The Grand Descent

Fuming Mouth

21/06/2019

Triple-b Records

Il fut un temps où je tentais toutes sortes d’expériences. Genre, mélanger la moutarde, la harissa, le pili-pili et le poivre gris pour coller dans mes pâtes. Genre mélanger de la vodka, du whiskey, une vieille prune et du gin pour corser un peu les débats. Pourquoi ? Parce que je me disais que plus c’était fort, plus c’était piquant et agressif, plus vite ma gorge serait en feu, et autant dire que toutes les expériences ont marché, à des degrés divers de souffrance. Visiblement, certains musiciens appliquent la même recette au moment de peaufiner leur style, et s’amusent beaucoup à fondre les extrêmes pour sonner encore plus extrême. On ne dénombre plus les hybridations tentées, du Black Sludge au Doom Death, en passant par le Math Grind ou le Blackened Post Hardcore. Les héros de gouttière du jour ont leur méthode à eux, et je dois reconnaître qu’elle fonctionne. Nous en venant de Boston, Massachussetts, les FUMING MOUTH ont décidé un jour que leur passion pour le Death Metal scandinave devait s’accompagner d’un hommage à la scène Hardcore des nineties, et ont commencé leur long travail d’élaboration. Né en 2013, le groupe a publié une démo la même année, avant de partager des faces avec les GATLIN, pour mieux lâcher une nouvelle démo en 2016 (Lotus), et se taire plus ou moins pendant trois ans. Mais comme il faut bien se lancer un jour, c’est cette année qu’ils ont choisi de nous présenter leur travail longue-durée, avec ce The Grand Descent qui n’est en effet rien d’autre qu’une plongée vertigineuse dans l’abime de la violence musicale la moins édulcorée. Et aussi formelle soit leur optique après une écoute distante, on comprend bien vite que seules la vilénie, la méchanceté, l’agressivité et la puissance absolue sont des préoccupations pour eux. Parce que finalement, et mis bout à bout, ces douze morceaux forment une symphonie outrancière entièrement dédiée à la bestialité sonore et au sadisme musical.

Evidemment on pouvait se douter qu’un producteur alléché allait se trouver embarqué dans l’affaire. Et une fois encore, c’est l’increvable Kurt Ballou qui a produit et mixé l’album, et qui lui a conféré cette patine énorme héritée de son parcours dans CONVERGE. Le résultat est donc gigantesque, grave, sombre, aux échos rebondissant d’une saloperie à l’autre, et permettant aux guitares de sonner plus froides que les mains d’un embaumeur, et à la batterie d’avoir des airs de pelles d’excavation travaillant sans relâche, nuit après nuit. FUMING MOUTH dans les faits pourrait être la révélation ultime de ces cinq dernières années. Les plus renseignés les compareront à des références comme PRIMITIVE MAN, NAILS, d’autres argueront qu’un mélange DISMEMBER/ENTOMBED/EXILE/HIS HERO IS GONE convient parfaitement pour décrire leur musique, et les deux camps auront raison. En mixant la quintessence putride du Death Metal, et le réalisme ultraviolent du Hardcore contemporain, les trois bostoniens (Ethan - basse, Rob - batterie et Mark - guitare/chant) s’illustrent en équivalent d’une association jamais validée entre les UNSANE et NIHILIST, le tout agrémenté d’une touche de folie sonore à la THE BODY, pour mieux affirmer leur identité qui ne donne pas forcément envie de les connaître…En tant qu’hommes évidemment, puisqu’en tant que musiciens, ils se montrent sous un jour créatif des plus séduisant dans la brutalité, et si chacun de leurs morceaux résonne comme un appel à la haine viscérale ou au contraire, au renoncement global, leur concept générique a de quoi effrayer tous les fans de Death de la création.

Osons le terme, tout ceci est très vilain, à de très rares exceptions près. Et en commençant leur entreprise de destruction par un rageur « Fatalism » ne dépassant pas les deux minutes, les américains ont fait le bon choix. Epais comme une armée de guitaristes découvrant les joies de la HM-2, dissonant comme des apprentis hardcoreux s’ouvrant au masochisme d’un feedback constant, lourd et étouffant comme une banda de percussionnistes frappant leurs peaux en même temps, ce premier titre est symptomatique de cette volonté d’associer la pesanteur et la vélocité, et trace les grandes lignes dans le sang et la bile. Ne cédant jamais à la pression d’un timing, le trio reste dans des balises de brièveté, mais insère de nouvelles idées à chaque pas, optant selon la saison pour un écrasement des tympans en règle (« Nothing to Bleed », du ENTOMBED puissance mille passé à la moulinette des RYKERS), ou un pilonnage systématique des défenses terrestres, bombardées du ciel par un Death/Crust au rendement optimal (« Out of the Shadows »). L’héritage des suédois de l’orée des années 90 est palpable, via cette production qui gèle sur place et qui transforme les guitares en congères, mais le legs du Hardcore de la même époque est lui aussi patent, puisque ces mêmes guitares n’hésitent jamais à proposer des motifs mémorisables, de ceux qui enflamment un mosh-pit malgré leur apparente condescendance. Car les trois olibrius ont bien compris que pour capter l’attention des psychopathes, il fallait d’abord travailler ses thèmes, et en sus de se montrer plus violents que la moyenne, ils jouent en rang serrés, pour mieux séduire avant de réduire au silence.

Tout ça donne parfois naissance à des monstres de puissance condensée (« Visions of Purgatory »), à des hits de l’impossible qui plaquent des riffs hardcore sur des structures Death (« Transfiguration »), à de longues litanies qui crient tellement que la nuit plonge dans l’insomnie (« Dead Asleep », un truc qui aurait pu figurer sur une anthologie du Death et du Hardcore nordique de la fin des années 90), ou à des créatures hybrides, belles comme la laideur ultime, et attachantes comme des mélodies vidées de toute substance (« The Spirit's Chain »). Aussi efficaces que la multiplication de l’efficacité des styles qu’ils empruntent, les FUMING MOUTH représentent donc un avenir néfaste pour la musique extrême, bénéfique en termes d’impact, mais conditionnant la génération future à faire preuve de plus d’imagination dans la psychose que ses aînés. Un disque qui ne fait pas de bien au cœur, qui noircit encore plus l’âme, mais qui démontre qu’on peut toujours aller plus loin pour peu qu’on en supporte les effets secondaires.

         

 Titres de l’album :

                          1.Fatalism

                          2.Nothing to Bleed

                          3.Out of the Shadows

                          4.Burning Hand

                          5.The Grand Descent

                          6.The Great Equalizer

                          7.Visions of Purgatory

                          8.Distant Voice

                          9.Transfiguration

                         10.Dead Asleep

                         11.The Spirit's Chain

                        12.Half Life

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par mortne2001 le 19/08/2019 à 17:50
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