Love Riot Squad Vs The F-world

The Morganatics

31/05/2019

Autoproduction

On ne peut pas dire que la discrétion soit le fort de cette bande là. Cette pochette mazette, genre comics cheap ou film de Richard Z Thompson relooké D.C pour l’occasion, et ses super-héros sortant d’une boutique de location de costumes frappe les esprits, et surtout, fait briller le regard. Mais dès lors, les interrogations se multiplient pour le néophyte. Qui sont ces hurluberlus qui non contents de nous épater de leur retape bon marché, nous refourguent un troisième album de plus d’une heure de musique presque inclassable ? Mais il n’y a aucune réponse à cette question si vous ne connaissez pas les MORGANATICS, qui trustent quand même le hit-parade du Spleen Rock depuis un paquet d’années. Spleen Rock ? Encore une astuce marketing pour attirer le chaland perdu dans la normalité, ou vrai style développé par des musiciens doués ? Un peu des deux je pense, et avec des influences aussi étendues, un parcours aussi hors-norme, et une approche artistique unique, ce collectif ce gentils doux-dingues au verbe haut et à la musique amplifiée s’est construit un monde à part, perdu dans la galaxie Rock, entre la démesure des MUSE, l’efficacité des ENHANCER et les mélodies surmultipliées du Metalcore le plus branché. Le genre de mecs qu’on invite toujours à la fête parce qu’ils y mettent l’ambiance, mais qui font peur de leur comportement à pisser dans les pots de fleurs et à se barrer avec l’argenterie de grand-mère Yetta. Faites un effort, vous connaissez les MORGANATICS. Vous les connaissez d’une façon ou d’une autre, parce que vous les avez admirés comme des héros en concert, ou parce que vous avez posé vos délicates oreilles sur les pas-si-délicats Never be Part of your World ou We Come from the Stars. So, enjoy, so, be it, les cinq marsouins reviennent fin mai 2019 avec un disque qui aurait pu ne jamais voir le jour, mais qui a fini par s’exposer à la lumière…Ce Love Riot Squad Vs The F-world, aussi tape-à-l’œil que probant musicalement parlant, qui semble pousser à bout les concepts et les renouveler en même temps.

Toujours aussi attachés à leur racines Rock, ces cinq individus (Seb - chant/guitare/claviers, Chris - chant/samples, Lauris - guitare, PM - basse/chant saturé et Franck - batterie) conservent donc leur singularité tout en adoptant des postures à même de séduire le plus grand dénominateur commun. Sans vraiment s’affilier à une scène particulière, mais sans conchier la cohérence et la logique, les MORGANATICS gardent donc les pieds sur terre, et continuent leur voyage en DIY, après avoir séduit les M&O Music lors de leur entrée en matière. Mais avec une bonne boîte de promo derrière eux, et des morceaux qui tiennent encore une fois admirablement bien la route, le quintet aurait tort de ne pas faire preuve d’une certaine morgue, même si une fois encore, quelques défauts entachent les nombreuses qualités. Ces qualités, nous les connaissons. Un sens de la démesure prôné par Lauris au niveau de ses propres riffs, une tendance à la dramatisation à outrance, et surtout, des sons hétérogènes qui donnent lieu à un mélange homogène, entre Modern Hard Rock décomplexé et Pop suramplifiée aux rythmiques élastiques et aux chœurs dramatiques. « 18'44’ » pour l’exemple, n’est pas le genre de morceau qu’on compose quand on veut discrètement se faire introniser à l’Iconoclast Hall of Fame. Des voix toujours aussi traitées, des cassures toujours aussi prononcées, la voix éthérée de Chris qui nous entraîne dans ses rêves de douceur brutale, et une ambiance générale de fête un peu triste, un genre d’after de veillée funèbre avec l’émotion dans la poche et les yeux vers les étoiles. Se décrivant toujours avec ironie comme la rencontre entre « la voix de LINKIN PARK, l’ambiance d’ARCHIVE et les guitares de PORCUPINE TREE », THE MORGANATICS fait encore la jonction entre le Nu Metal des années 2000, la Pop-Rock légèrement électro de la même décennie, et un univers plus personnel, piquant à Devin de quoi rendre à EVANESCENCE, et aimant humer la truculence de Zappa pour la confronter à la grandeur décadente de THE GATHERING. Le tout emballé dans une production énorme signée par le pote d’occasion Bill, d’ENHANCER, qui en plus de poser son flow sur un morceau, a doté le groupe d’un son gigantesque, ample comme une nouvelle galaxie, et puissant comme un aphorisme lâché en pleine salade de mots.

