Les passionnés du Black des racines, des origines, on les connaît, ils sont de plus en plus nombreux, mais pas tous pertinents dans l’hommage, parfois un peu maladroit.

La plupart du temps, nous avons droit à des démarcages assez malhabiles des exactions morbides de BATHORY, d’HELLHAMMER, du FROST, de VENOM, voire de MAYHEM pour les plus érudits, mais il faut avouer que le résultat n’est pas toujours probant, loin de là.

Rares sont les groupes capables de faire la jonction entre passé illustre et présent auguste, tombant généralement dans des travers de copie pure et simple qui ne fait absolument pas avancer les choses. Alors, lorsqu’on découvre un artiste bien dans son époque trouble qui n’hésite pas à loucher trente ans en arrière pour trouver l’essence diabolique indispensable à l’émanation de gaz BM nauséabonds MAIS cathartiques, la pêche est bonne et la messe bien noire.

Et ce matin, je suis justement tombé sur un héros misanthrope solitaire qui s’est payé le luxe de sortir l’un des meilleurs albums du genre, dans son coin, sans attirer l’attention sur lui. Mais c’était mal me connaître, alors je me fais derechef un plaisir de braquer les ténèbres sur son travail.

En substance, EVIL FORCES et son nom cliché, n’en cache qu’un autre, celui de Pazuzuh. Non, cet originaire de Mexico n’est pas la sale bête qui s’en prenait à la pauvre petite Regan dans l’Exorciste (quoique vu ses cris, tout reste possible avec cette créature vile), mais un musicien originaire de Léon, au Mexique, qui au moment de trouver des comparses pour exprimer ses vues sur un BM transgressif, s’est retrouvé le bec dans l’eau, et dans l’incapacité de dénicher des compères partageant sa philosophie (quoique depuis la création du projet, il semble avoir été rejoint par le guitariste/bassiste Dreggen, ex-TAAKE, tout du moins en configuration live).

Alors il a travaillé seul, et nous livre aujourd’hui sa conception d’une musique occulte et violente, qui se veut trait d’union entre la tradition et l’évolution, et en tant que maître d’œuvre unique du projet EVIL FORCES, reconnaissons-lui un talent et une abnégation indéniables.

Loin d’être un album de Blackened Metal/BM de plus, Pest Plagues & Storms est un des rares LP qui peut se targuer d’avoir trouvé le raccourci le plus rapide entre le BM des origines, sale, abrasif, sommaire et lapidaire, et son extension contemporaine, plus riche, dogmatique et ambitieuse.

Ainsi, les morceaux composant cette litanie font preuve d’une variété de ton assez impressionnante, et ne se contentent pas de jouer le satanisme bon marché sans chercher à fouiller dans les décombres de l’inspiration de quoi faire avancer la cause du malin.

Serpentant entre des attaques rudes et rudimentaires, et des progressions beaucoup plus évasées, Pest Plagues & Storms est un véritable catalogue d’ambiances malsaines et délétères, mises en exergue par une instrumentation solide et une interprétation sauvage, qui ne néglige aucun détail pour parvenir à ses fins. En substance, et pour résumer, cet album pourrait se poser en parangon d’un BM intelligent et sournois qui ose séduire pour mieux réduire, et qui de plus, dispose d’une production bluffante de profondeur, le rendant encore plus percutant et convaincant.

Dix titres pour soixante-douze minutes de musique, la chose est rare, et peut s’avérer inquiétante pour le néophyte. Et pourtant - et ce malgré une pièce finale conséquente de près de vingt minutes – aucune redite, peu de redondance et beaucoup d’efficience. Une recherche de variations qui offre un confort d’écoute satanique envoutant, des titres qui se succèdent et ne se ressemblent pas sans tomber dans la disparité handicapante, et de constantes références universelles qui finissent par devenir personnelles sous l’inspiration de Pazuzuh qui décidément est un véritable amoureux du genre.

Et c’est bien dans ce cas précis que la meilleure musique émerge, lorsque la violence et la noirceur ne sont pas des buts, mais des moyens d’expression. Et à l’écoute d’un morceau aussi fabuleux et catchy que « I Am Your Spirit », on mesure bien le fossé qui sépare EVIL FORCES de la horde de suiveurs BM stériles et incapables de voir plus loin que la simple conjugaison de riffs morbides, de chant insipide et de blasts trop rapides.

