Fondé en 2012 du côté de Carthagène, INJECTOR incarne avec un panache certain la relève de l’arrière-garde Thrash ibère. Débutant sa carrière sous la forme d’un trio articulé autour de Dani MVN (chant/guitare) et Mafy (basse/choeurs), vite rejoints par Danny B (guitare), le groupe s’est rapidement mis au boulot pour accoucher d’une démo (Harmony of Chaos, 2013), soutenu au kit par Alberto. Après trois ans d’existence, le quatuor se lança alors dans l’élaboration d’un album complet, publié en 2015 sous le titre de Black Genesis. Gagnant en popularité, le combo dut alors faire face à la défection de leur frappeur, qui fut finalement remplacé l’année dernière par Anibal, histoire de capitaliser rapidement sur la réputation acquise à la force des poignets. Et les leurs sont plutôt du genre hyperactif, puisque loin de temporiser, les espagnols se sont lancés à corps perdu dans la composition d’une suite digne de ce nom, Stone Prevails, disponible depuis la fin mai. On y retrouve évidemment toutes les composantes ADN d’un ensemble qui ne renie en rien les dogmes fondamentaux du style qu’ils affectionnent, ces envolées saccadées héritées de la Bay-Area, ces longues progressions toutes en évolution, mais aussi ces crises de colère soudaines qui permettent de dynamiser des morceaux déjà bien costauds. Pas de grand chambardement à attendre de la part de ces cousins ibères, qui préfèrent le classicisme à l’enfer d’une innovation souvent promise à l’échec, mais plutôt une solide dose de Metal en fusion, qui ne crache toutefois pas sur un brin d’ambition. D’ailleurs, pour bien marquer leur identité, les musiciens refusent l’étalage de références empilées, même si ces dernières ne sont pas vraiment difficiles à identifier.

Mais là n’est pas le but du jeu, qui est loin d’en être un de dupes. Se basant sur leurs théories antérieures, les INJECTOR injectent justement dans leur Thrash pas mal de nuances, et se rapprochent ainsi d’une version bien râpeuse d’une digression METALLICA bien juteuse, bien que certaines références Punk viennent aérer le tout de leurs accents épidermiques. Avec un timing total dépassant l’heure de jeu, les espagnols n’ont pas joué la carte de la facilité ni de la parcimonie, et pourtant, ils parviennent en cumulant les clins d’œil et les apports personnels à garder notre attention et maintenir notre concentration. Douze morceaux qui se veulent aussi cohérents que différents, pour une visite guidée des arcanes les plus populaires d’un Metal incendiaire, aussi explosif que réfléchi, et qui ne refuse pas de se montrer aussi contemporain que nostalgique. Bien loin de du décalque actuel des hordes old-school au trait grossier, Stone Prevails joue l’ambivalence, la pluralité, allant jusqu’à piocher dans les coffres Hardcore et Heavy de quoi enrichir son propre trésor d’agressivité. On aurait pu craindre en notant la longueur un peu trop étirée de certaines compositions de la redite et une redondance hors contexte, mais c’est justement le contraire qui se produit, et en découvrant la richesse d’un morceau de la trempe de « Stone Prevails », on reste assez admiratif face à la pugnacité d’un quatuor qui n’a pas sacrifié la nuance au produit de la puissance. A vrai dire, le deux composantes sont en proportions égales, ce qui nous permet de nous replonger dans l’époque bénie des HEATHEN, TESTAMENT et autres MEGADETH/METALLICA, sans que les musiciens n’abusent d’emprunts un peu trop flagrants. Guitaristes qui s’en donnent à cœur joie en rythmique et en solo, ossature basse/batterie solide et inventive, chant aux délicieux accents Hardcore râpeux, pour un festival de lave Thrash en fusion qui ne laisse que peu de répit et d’autres options.         

Sachant toujours trouver le lick le plus idéal pour catapulter leurs idées dans la stratosphère de la violence, les INJECTOR signent donc un album aussi instinctif et épidermique que réfléchi et structuré. Si certains trouveront quand même le temps long en certaines occurrences, spécialement lorsque le tempo s’alourdit pour trouver une assise plus affirmée, tout le monde s’accordera à trouver les titres relativement bien échafaudés, et évitant le piège de la facilité. Entre des contretemps déments, des breaks savants, et des couplets aussi denses qu’un mosh-pit en transe (« Justice By Fire », un peu PANTERA sur les bords, et même au milieu), le quatuor mène la danse, et dispose d’ailleurs d’un son un peu âpre mais assez profond pour apprécier les facéties d’un batteur qui n’a pas la double pédale dans ses chaussettes (« Utloa »). Et le tout déroule, pas vraiment à la cool, sinuant entre la rigueur des figures imposées et la liberté d’harmonies savamment distillées (« Behind The Curtain » et son intro pompeuse découlant sur un up tempo enragé), pour mieux se pencher sur le cas éminemment important d’un Thrash à la lisière du techno (« World Rebord », digne des meilleurs moments du séminal The Evolution Of Chaos d’HEATHEN). Et si la linéarité du chant pourra rebuter les plus exigeants, refusant les modulations pour suggérer les plus viriles sensations, la paire de guitares volubiles saura apporter ce petit plus de variété qu’un excellent album de Thrash se doit de proposer. A cheval entre les époques mais résolument à l’aise dans la sienne, Stone Prevails est un pavé qu’on se mange en pleine face, mais qui cache un énorme jet de graviers, qui nous lacèrent les chairs pour nous traîner en enfer, dans une purge grandeur nature qui associe les astuces mélodiques et les affolements rythmiques (« The Purge »).

Le résultat, sans trop se rapprocher du Crossover en titille quand même les limites, et ose la tension progressive, un peu surgonflée mais suffisamment tendue pour oppresser (« Paranoia In My Head »), tentant même le coup de l’intermède instrumental dissonant histoire de détourner l’attention un instant (« Cotard Delusion », VOIVOD, HOLY MOSES, HAVOK, le tout en à peine plus d’une minute). Une complétude qui fait plaisir à entendre, et qui se termine dans un massacre en règle, gardant toujours les BPM sous contrôle, mais se lâchant dans une euphorie symptomatique des débuts du genre (« Deceived By God », toujours cette juxtaposition de thèmes Metal sur un chant Hardcore vomi de bile). Un cheminement logique, une basse qui sait se faire sa place, pour une complémentarité assez flagrante entre des instrumentistes qui se connaissent bien, suffisamment pour intégrer ce nouveau frappeur et le considérer comme un acolyte de toujours. INJECTOR nous offre avec Stone Prevails douze bonnes raisons de les apprécier, et signent là un second LP aussi performant que le premier, mais un peu plus mature aux entournures. Avertissons-les quand même que la durée n’est pas toujours la meilleure alliée de l’efficacité et qu’il conviendra à l’avenir de concentrer quelques idées pour ne pas trop les diluer.                            

     

Titres de l'album:

                       1. It Lives

                       2. 1994

                       3. Oppressive Force

                       4. Stone Prevails

                       5. Justice By Fire

                       6. UTLOA

                       7. Behind the Curtain

                       8. World Reborn

                       9. The Purge

                      10. Paranoia in my Head

                      11. Cotard Delusion

                      12. Deceived by God

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par mortne2001 le 20/06/2018 à 14:01
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Le reste n'a rien d'extraordinaire, sauf le second et the blackening qui sont de bon défouloir.

Les deux albums Neo c'est du pompage pour surfer sur la vague.


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