Word salad, no ballad. Si, pourtant, on en trouve sur ce troisième album, qui passe la rampe difficile avec brio, se rattachant aux qualités intrinsèques de départ tout en prenant ses distances de sa rudesse inattendue. Plus agressif et volumineux que ses deux aînés, moins accessible pour les allergiques de la saturation, Love Riot Squad Vs The F-world est une somme de travail contre l’adversité et les complications de la sacro-sainte trilogie famille/boulot/impôts. La perte du frappeur Nico aurait pu les réduire au silence, surtout après un travail accompli pareil, mais c’était sans compter sur l’opiniâtreté des quatre restants (plus le producteur, plein d’allant), qui ne comptaient pas voir leur boulot réduit à néant. On sent cette urgence de la revanche sur l’ouverture « Table 9 », qui après une longue intro et des présentations d’usage bondit de son Rock moderne et pugnace, aux arrangements électroniques, qui en disent long sur l’envie des musiciens de se battre contre le destin. Sorte de Pop song idéale cachée derrière un épais mur du son, ce premier titre est une déclaration de guerre à la morosité, sur laquelle la voix de Chris se veut infantile, alors que la guitare de Lauris s’affirme comme indicateur de méchanceté probant. De son côté « Hannah » préfère planter les bases de toutes les recherches futures, et développe de beaux arguments harmoniques, ceux que l’on connait et apprécie depuis quasiment les débuts du groupe. Les astuces ? Toujours les mêmes, un couplet soft et doucereux, la fusion des voix, et un refrain qui éclate au-dessus de vos têtes avec une force de balayage commerciale indéniable.

Point fort mais aussi point faible, puisque encore une fois, le groupe se repose un peu trop sur cette astuce pour surprendre, même si quelques chapitres s’éloignent du schéma avec un certain panache. « Stubborn Girl » par exemple, et ses presque dix minutes de développé/couché progressif et emphatique. Plus de simplicité dans la complexité, une osmose basse/batterie à tomber, et une recherche qui s’éloigne enfin des sentiers battus. Mais trop de riffs coupés au biseau, trop de saccades interrompues électroniquement, trop de gimmicks parfois, et des lignes de chant similaires rendent cet album encore plus long qu’il ne l’est à la base, et nous empêchent de voir en ces héros les véritables sauveurs d’un monde encore trop stylisé. Heureusement, « OMDB (Il Faudra me Passer sur le Corps) », titre en français et astucieusement placé en final relève un peu la barre, et nous laisse sur une bonne impression et un goût moins acidulé. Une aventure ? Oui, car avec les MORGANATICS c’en est toujours une, mais gare à la normalisation dans l’excès. On a connu des naufrages graves pour moins que ça…     

    

Titres de l’album :

                           01. Table 9

                           02. Hannah

                           03. Shark Or Tank

                           04. 18'44

                           05. Done With The Wings

                           06. The Bitter Strife

                           07. Gloria

                           08. Stubborn Girl

                           09. Square One

                           10. Can't Rise (To your Expectations)

                           11. OMDB (Il Faudra me Passer sur le Corps)

Facebook officiel


par mortne2001 le 03/06/2019 à 17:10
78 %    437

Commentaires (0) | Ajouter un commentaire

pas de commentaire enregistré

Ajouter un commentaire


Derniers articles

Open Bar Vol2 : Antoine Perron

Baxter 20/04/2021

Interview

Dirge + Spinning Heads 2005

RBD 05/04/2021

Live Report

Voyage au centre de la scène : Frank Arnaud

Jus de cadavre 21/03/2021

Vidéos

Nile + Krisiun + Grave + Ulcerate 2009

RBD 03/03/2021

Live Report

Killing For Culture - Tome 2

mortne2001 23/02/2021

Livres

Voyage au centre de la scène : MASSACRA

Jus de cadavre 21/02/2021

Vidéos

Killing For Culture - Tome 1

mortne2001 15/02/2021

Livres
Concerts à 7 jours
Tags
Photos stream
Derniers commentaires
Rotten Tooth

Y sont sacrément bons ces gars là ! Et ils ont le don de faire dans la surprise ! Nu Black sous le papier cadeau cette fois ! Je passe mon tour sur ce coup mais je serai là au prochain tirage !

