Voici donc un album dont le titre contredit parfaitement les qualités intrinsèques. A l’image du Fabulous Disaster d’EXODUS qui peinait à en dissimuler l’épiphanie artistique, The Grand Deception des canadiens de VOLT est tout sauf une déception, mais bien la révélation de l’émergence d’un nouveau talent national. Fondé il y a quelques années dans le froid d’Alberta, à Fort McMurray, VOLT est un peu le type même du groupe qui n’a pas inventé la poudre, mais qui sait la faire parler mieux que quiconque. Se revendiquant d’une mouvance Death/Thrash, le groupe n’a pas choisi la facilité de catégorisation, mais délivre un message clair et sincère qui peut se résumer en une ligne de leur bio. Une poignée de gars qui veulent vous ravager la tronche. C’est certes un peu sommaire pour expliquer le succès de ce premier album, mais la philosophie en vaut une autre, et s’avère très crédible après avoir digéré les dix morceaux de ce premier effort. Pas grand-chose d’autre à vous dévoiler sur eux, leurs sites se montrant plus que discrets et la toile semblant les ignorer pour l’instant, mais en substance, cette mise en jambes a largement les atouts pour plaire aux fans d’un Death Metal soft et subtilement thrashisé, et aux accros au Thrash qui ne refusent pas un brin de puissance supplémentaire. Et d’ailleurs, pour résumer l’affaire, autant dire que The Grand Deception n’est rien de plus ni de moins qu’un excellent album de Metal extrême, puisant dans le passé ses sources d’inspiration, les remettant aux goûts du jour, et ne crachant pas sur l’adjonction d’une touche de Heavy classique pour signer des hymnes mémorisables. Loin de la précipitation, mais en gardant le cap sur l’agressivité, les canadiens signent donc une pelletée d’hymnes qui s’incrustent dans la mémoire, à cheval entre l’approche nouvelle des nineties, et l’optique cruelle de la fin de la décennie précédente.

En variant les tempi, et en permettant aux guitares de s’exprimer sans filet, les deux concepteurs de cette œuvre peuvent se réjouir d’échapper à la marque du temps, leur travail semblant flotter sur un nuage au-dessus des modes. Shea Pelletier (guitare/chœurs) et James Poitras (basse/chœurs) ont donc eu raison de se laisser aller, et de composer sans se demander si le public allait adhérer, et les deux cerveaux ont su s’entourer des bons larrons pour préparer leur foire. On retrouve donc outre le tandem, Glen Miller à la batterie, Mat Cote à la guitare et Ryan Mustard au chant, pour quarante minutes de classicisme transcendé, qui dès l’ouverture « The Unseen » ne fait pas grand cas de ses inclinaisons. Grosse caisse qui thumpe, lick redondant et cyclique qui nous amadoue, pour une soudaine explosion de puissance Hard n’Heavy de première catégorie, rappelant les efforts les plus remarquables des groupes de série B de la période 89/91. Le tout est emballé dans des saccades bien pesées, enrobé dans une production sobre mais équilibrée, et se montre aussi convaincant que le CARCASS de la période Heartwork/Swansong reprenant à son compte quelques délires Black N’Roll suédois des mid nineties. Mais pas question de BM ici, juste de Metal intrépide et martial, qui répond à des critères de qualités élevés, se rapprochant même d’un trip nostalgique à la AT THE GATES retourné dans sa chambre d’adolescent, tapissée de posters de SLAYER et METAL CHURCH.

