Une fois n’est pas coutume, j’entamerai cette chronique par la bio succincte d’un groupe pas vraiment disert sur sa carrière. EXPERIMENT SPECIMEN est un groupe canadien de Toronto, formé en 2012, constitué de Nick Radlovic à la guitare et d’Isabelle Tazbir au chant, duo qui selon les photos promotionnelles se complète de deux autres membres dont je ne saurais vous révéler les identités. Niveau influences, l’entité n’est pas plus bavarde et évoque le Metal extrême et les mélodies, l’aspect progressif de la composition, et cette description sommaire correspond en tous points à leur démarche que The Cosmic Order vient décrire avec beaucoup plus d’acuité. En faisant un petit tour sur leur page Reverbnation, on apprend toutefois qu’un bassiste s’ajoute à l’ossature de base, Rory Kennedy, mais pas plus de renseignements à vous fournir sur le nom du batteur. Il semblerait donc qu’en 2018, le groupe évolue en trio, ce qui n’empêche absolument pas d’apprécier sa musique malgré le manque d’informations à leur sujet…Depuis six ans donc, le groupe arpente les scènes canadiennes, et à déjà ouvert pour quelques références, dont VITAL REMAINS, KING PARROT ou THREAT SIGNAL, ce qui pourra éventuellement vous en dire un peu plus sur leur orientation, sans vraiment révéler leurs desseins. Déjà auteurs d’un premier EP, Interloper, ces originaires de l’Ontario dévoilent donc leur plan à plus grande échelle, plan qu’ils ont élaboré en autoproduction, et qui risque fort de démanger les doigts des fans d’un Death Metal à la technique éprouvée. Nous plongeons donc dans le grand bain de la violence élaborée et agencée, et si l’ambiance générale se veut suffocante et tendue, les inserts mélodiques permettent d’aérer le concept sans dénaturer sa véhémence. Difficile de décrire en détail ce qui vous attend sur ce premier LP, qui se veut d’une cohérence assez indiscutable, si ce n’est en dévoilant quelques sources d’inspiration qui pourront éventuellement vous mettre sur la voie.

Si les noms de SUFFOCATION, DEATH, GORGUTS, de PESTILENCE, de GOJIRA, ou CRYPTOPSY ne paraitront pas incongrus, ils ne suffiront pas à baliser le terrain. Car outre une tendance à caser des plans complexes et des soli alambiqués, EXPERIMENT SPECIMEN aime aussi aménager de longs espaces de digression, sans verser dans la contemplation. Mais alors, qu’est-ce qui distingue ce groupe de la masse grouillante des résolveurs d’équations extrêmes ? Pas grand-chose, puisqu’ici le classicisme est roi, et que pour le moment, peu d’éléments permettent de les extraire de leurs racines les plus solidement plantées. Par contre, il est relativement facile d’apprécier leur musique pour ce qu’elle est, malgré quelques répétitions et redondances, d’autant plus que ce premier LP est doté d’une production tout à fait honnête qui ne nous les brise pas de graves omniprésents ou d’une section rythmique écrasant tout sur son passage. Le travail de la guitare, de facture formelle est parfaitement efficace, et si on pourra reprocher au chant d’Isabelle de rester dans un cadre un peu trop prévisible, si l’on pourra pointer du doigt les tendances à multiplier les concassages rythmiques un peu trop bien calés, l’ensemble dégage une réelle envie, et ne cache aucunement ses ambitions progressives sans pour autant faire preuve d’une exagération dans la démonstration. Encore un peu linéaire dans les faits, ce premier album sept titres n’est donc pas l’épiphanie d’un style qui a certainement déjà connu la sienne, mais s’avère être une carte de visite très crédible qui justifie d’une carrière de quelques années et d’une expérience acquise on stage, en se frottant aux meilleurs représentants du genre.

Sept morceaux, qui prennent le temps d’instaurer leur couleur, et de développer des idées complémentaires. Ainsi, l’ouverture éponyme après une courte intro ne perd pas de temps à plaquer un riff redondant souligné par les intonations gravissimes d’Isabelle, parfaitement convaincante dans son rôle de vocaliste pas franchement avenante, et étale les qualités d’un groupe qui connaît parfaitement son métier. Soli dissonants et légèrement psychédéliques sur les bords, qui rappellent les premières années du style, sifflantes, brutales accélérations, pour une somme de plans assez conséquente, mais jamais envahissante. Le but du jeu n’étant pas de caser le maximum d’idées en un minimum de temps, les harmonies ont celui de poser un peu les thèmes et de nous permettre de reprendre notre souffle. Ces inserts harmonieux évitent d’ailleurs la mièvrerie habituelle des cassures traditionnelles, et ne s’éternisent jamais pour ne pas briser la dynamique globale. De là, difficile de gloser sur un disque qui reprend peu ou prou sur chaque chapitre le même modus operandi, s’accordant parfois quelques envolées en blasts soutenues par des licks discordants assez séduisants. On  retrouve cette construction sur le très efficace « Objective Dehumanization », et il devient alors très difficile de ne pas penser aux homologues de Sherbrooke de GORGUTS, qui eux aussi avaient entamé leur carrière avec ce genre de musique, avant de sombrer dans l’expérimentation labyrinthique outrancière. Je ne saurais dire si l’avenir des EXPERIMENT SPECIMEN leur réserve le même destin, mais en admettant quelques points communs avec les icônes de MESHUGGAH (ces riffs lourds et répétitifs qui agissent comme un mantra gravissime), on peut extrapoler sur un futur qui pourrait bien les emmener jusqu’à l’avant-scène, ce qui serait mérité au vu de l’énergie consacrée.

Car le combo sait aussi se montrer efficace, et foncer dans le tas de la mêlée avec des interventions franches comme « Alpha Centauri », qui sait se souvenir des débuts acceptant le legs Thrash pour se projeter Death. Nous restons donc dans les balises de la musicalité, car il n’est pas question ici de brouet indigeste ni de partition surchargée. Sachant très bien doser leurs interventions, les canadiens oscillent donc entre velléités progressives et volonté concrète, ce qui nous mène parfois sur les pistes de la dualité, comme le démontre l’ambivalent « Adjusting the Universe ». Multipliant les tempi, insérant des cassures impromptues, The Cosmic Order termine même sa course dans la brièveté de circonstance en lâchant une conclusion concise, qui en moins de trois minutes synthétise tout ce que le Death technique avait à offrir de plus séduisant à l’orée de son histoire. Et « Silver Tongue Devils » de nous laisser un très bon souvenir, sans vraiment imposer le nom d’EXPERIMENT SPECIMEN, ce qui demandera encore un peu de temps, et certainement un second album affranchi de quelques automatismes.

 

Titres de l’album :

                        1.The Cosmic Order

                        2.Alpha Centauri

                        3.The Great Old Ones

                        4.Parasite Machine

                        5.Adjusting the Universe

                        6.Objective Dehumanization

                        7.Silver Tongue Devils

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par mortne2001 le 29/01/2019 à 16:16
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