Say Goodnight to My Little Friend

Pink Machines

22/12/2019

Autoproduction

Que faire quand on est seul, qu’on a cinq minutes de libre, et qu’on aime autant les pool parties que les mosh pits endiablés, les jolies filles en maillot se dandinant sur du GREEN DAY que les gros tarés headbanguant sur les premiers albums d’AGATHOCLES ? Que faire quand on a déjà x projets principaux et parallèles, mais que ça ne suffit toujours pas ? Simple, monter un nouveau projet à la croisée des genres, à cheval (de Troie) entre le Punk, le Hardcore, le Pop-Punk et le Grind, c’est en tout cas ce qu’a fait Brad Vanderzee (DECRYPT, MOISTENED DISCIPLES, DIRTY DEAD, P.O.O.R.), nous proposant ainsi son dernier délire organisé PINK MACHINES, qui aurait tout aussi bien pu s’appeler PUNK MACHINES que MISS MACHINES, tant l’homme aime rendre hommage à des influences aussi diverses que contradictoires. Nous en venant de Dyer, Indiana, Brad est de cette caste de musiciens omnipotents, capables de jouer de tous les instruments, de composer, d’écrire, d’enregistrer et de produire, mais avec ce talent incroyable qui permet de faire la différence entre les capricieux egocentriques et les réels génies de l’ombre qui doivent manifester leur talent par n’importe quel moyen. Ce moyen, c’est une musique surprenante, qui en appelle tout autant à la folie des IWRESTLEDABEARONCE qu’au sens aigu du commercial des GREEN DAY et autres RANCID, une sorte de fusion barrée, complètement euphorisante, qui se matérialise en chansons toutes aussi accrocheuses et délirantes les unes que les autres, un peu comme si feu Zappa s’était une fois encore acoquiné avec Captain Beefheart sous l’égide des BAD RELIGION et DILLINGER ESCAPE PLAN.

Une pochette, superbe et gentiment blasphématoire, dépeignant un Christ d’infortune les tripes à l’air, bardé de pansements et entouré de créatures étranges et dénudées, un titre hautement ironique qui prévient du caractère singulier de la démarche, et surtout, une bordée de morceaux qui utilisent tout autant les astuces populaires de la scène revival Punk des nineties que les accès de colère du mouvement Hardcore moderne (Grind, Punk, Math, j’en passe et des plus underground). Voilà en substance l’univers de Say Goodnight to My Little Friend, sorte de comptine complètement absurde, limite dadaïste, qui a de faux airs d’urinoir de Duchamp posé en plein milieu d’un musée Metal, histoire d’en choquer les visiteurs pour les faire voir autre chose que de l’art dans l’art. Pourtant, cet album en est, un art très rare qui consiste à détourner les codes sans tomber dans les travers du pastiche forcé, puisque chacune des chansons présentes sur cet album a une réelle identité, et ne se contente pas de lâcher deux ou trois blagues musicales sur fond de pied de nez textuel. Avouons-le, Vanderzee est franchement doué, et capable de trousser les WHO pour mieux enthousiasmer les fans de BAD RELIGION et NO FX (« Sunday Morning Molotov »). Il est doué, car capable de phagocyter le jeu de ses contemporains pour le reproduire à sa façon, totalement affranchie de toute contrainte, et ainsi de passer d’une mélodie d’été à un barouf de petite salle moite, et en gros, de sauter par-dessus le proverbial âne Punk pour attirer sur la crête du coq Grind passablement énervé de devoir encore beugler en plein après-midi. Tout ça nous donne des enchainements dignes du nonsense anglais, et « 10,000 Lbs. of Steel » de planter le décor d’un Punk/Hardcore pas si classique que ça, avant que « Tall Dark and Wasted » ne nous assomme d’un Math/Grind complètement barré, avec blasts, grognements, genre ferme d’Orwell infestée par des cafards impérialistes en espions étranges et carapacés.

Un seul mot d’ordre : de la rigueur dans la démence. Loin de la private joke pour potes initiés, cet album est une mine de hits, mais aussi de clins d’œil disséminés avec beaucoup d’intelligence, que l’auteur aime à parodier et citer les DESCENDENTS (« Dead Gay Son ») tout en couchant sur papier des thèmes à faire bondir les ANAL CUNT et ANDREW W.K. Certes, tout ça n’est pas toujours de bon goût, parfois le borderline menace de son outrecuidance (« Play Rape Date »), mais la musique distille des mélodies si entêtantes qu’on veut bien pardonner cette provocation. En une petite demi-heure, le concept PINK MACHINES ridiculise la scène Punk mélodique actuelle de son énergie incroyable et de son investissement créatif total, à tel point qu’on finit par croire à un réel groupe et non un simple side-project pour passer le temps. Les allusions Metal n’étant jamais loin, qu’elles se cristallisent autour d’un chant en growls ou de riffs plus solides que les chaînes de RUNNING WILD (« U Don't Have 2 G.O. », qui en plus ose un passage Death/Grind du plus bel effet), ou d’une intro à la NAPALM qui envoie tout bouler sur son passage avant de céder à la séduction d’un GOLDFINGER (« Get Wet », petit miracle qui juxtapose le Grind et le Pop Punk sans avoir l’air incongru ou hors contexte). Excellent instrumentiste, chanteur émérite, arrangeur schizophrénique et compositeur avec un flair incroyable, Brad Vanderzee est capable de tout et n’importe quoi, mais n’est jamais meilleur que lorsqu’il parvient à aborder trois ou quatre styles différents par morceaux. La logique n’échappe toutefois pas à cette tempête de créativité puisque les chansons tiennent parfaitement debout, qu’elles se souviennent en même temps de AT THE GATES et DISSECTION ou SUM 41 et BAD RELIGION (« Road Head »), ou qu’elles tentent le coup du summer hit avec force harmonies vocales et refrain fédérateur (« Your Love Is No Good »).

Melting-Pot de l’extrême, Say Goodnight to My Little Friend est un plaisir avouable, la seule façon de rencontrer en même temps Barney, Brian Wilson, Les Claypool, Devin Townsend, Brett Gurewitz, Dave Lombardo, Mike Patton, de leur serrer la main et leur avouer son admiration. C’est une bourrasque de bonne humeur et d’invenvité, un typhon de joie musicale, une tornade qui passe en happant tout sur son passage, un ovni qui envoie des confettis, en gros, tout ce que la musique folle et libre devrait toujours être. Une énorme surprise que ce disque qu’il serait insultant de ranger dans la catégorie de la fusion même s’il la pratique, et surtout, l’éclatant témoignage du talent juvénile d’un musicien américain qui a tout compris à la liberté d’expression. A écouter les jours de Blues, pour le faire disparaître sous de grands sourires complices.      

                 

Titres de l’album :

                         01. 10,000 Lbs. of Steel

                         02. Tall Dark and Wasted

                         03. Dead Gay Son

                         04. Play Rape Date

                         05. Sunday Morning Molotov

                         06. U Don't Have 2 G.O.

                         07. Get Wet

                         08. Road Head

                         09. Your Love Is No Good

                         10. No One

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par mortne2001 le 19/04/2020 à 14:19
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