Ici, chaque sample, chaque arrangement, chaque partie de guitare est à sa place, et l’homme est capable de nous faire sauter du bouc à la vierge tout en gardant le cap sur une direction ferme et définitive. Si sa musique peut souvent évoquer les grands esprits anciens (« Persecutor »,  mélange très pertinent de MAYHEM, DISSECTION et BATHORY, le tout entouré d’une aura « evil » complètement aveuglante et pourtant entraînante), elle peut aussi suggérer des idées beaucoup plus hors contexte, comme ce riff rebondissant et presque Rock sur l’addictif « Destroyer’s Pet ».

Mélange de BM, de Heavy thématique et de Thrash blackisé, Pest Plagues & Storms n’est pas qu’une simple démonstration de force stérile, mais bien un album agencé et équilibré, qui utilise les fondements de plusieurs courants pour nous faire dériver sur la seule créativité de son auteur, et sous cet aspect-là des choses, la performance est remarquable.

Car Pazuzuh se montre aussi puissant qu’original. Il cherche toujours l’approche qui ne sacrifiera pas la futilité à l’essentiel, et compose de vraies chansons, à l’instar du terrible et diabolique « Babylon Groans » qui n’a rien de grognements dans le vide, mais qui propose un thème qu’on aurait pu trouver sur un album de PAIN, transposé dans un cadre purement Black, pouvant même se vouloir progressif dans les faits.

Et en parlant de progressif, l’avancée de l’album en manifeste des signes évidents, avec des morceaux de plus en plus longs, qui nous enfoncent dans la psyché de leur auteur pour mieux nous noyer dans un torrent d’idées. Tout commence avec l’emphatique « Persecutor », qui du haut de ses huit vertigineuses minutes retrouve l’esprit scandinave du début des 90’s empesé d’une sauvagerie vocale strangulatoire,  avant de céder le pas à la lourdeur de l’oppressant « Addiz », qui pousse le chronomètre une minute plus loin de sa construction épique, nauséabonde et évolutive. Encore une fois, Pazuzuh décoche des riffs qui frappent fort et précis, et ne se laisse pas embarquer dans des divagations sans fin laissant sur notre faim.

Et alors que « Lilitu And The Gallu » tente l’approche mélodique malsaine, pour mieux la ruiner d’une ambiance à la MARDUK, « Forever In Possession State (Persecuted) » ose la flamboyance du pamphlet exhaustif, jetant ses dernières forces dans la bataille, à grand renfort de hurlements et de cris à la SILENCER, tout en gardant en ligne de mire une construction logique. Vingt minutes de BM inspiré et expirant, ridiculisant au passage le faisandé « At War With Satan » de VENOM auquel il fait pourtant référence, pour un final en forme de descente aux enfers sans billet retour.

Incroyable performance que celle du projet EVIL FORCES sur ce définitif Pest Plagues & Storms, qui comme le suggère son titre, n’est que malfaisance, séduction fatale et étreinte mortelle. Cet album est surtout la preuve que le BM peut continuellement se réinventer pour repousser ses propres limites tout en respectant ses préceptes fondamentaux. Une façon de recycler les incantations pour les rendre plus séduisantes, mais tout aussi dangereuses.

D’ailleurs, écoutez bien la fin de l’album, et laissez-vous terrifier par cette voix enfantine sur fond de clapotis d’eau. Elle résume assez bien la démarche d’un artiste qui est allé puiser au fond de lui-même ce qu’il n’avait pas besoin de partager avec d’autres qui de toute façon, ne l’auraient aidé en aucune façon.


Titres de l'album:

  1. Prologue
  2. The Maskim Hul
  3. Babylon Groans
  4. Destroyer's Pest
  5. Interlude
  6. I Am Your Spirit
  7. Persecutor
  8. Addiz
  9. Lilitu And The Gallu
  10. Forever In Possession State (Persecuted)

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par mortne2001 le 18/03/2017 à 17:58
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