Et en termes d’accroches à la limite du gimmick, les canadiens de VOLT en connaissent un rayon, eux qui sont capables de nous torcher un hit cruel et jumpy de la trempe de « Thrashocalypse », que MUNICIPAL WASTE aurait pu signer en hommage à Jeff Walker. En version up tempo, le quintet est incroyablement performant, ses mélodies sobres et ses saccades au biseau rappelant même les WARBRINGER en version moins démonstrative, mais en deux morceaux seulement, le groupe convainc, et donne méchamment envie d’en savoir plus. Certain d’être tombé sur un album qui a un peu plus à dire que dix litanies à répéter ad nauseam, l’auditeur laisse les chansons faire leur effet, et se laisse enivrer par l’esprit conquérant de « Malicious Communion », aux cassures de rythmiques finaudes, et par la lourdeur oppressante de « Serene Deletion », à l’intro de cordes aussi surprenantes que le chant soudainement clair de Ryan Mustard. Riff à la ALICE IN CHAINS pas content d’avoir perdu les clés de son cadenas, duo basse/batterie tout en emphase, pour une relecture des canons Death/Thrash d’il y a vingt ans. Sans jamais chercher à provoquer une originalité qu’ils n’ont pas les moyens de défier, les cinq compères du froid avancent dans la neige pour se rapprocher d’un soleil artistique, et mélangent allègrement les codes du Hard Rock, du Heavy Metal, du Thrash et du Death pour soigner aux petits oignons des thèmes qu’ils développent avec beaucoup d’efficience et de finesse. Certes, parfois, on se sent en terrain connu, mais chaque chapitre propose suffisamment d’inédit par rapport au précédent pour que la lassitude ne s’installe jamais, et les performances rythmiques de l’ensemble dont vraiment notables, tout comme leur flair pour trouver des plans catchy qui s’incrustent dans la mémoire. On se demande même si le sieur Mustaine ne leur aurait pas filé quelques tuyaux (« Collective Impudence »), tant l’ombre du MEGADETH contemporain plane sur l’ensemble…

Du punch et de l’envie, la gnaque, et cette volonté de toujours rebondir sur une digression porteuse, telles sont les qualités évidentes de cette première réalisation faisant preuve d’une maîtrise et d’une maturité étonnantes. Pas une minute ne se passe sans qu’on s’accroche à un riff ou à une percussion encore plus remarquable que les autres, et entre un « Speed & Mayhem » qui ne ment pas sur son contenu euphorique, et un « The Hall of the Northmen » plus posé mais toujours aussi empreint de formalisme nordique des nineties transposé dans un idiome anglais de la même époque, The Grand Deception confirme les bonnes impressions initiales sur la durée, et pourrait même incarner l’album que CARCASS aurait dû enregistrer à la suite du succès Heartwork. Pas de plagiat à craindre cependant, les canadiens étant beaucoup trop intelligents pour ça, et surtout, capables de moduler, de se travestir, de changer de direction sans virer de bord, et si de temps à autres, quelques plans semblent replacés par facilité, on excuse cette petite astuce en se raccrochant à la dizaine d’autres qui restent uniques. Certes, et histoire d’être tatillon, on aurait aimé que la machine s’emballe en BPM pour mériter la caution Thrash, le tempo restant la plupart du temps up ou mid, et la compression de la grosse caisse aurait mérité d’être allégée pour ne pas sonner si synthétique. Mais entre une paire de guitaristes qui n’ont pas oublié les tierces et harmonies dans leur poche, un vocaliste au timbre rauque et abrasif, et un tandem basse/batterie efficace et performant, le bilan est largement positif, considérant en sus que tout ceci n’est qu’un premier essai. VOLT, un groupe branché sur triphasé qui envoie la gégène, et qui vous fait trembler la colonne vertébrale de ses soubresauts électriques.      


Titres de l'album :

