Début des nineties, l’avant-garde de l’armée Metal tire ses dernières cartouches au centre de la cible du Billboard, touche le jackpot et enflamme les charts sans savoir que cette salve est un ultime baroud d’honneur avant un enterrement de seconde classe. Toujours persuadés que leurs tics en néon des eighties trouvent asile dans le cœur des fans, les musiciens ne réagissent pas, continuent de parler de groupies bien roulées, de vie sur la route, d’excès en tout genre et de parties all night long, sans se douter que dans l’ombre, l’industrie du disque a décidé de leur régler leur compte et de les solder en bas de page d’un contrat qu’ils iront signer ailleurs. L’anecdote narrée par le regretté Jani Lane, légendaire, suffit d’ailleurs à résumer ce glissement qui s’est opéré du Big Rock à un Rock plus authentique et sale, mais qui n’allait pas tarder lui aussi à se faire récupérer par le biz…Le pauvre chanteur, ayant toujours en mémoire les énormes posters de Cherry Pie disposés au-dessus du bureau de la secrétaire des bureaux de Colombia, eut une surprise de taille en revenant un nouveau LP sous le bras et découvrant que la gloire de son groupe avait été substituée par un engouement pour le Dirt d’ALICE IN CHAINS, les nouveaux rois de la messe funèbre dite en l’honneur de tous les combos Hair Metal de la terre, dont la permanente n’amusait plus personne. De cette époque, ne restent que les lointains souvenirs d’un retournement de veste global, et si les fans préfèrent se rappeler de leurs héros en pleine ascension, ils en oublient souvent que les parias ont tant bien que mal continué de produire de la musique durant cette époque de disette d’admiration, et pas la moins intéressante qui soit. 1992/1995, WARRANT a sorti le teigneux Dog Eat Dog, vite pastiché par un groupe hop du même nom, WINGER osa un Pull suintant de méchanceté, alors qu’en 1995, les soudainement plus rigides SKIDROW tentèrent le coup de la délocalisation de Seattle en Californie, avec un Subhuman Race qui contenait son lot de pépites Rock. Et au milieu de ce marasme, quelques autres crurent bon d’entretenir la flamme, dont les GRAVEYARD TRAIN et leur énorme éponyme, mais aussi les ineffables ROXY BLUE avec leur historique Want Some, qui fut semble-t-il l’un des derniers investissements dans le lipstick instrumental d’une décade rongée par la désillusion. 

ROXY BLUE a eu le tort d’émerger alors que le Sleaze et le pur Hard-Rock n’intéressaient plus grand monde. Le public, une nouvelle génération que l’on nomma X pour ne pas avoir à en trouver la paternité ou l’acte de naissance n’avait cure de ces musiciens fardés aux obsessions intangibles et préféraient les traumas concrets d’une scène qui leur ressemblait, et qui semblait se préoccuper de leurs problèmes, et non du prochain rail de coke qu’ils allaient sniffer. Pourtant, dans les faits, ce premier album à la pochette colorée pleine de culot était l’une des bouées de sauvetage les plus efficaces d’années 90 en pleine dérive, sauf que plus personne ne voulait tendre une oreille sur un courant has-been qui avait emporté les siens vers un naufrage annoncé. Le temps, toujours justicier a depuis rendu hommage à ces quatre hirsutes mal attifés, et Want Some est depuis devenu une fête que le Net a célébré à sa façon, permettant de découvrir un petit bijou truffé de mélodies accrocheuses, de moues boudeuses et de riffs en plein délié, sauf que le temps intervenant parfois un peu en retard sur lui-même, le groupe n’a jamais vraiment pu savourer cette petite revanche. Une petite revanche qu’ils auraient préféré fêter de leur vivant, et qui quelques années plus tard, a entrainé un enchaînement d’évènements, le fameux effet papillon, et qu’en cette année 2019, soit vingt-sept ans plus tard, les ROXY BLUE reviennent avec leurs premiers morceaux originaux depuis leurs débuts, et un album éponyme qui risque fort de profiter de la soif de nostalgie de son époque pour s’installer confortablement dans les casques et haut-parleurs. Et de Memphis, Tennessee, s’enrôlent à nouveau trois des quatre membres originaux, Todd Poole (chant), Josh Weil (basse) and Scotty Trammell (batterie), rejoints par le petit nouveau Jeffrey Wade Caughron à la guitare, puisque le six-cordiste historique du groupe s’en est depuis allé exercer ses talents de dentiste loin du délire musical. Mais Todd Poole, débordant de confiance, n’est pas dupe non plus, il sait que cet album est l’occasion de ramener le nom de ROXY BLUE dans des mémoires plus fraîches que celles qui avaient vaguement pris acte de son existence il y a vingt-sept ans. Il a confiance en sa musique, et en parle d’ailleurs en ces termes :

