Perpetual Chaos

Nervosa

22/01/2020

Napalm Records

Et si la boucherie live attendue aura bien lieu, espérons qu'à l'avenir, les filles se souviendront que le Thrash est avant tout une affaire de passion, et non de perfection dans l'agression.

 

C’est sur cette ligne que je terminais ma chronique du précédent album des brésiliennes de NERVOSA, Downfall of Mankind, il y a deux ans. Je n’y étais pas allé de main morte, et j’avais descendu la note de ces demoiselles à cinquante sur cent, ce qui en disait long sur ma frustration et l’échec que j’estimais regrettable. J’avais mes raisons, moi qui comme beaucoup d’autres suivait les musiciennes depuis leurs débuts et qui avait porté aux nues des albums aussi frais que Victim of Yourself et Agony. Déçu de la tournure que prenaient les choses, je pensais ranger les NERVOSA sur l’étagère des espoirs déçus, d’autant plus que le groupe connaissait alors un grand chambardement comme le chantait ce cher Guy Béart. Avec un line-up complètement évaporé, ne laissant que la seule Prika Amaral accrochée à sa guitare, le groupe semblait promis aux limbes de l’oubli, mais l’acharnement de Prika a eu raison de tous les pronostics. C’est ainsi que l’entité brésilienne se présente plus solide et soudée que jamais en 2021, avec une formation presque entièrement renouvelée, et il n’est pas nécessaire d’être devin pour comprendre que Prika a eu envie de prendre une sacrée revanche sur le destin avec ce quatrième album. Et cette fois-ci, ma chronique ne sera pas assassine, bien que toujours modulée d’un doute palpable en arrière-bouche.  

Pour ce Perpetual Chaos, le groupe a mis les petits plats dans les grands, nous servant sur un plateau Thrash/Death pas moins de treize compositions pour quarante-cinq minutes de musique. On sait d’expérience que les albums du style ne supportent que très peu la durée, qui les condamne à une répétition salement redondante. C’est évidemment le cas ici par moments, mais l’apport d’intervenants extérieurs permet à ce chaos perpétuel de sonner comme tel. Le tracklisting révèle donc des participations fameuses de musiciens capés, et ce ne sont pas moins de trois noms de légende que nous retrouvons au casting. Celui du géant Schmier de DESTRUCTION, venu brailler un peu, de Guilherme Miranda d’ENTOMBED A.D venu gratter parce que ça le démangeait, et surtout, le grand Eric A.K de FLOTSAM & JETSAM apportant son timbre unique sur le morceau « Rebel Soul ». Il n’est guère étonnant de retrouver les deux vocalistes dans les couloirs de l’enregistrement, puisque le son de l’album a été élaboré par Martin Furia, qui a justement travaillé avec les deux groupes, en sus de ses implications avec EVIL INVADERS ou SISTERS OF SUFFOCATION. D’ailleurs, le son de l’album est quasiment parfait, laissant la batterie sonner analogique malgré quelques passages un peu compressés, mais évitant le piège de la concentration des albums de Thrash contemporains.

Le nouveau line-up tenait donc à faire ses preuves sur ce quatrième tome des aventures lusophones, et admettons que la leadeuse Prika ne s’est pas trompée au moment de choisir ses partners in crime. Le pedigree des musiciennes est assez impressionnant, que ce soit celui de Mia Wallace à la basse (ex-THE TRUE ENDLESS, KIRLIAN CAMERA, MIA WALLACE, NIRYTH, ex-ABBATH, ex-TEUTA, ex-DARKNESS, ex-HUGINN, ex-SKOLL, ex-TRIUMPH OF DEATH), d’Eleni Nota à la batterie (LIGHTFOLD, MASK OF PROSPERO, SIMPLEFAST), ou de la mystérieuse Diva Satanica au chant (aka Rocío Vázquez, BLOODHUNTER). Les trois nouvelles guerrières donnent donc un sacré aperçu de leur talent individuel au service d’une osmose collective, et le résultat s’en fait ressentir. NERVOSA est donc une entité plus puissante que jamais, toujours à la lisière du Thrash et du Death, et les morceaux ne font pas de quartier, tout en restant brefs et immédiats. Leur impact n’en est que plus renforcé, et la puissance accentuée, à tel point qu’on a parfois le sentiment d’écouter une version sud-américaine d’ARCH ENEMY, le timbre de voix de Diva Satanica se rapprochant de celui de la blonde Angela. Heureusement pour nous, les brésiliennes n’ont pas joué la carte du Death mélodique, mais bien du Thrash hyper compact légèrement morbide à la WITCHES, et si ce quatrième album ne détrônera pas sur mon podium personnel les deux premiers, il enterre le médiocre Downfall of Mankind qui m’avait tant déçu.

