à caler quelques blasts sur le chemin histoire de le rendre encore plus escarpé.

Il est aussi une litanie d’horreur qu’un chanteur/conteur se plaît à narrer de sa voix distanciée, de ces organes qui ne ressentent rien sinon l’indifférence, et qui ne semblent s’animer que lorsque la mort approche. Cet album est un recueil de poèmes pour âmes malades, qui n’apprécient jamais autant la rime que lorsqu’elle leur permet de faire sonner éviscération avec énucléation, et plus encore, un manuel détaillé pour apprentis-embaumeurs qui reniflent leurs gants avant de les ranger sales, pour garder cette odeur de trépas jusque dans leurs souvenirs les plus enfouis. Doté d’une production ignoblement puissante et claire, Rope Soap Tabouret traîne son spleen macabre jusque dans les recoins des locaux de répétition des DISMEMBER et autres UNLEASHED, même si le label aime à offrir en pâture les lituaniens aux fans de CARCASS, COFFINS, ANATOMIA, HAEMORRHAGE, IMPETIGO, ASPHYX, UNLEASHED, AUTOPSY ou BOLT THROWER. On retrouve un peu de tout ça dans cette musique carrée, sale et souillée, mais aussi un peu tout ce qui a fait du Death Metal de l’orée des années 90 ce style inimitable, à base de vents du nord froids comme la mort, qui vous poussent près d’une falaise pour vous inciter à vous y jeter. Tous les titres s’enfilent comme des pieux dans le corps d’un supplicié, et aucun ne fait figure d’intrus tant la cohérence globale est dopée par un enthousiasme dans la vilénie, qui touche même le bassiste dont on peut saisir les lignes sans avoir à tendre l’oreille. Kunigas fait tout ce qu’il peut de son côté pour séduire les accros d’IMPETIGO tombés sous le charme du ENTOMBED des premières années, tandis qu’Iggy ne ménage pas sa peine pour nous faire croire à ses histoires de médecins déments qui démembrent dans la joie de pauvres innocents se retrouvant empilés dans des sacs à cadavre en attendant de voir leur pauvre organisme disséqué dans la joie et l’insouciance.

Tout ça sent donc très mauvais bon, et chlingue la bile qui coule le long des plinthes, et le quatuor a même la gentillesse de finir son effort à la serpillère, nous livrant un ultime segment de plus de onze minutes, qui après un dernier effort mortel collectif, se répand en strates de sons synthétiques et hypnotiques, fermant la porte de l’abattoir pour ne pas laisser passer les courants d’air et se faire choper. Et discrètement mais surement, les STRANGULIATORIUS viennent de signer l’un des albums les plus fidèles au genre, de ceux que l’on citera surement dans une vingtaine d’années comme une des bornes indispensables à la compréhension du Death Metal moderne louchant sévèrement sur le passé. Tiens, j’ai souri deux fois en rédigeant cette chronique. C’est sans doute parce que le fils du voisin s’est ouvert le crâne en tombant de vélo.      

  

Titres de l'album :

                         1.Nine Nursemaids

                         2.Morgue Surgeons

                         3.Foretime Saints

                         4.Executioner’s Lament

                         5.Dream of an Anthropologist

                         6.Architect of Anger

                         7.The Performance of a Sociopath

                         8.Happy Mothers Day

                         9.Unrepeatable Ritual of Death

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par mortne2001 le 21/02/2019 à 17:51
90 %    259

Commentaires (1) | Ajouter un commentaire


rasawe
@78.192.38.132
24/02/2019 à 08:49:38
Bof, ca casse pas des briques. Loin des références citées.

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Très belle pochette.


Machine Head a quand meme m'y un bon coup de pied au cul a pas mal de monde sur Burn My eyes.

Le reste n'a rien d'extraordinaire, sauf le second et the blackening qui sont de bon défouloir.

Les deux albums Neo c'est du pompage pour surfer sur la vague.


Machine Head a quand meme m'y un bon coup de pied au cul a pas mal de monde sur Burn My eyes.

Le reste n'a rien d'extraordinaire, sauf le second et the blackening qui sont de bon défouloir.

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