20/04/2021, 20:06

Saddam Mustaine

Les premiers albums de Dimmu sont du "true black".Comme Behemoth si l'on veut, j'aurais du aller plus loin.Le Black type année 80 mi-90 quoi (meme si Dimmu est arrivé plus tard mais les premiers sonnes dans le genre).

20/04/2021, 19:47

Seb

C'est vraiment mauvais ...

20/04/2021, 15:05

JTDP

En tout point d'accord avec cette (belle) chronique ! Cet album fut une vraie belle surprise de l'année passée. 

19/04/2021, 21:28

Buck Dancer

J'ai jamais vraiment accroché a Pestilence, mais ce morceau est loin d'être degueu. Comme dit Simony, bien meilleur que les précédentes sorties récentes du groupe. 

19/04/2021, 10:49

Arioch91

+1Je n'ai pas aimé Resurrection Macabre, à tel point que je n'ai pas posé une oreille sur Doctrine et Obsideo.Hadeon, je l'ai écouté uniquement parce qu'une interview de Mamelick disait qu'il revenait sur le passé d(...)

19/04/2021, 10:24

Simony

Ca me semble quand même bien plus intéressant que ce qu'ils ont produit depuis leur retour aux affaires.

19/04/2021, 09:59

Arioch91

Oups ! J'étais totalement passé à côté de cette chronique ! Merci @mortne2001 pour l'avoir rédigée !

19/04/2021, 08:48

Arioch91

OK, on reprend les bonnes vieilles recettes visibles sur Hadeon : on prend Testimony, on mélange avec Spheres et ça donne Hadeon et semble-t-il Exitivm.A voir.

19/04/2021, 08:44

metalrunner

Une sacrée bonne surprise de l énergie de l innovation le futur quoi ..Dommage que la tournée de juin soit annulée

18/04/2021, 19:48

RBD

Je réagis plutôt comme Buck Dancer. Mes attentes envers FF sont basses depuis longtemps. Je n'espère plus de grands titres comparables à ceux qui remontent aux années 90 (formulé comme ça, c'est encore plus dur). Si tout est à l&apo(...)

18/04/2021, 12:39

yul

Rien de bien intéressant ici.

18/04/2021, 11:57

Gargan

Tu n’es donc pas optimiste.

18/04/2021, 08:15

la reine des neiges

ha ha! nul!

18/04/2021, 00:02

Eliminator

Tout est à chier, riffs insipides, claviers ultra kitch, refrain ultra mielleux. Ce son de gratte de merde, c'est époustouflant ! Cette mode des grattes 7/8 cordes me saoule, laissez ça à Meshuggah. Meme pas envie de juger le reste. Monde de merde! ;)

17/04/2021, 23:54

Gargan

On peut écouter la totalité à présent, et il faut bien dire que ça sort tout de suite du lot ! Je me tâte pour une commande.

17/04/2021, 19:01

Wolf88

17/04/2021, 17:26

NecroKosmos

Nous sommes vieux et nous avons bon goût. Bon, moi qui suis ultra-fan, j'adore le dernier album mais je trouve que la production y était un peu à chier. Mais je reste totalement confiant.

17/04/2021, 10:03

NecroKosmos

Bien vu le nom du groupe : facile à prononcer pour les non-biélorusses...  :)

17/04/2021, 09:59

Humungus

Mouais...Clairement pas terrible.Je rejoins Simony (sauf que moi j'avais plus qu'apprécié les deux derniers albums).Bref... A juger sur la longueur quoi... ... ...

17/04/2021, 08:51