La forme et là, et le son est à la hauteur des trois ans d’attente. Le quatuor se permet même de temps à autres de défier les défunts SLAYER sur leur propre terrain, avec notamment le brillant « Guided By Evil » que l’on penserait exhumé des bandes inédites de Seasons in the Abyss. Mais l’intention de Prika n’était pas de revenir par la petite porte de l’hommage, et ces quelques allusions sont vite contrebalancées par des interventions plus propres et furieuses. Ainsi, la tornade « People Of The Abyss » emporte tout sur son passage, et le talent d’Eleni Nota derrière son kit lui permet de placer moult plans furieux et quelques blasts curieux. Ceux qui le sont attendront bien évidemment avec impatience la première intervention extérieure, celle de Schmier sur le rieur et dégoulinant de terreur « Genocidal Command », qui sonne comme si Kerry King avait effectué un stage prolongé en Allemagne. Eric A.K profite quant à lui d’un titre plus ambiancé pour donner du gosier, et ainsi transcender le speedé « Rebel Soul ». Ses inflexions permettent d’aérer un peu le morceau qui aurait sans doute sonné trop convenu sans lui, et qui devient une véritable boucherie grâce à son intervention.

Il y a pourtant un certain nombre de fillers sur Perpetual Chaos, ce qui est inévitable lorsqu’on joue la prolixité. Mais contrairement à Downfall of Mankind qui ne comblait pas les manques d’inspiration par des hits fatals, Perpetual Chaos sait boucher les trous avec des coups de pelle profonds. Le title-track par exemple se montre allusif à la samba si chère à Igor Cavalera en intro, avant de tout écraser d’un riff redondant, tandis que la fluidité classique de « Pursued By Judgement » nous ramène aux jeunes années du groupe, qui faisait encore le chien fou sur le terrain de jeu des grands.

Il y a encore des scories, des défauts à corriger, des approximations à améliorer, mais il semblerait que Prika ait trouvé les bonnes partenaires pour se remettre sur les rails. Sans sonner comme le classique qu’il n’est surement pas, Perpetual Chaos se montre solide, épais, conséquent, et porteur d’un message d’espoir pour la nouvelle génération Thrash mondiale. En espérant qu’un jour prochain, les filles puissent ruiner les scènes du monde entier.   

         

                                                                                                                                                                                                        

Titres de l’album:

01. Venomous

02. Guided By Evil

03. People Of The Abyss

04. Perpetual Chaos

05. Until The Very End

06. Genocidal Command

07. Kings Of Domination

08. Time To Fight

09. Godless Prisoner

10. Blood Eagle

11. Rebel Soul

12. Pursued By Judgement

13. Under Ruins



par mortne2001 le 13/02/2021 à 14:58
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Mauvaise traduction très certainement.Conseil à tous : utilisez DeepL au lieu de Google traduction quand vous avez besoin d'une traduction correcte.

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On ne peut que saluer le travail de cette vidéo, qui à la mérite de raconter qqchose. A l'image de ce morceau, au moins il se passe un truc dans ce clip.

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musicalement ignoble, hyper formaté et ultra prévisible. 

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