Trente ans de carrière, c’est le genre d’anniversaire qui se fête avec tambour et trompette. Ou plutôt, avec guitare, basse, batterie et chant dans le cas des allemands d’AXXIS, qui depuis 1988 essaient de nous divertir d’un Heavy Metal racé et chatoyant, multipliant les albums avec une régularité qui laisse admiratif…Je le concède et l’avoue sans complexe, je ne me suis jamais vraiment intéressé à leur cas, n’ayant que vaguement tendu l’oreille sur quelques morceaux sans éprouver le désir de me jeter à corps et cœur perdus dans leur production. C’est donc avec l’esprit vierge que j’attaque la chronique de leur dernier album, ce Monster Hero qui célèbre donc trois décennies consacrées à la cause Metal, avec une passion indéfectible et une inspiration sans cesse renouvelée. Sans trahir ses crédos d’origine, le combo revient donc tenter de nous convaincre de la pertinence de sa présence, que les amateurs d’une musique inédite jugeront sans doute anecdotique, mais que les passionnés de Hard à l’allemande fêteront comme il se doit. Les originaires de Dortmund, loin d’accuser le contrecoup du temps semblent encore plus frais que jamais, et nous offrent donc une douzaine de nouveaux morceaux, faisant écho à leur carrière passée, mais aussi à un avenir tout tracé. Il faut dire qu’avec quatorze LP dans leur besace, les musiciens commencent à se connaître et à connaître leur boulot, et si une seule année sépare ce nouveau chapitre de son prédécesseur Retrolution, l’inspiration n’a pas été perdue en route tant l’énergie développée pourrait inspirer la nouvelle génération, qui tourne parfois tellement en rond qu’elle finit par mordre la queue de ses propres influences. Mais finalement, Monster Hero, c’est quoi ? Du Metal germain d’airain, aux refrains fédérateurs et aux riffs vengeurs ? Une façon d’adapter la mélodie à des exigences Heavy ? Bien sûr, puisque tout ça est inscrit dans l’ADN de leur propre culture, mais surtout, la preuve qu’un groupe né dans les années 80 peut réussir à sonner actuel sans tourner le dos à son histoire.

Si d’aucuns rangent le combo dans la case Ô combien restrictive du Power Metal, comparant même le quintette (Bernhard Weis - chant/guitare, Stefan Weber - guitare, Harry Oellers - claviers, Rob Schomaker - basse et Dirk Brand - batterie) à des références de la trempe inamovible des EDGUY, HEAVENS GATE, IRON FIRE ou FREEDOM CALL, il convient d’apporter quelques précisions quant à leur réelle démarche. Et en tant qu’étranger parfait à la cause, je ne pourrai me résoudre à coincer le groupe dans un carcan si restrictif, puisque ce quinzième album offre justement un panel très diversifié, survolant la production Hard-Rock de ces trente dernières années avec un flair et une candeur assez surprenants dans les faits. On y retrouve en fait toutes les nuances possibles d’un Hard Rock lucide, les allemands tâtant même de la légèreté Sleaze avant de se lancer dans une embardée purement Speed-Rock, sans perdre le fil de leur pensée ni remettre en cause leur crédibilité. Il devient de fait assez ardu de les définir avec acuité, tant ce jeu de chaises musicales est surprenant de versatilité, à tel point qu’on en finit par facilité à parler de Hard-Rock sans se montrer plus précis, spécialement lorsque la rigueur à l’allemande cède le pas à la légèreté et l’esprit primesautier du Rock anglais et américain, via un trépidant « Firebird » que les SWEET et VAN HALEN auraient pu composer de concert. Mais les traces de ce refus de linéarité sont patentes au travers de tout l’album, qui se fait plaisir tout en abordant des problèmes de société majeurs…