                          1.The Unseen

                          2.Thrashocalypse

                          3.Malicious Communion

                          4.Serene Deletion

                          5.Collective Impudence

                          6.Speed & Mayhem

                          7.The Hall of the Northmen

                          8.Hate Deserved

                          9.Tipping Point of Tyranny

                          10.The Crawling Chaos

Facebook officiel

Bandcamp officiel


par mortne2001 le 04/08/2019 à 18:40
85 %    166

Commentaires (0) | Ajouter un commentaire

pas de commentaire enregistré

Ajouter un commentaire


Laetitia In Holocaust

Fauci Tra Fauci

Vhs

We're Gonna Need Some Bigger Riffs

Municipal Waste

The Last Rager

Magic Pie

Fragments of the 5th Element

Metallica

S&M 2

Spread Eagle

Subway To The Stars

Eggs Of Gomorrh, Sarinvomit

Encomium of Depraved Instincts

Klone

Le Grand Voyage

The Neptune Power Federation

Memoirs of a Rat Queen

Hatriot

From Days Unto Darkness

Throes

In The Hands Of An Angry God

Enforced

At The Walls

Exhumed

Horror

Sekkusu

Satyromania

Soren Andersen

Guilty Pleasures

Kadinja

DNA

Blackrain

Dying Breed

Fanthrash

Kill the Phoenix

Burial Remains

Trinity of Deception

Exhorder

Mourn The Southern Skies

Bloodshed Fest 2019

Mold_Putrefaction / 13/10/2019
Crust

British Steel Saturday Night VIII

Simony / 13/10/2019
Heavy Metal

Interview ABBYGAIL

JérémBVL / 11/10/2019
Abbygail

BEHIND THE DEVIL #9 - Interview avec Laurent de MYSTYK PROD.

youpimatin / 09/10/2019
Behind The Devil

Monolord / Firebreather [La Cartonnerie - Reims]

Simony / 08/10/2019
Stoner Doom Metal

Concerts à 7 jours

+ Nemost + Monolyth

13/10 : No Man's Land, Volmeranges Les Mines (57)

Chaos E.t. Sexual + Moonskin + Barabbas

19/10 : Le Klub, Paris (75)

Photo Stream

Derniers coms

OVERKILL : "Comme si le fait qu'ils n'aient pas suivi les modes lui avait jouer des tours ou bien tout simplement, pas au bon endroit au bon moment"
Tout est dit... Et c'est d'ailleurs bien pour ça que j'adore ce groupe !
"WE DON'T CARE WHAT YOU SAY !!!"


Moi j'aime bien, mieux que le précédent album : le groupe joue bien, batteur excellent . J'attends la suite.


Arioch91 +1.
Il ne suffit pas de jouer (pathétiquement d'ailleurs) le mec énervé à l'image pour que la musique le soit également.
Je laisse décidément ce groupe au moins de 25 ans.


Ridicule.


Le clip donne le mal de mer. Quant au reste...


Mouais...

Je retourne m'écouter Burn my Eyes.


Bof... Le début sous influences hardcore se laisse écouter, mais dès que le tempo ralentit, c'est un peu la catastrophe.


Il a oublié Struck a Nerve le père et d'autre titre.


Pourquoi ne pas avoir gardé Kontos et Logan...


Ce festival est risible depuis l'épisode World Of Warcraft


Quelqu'un peut compter pour moi le nombre de "fucking fuck fucker"? Il me manque des doigts.


C'est vraiment bon...


Putain !!!
GORGON en live quoi !
Si c'était pas si loin de chez moi bordel...
Je croise les doigts pour qu'ils fomentent une prochaine tournée les bougres... ... ...


pop corn time !


Et pas un mot sur l'hommage à Chirac par Fange ?


Hallucinant live report . un torchon ! traiter le public de "beauf" venu soutenir des groupes avec presque 20 ans de carrière, ça c'est bof


Effectivement, pas très convaincu par ce report.

Je suis au moins d'accord sur un point : un chanteur français qui s'adresse en Anglais à un public parisien c'est con comme un film de Luc Besson.

Après j'ai ausssi pas les mêmes "goûts" que le chroniqueur, par exemple (...)


Sans vouloir être condescendant, j'aimerai bien connaître l'âge et le parcours musical du chroniqueur.
C'est assez récent d'associer stage diving et apéro metal quand même. C'est pourtant une pratique très courante depuis des décennies dans le metal extreme et n'a rien d'une pratique f(...)


Bravo, quel professionnalisme. J'espère que vous avez payé votre place pour écrire un tel torche-cul, parce que si vous avez été accrédité, honte à vous


Ca doit être une belle foire d'empoigne en ce moment. :-))))))))

Renoncement total pour ma part. Je ne vais plus à Clisson depuis 3 ans, sans regret.
Festoche vitrine, devenu le rassemblement des occasionnels venus s'encanailler.

Je vais continuer par contre avec g(...)