« J’ai continué d’écrire toutes ces années pour différents projets, mais lorsque Frontiers m’a contacté, j’ai su que c’était l’occasion de rafraichir le son de ROXY BLUE. Cette excitation d’un nouveau contrat m’a permis d’écrire des morceaux pour ce nouvel album, même si je suis très fier que Want Some soit aujourd’hui reconnu comme l’un des derniers grands albums d’un style alors moribond »

Alors, pour aborder ce Roxy Blue plein de promesses, il faut se livrer à un petit jeu assez complexe. D’un côté, ne pas oublier le passé du groupe tout en se concentrant sur son présent, légèrement différent, mais fidèle à une éthique. Si 1992 n’était pas 1988, 2019 n’est plus 1992, et l’attention des fans aujourd’hui doit être immédiatement captée sous peine de voir ses efforts mis au tapis en quelques secondes. De nos jours, avec les plateformes de streaming, le choix mp3 offert à des jeunes qui ne font plus l’effort de comprendre un album, tout doit aller vite, et les premières secondes sont souvent cruciales pour qui veut revenir au soleil. C’est sans doute pour ça que le groupe s’est concentré sur un effet immédiat, très intelligemment souligné d’un processus à long terme. Les nouveaux riffs marquent les tympans en quelques instants, et celui du single « Silver Lining » est un modèle du genre. Direct, avec une distorsion suffisamment sale pour sonner authentique, ce premier morceau est l’introduction parfaite pour remettre le quatuor sur les rails, et nous ramène à l’époque durant laquelle le Hard-Rock effectuait sa transition entre clichés prononcés et Rock assumé. Les ROXY BLUE ont de l’expérience, qu’ils ont fait fructifier, et se replongent dans les racines d’un Rock un peu Sleaze sur les bords, mais pas trop pour ne pas user la bombe de laque, et ressuscitent des nineties meurtrières à leur façon, puisqu’ils sont nés à cette époque. La voix au gros grain de Todd Poole fait merveille, et les motifs tricotés par le nouveau venu Jeffrey Wade Caughron ne sont aucunement sujets à caution, entre un lifting des HANOÏ ROCKS et la hargne sévère des combos qui ne souhaitaient pas entre 1992 et 1995 errer dans les limbes de l’oubli. C’est bien sûr plus efficace qu’original, mais ça marche, parce que la rage est là, et l’envie aussi, et « Rockstar Junkie » de sonner comme un classique des SHARK ISLAND repris par Rob Zombie.  

Le déroulé est plaisant, ne mettant pas l’émotion de côté sans négliger la virilité, et les tubes s’amoncèlent dans l’escalier des souvenirs, avec un « Scream » syncopé et roublard, un « Outta The Blue » qui se souvient des BANG TANGO, de JUNKYARD, « Til The Well Runs Dry » et son boogie limite Indus à la MANSON, et la fausse balade mais vrai moment de sensibilité « How Does It Feel ». D’anecdote plaisante du passé, ROXY BLUE est donc devenu un fait du présent, avec un Roxy Blue qui valait largement le coup d’être enregistré. Plus qu’un successeur honorable du mythique Want Some, une version grand-frère qui regarde son passé un peu ému, mais fier d’avoir vieilli et compris que l’histoire ne se répète pas toujours.    

   

Titres de l’album :

                          1 Silver Lining

                          2 Rockstar Junkie

                          3 Scream

                          4 Collide

                          5 Outta The Blue

                          6 Blinders

                          7 Til The Well Runs Dry

                          8 Human Race

                          9 How Does It Feel

                          10 What It’s Like

                          11 Overdrive

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par mortne2001 le 10/08/2019 à 17:43
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Machine Head a quand meme m'y un bon coup de pied au cul a pas mal de monde sur Burn My eyes.

Le reste n'a rien d'extraordinaire, sauf le second et the blackening qui sont de bon défouloir.

Les deux albums Neo c'est du pompage pour surfer sur la vague.


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