Bernhard Weis, chanteur de son état, déclare même que sur ce quinzième LP « beaucoup de paroles parlent des fausses informations, d'algorithmes, de machines et de la manière dont tout cela se passe et influence notre vie ». Impliqués socialement les AXXIS ? C’est un fait, mais surtout, impliqués musicalement, et loin de se reposer sur les lauriers d’un meneur d’une seconde division qui pourrait bien un jour grimper d’un cran. Si quelques clichés ne sont évidemment pas évités, spécialement au niveau des vers qui restent parfois au ras du sol (« Rock Is My Religion », « All I Want Is Rock », on dirait presque du STRYPER ou du TWISTER SISTER dans le texte), musicalement, l’affaire est beaucoup plus solide que les nombreux balbutiements d’une génération nostalgique se contenant d’affleurer la surface sans explorer les bas-fonds. Et avec des hymnes de la trempe de « We Are Seven », que les SCANNER auraient pu caser sur Hypertrace en payant leur tribut à ACCEPT, ou cette ouverture tonifiante et excitante « Monster Hero » qui de son refrain collégial nous entraîne sur la piste d’un Rock US aux guitares acérées et excitées (on dirait presque du SKIDROW…), ce nouvel épitre sonne comme une volonté de nier le temps qui passe et d’accepter le fait que la jeunesse peut encore durer. Et le quintette semble avoir concentré ses efforts pour nous permettre d’éviter la lassitude d’un album trop calibré, osant même le clin d’œil à la vague Néo-Power asiatique via le virevoltant « Glory of The Brave », aux arrangements larger than life, mais à la cadence d’abattage déraisonnable. Pourtant, avec douze morceaux d’une moyenne de quatre minutes chacun, l’ombre de la redite planait sur ce retour en fanfare, qui grâce à une intelligence rare en évite les pièges, sans passer pour un sombre best-of des tendances de ces trois dernières décennies passées.

Puisant dans leur propre répertoire, mais se tenant au courant des us et coutumes actuelles, AXXIS se présente donc sous un jour complètement décomplexé, et euphorise, dramatise, hypnotise et ramasse sa mise, décuplée par une énergie confirmée. Que le binaire plombé soit roi (« Rock Is My Religion »), que le syncopé up in time vous redonne la foi (« Living As Outlaws »), ou que le Crossover SCORPIONS/DANGER DANGER fasse le poids (« Gonna Be Tough », un hit que la Californie des eighties aurait célébré avec cotillons et make-up), tout est fait pour peaufiner un anniversaire moins futile qu’il n’y paraissait au prime abord, sans que la moindre baisse de régime ne soit notable. Et lorsque cette fête bat son plein, le groupe lui-même y va de sa petite confidence, réclamant du fun, du plaisir, de l’amour et du désir, en lâchant une demande implicite (« Give Me Good Times »), et en assumant la révérence aux frères Young, que tout amateur de Hard-Rock des origines se doit de respecter (« All I Want Is Rock »). Son poli aux entournures, mais assez sauvage pour rester crédible, musiciens toujours aussi techniquement imparables, et ambiance globale exubérante mais rassurante, Monster Hero met un point d’honneur à prouver que dans les vieux pots la meilleure soupe n’est pas toujours au repos, et nous offre un joli catalogue de possibilités sur lequel le temps n’a guère d’emprise. Je laisserai les fans les plus hardcore juger de sa pertinence, mais en tant que néophyte de l’affaire, je me satisfais très bien de cette quinzième offrande d’AXXIS, qui sans révolutionner le paysage musical actuel, y insuffle sa personnalité joviale et ses jolies trouvailles. On n’a pas tous les jours vingt ans, mais on peut encore rocker à cinquante ans. Joyeux anniversaire amis allemands, et rendez-vous dans dix ans pour un nouvel happy birthday bien mérité !

 

Titres de l'album :

                          1. Monster Hero

                          2. Living As Outlaws

                          3. Rock Is My Religion

                          4. Love Is Gonna Get You Killed

                          5. Glory Of The Brave

                          6. Make Me Fight

                          7. Gonna Be Tough

                          8. Firebird

                          9. We Are Seven

                         10. Give Me Good Times

                         11. All I Want Is Rock

                         12. The Tragedy Of Mr Smith

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par mortne2001 le 21/10/2018 à 18:14
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