Du passé, il faut parfois savoir faire table rase, ou presque. Déconstruire pour mieux reconstruire, sur des bases plus saines, et selon des principes correspondant plus à vos convictions et inclinaisons. Les cas de groupes ayant subtilement adapté leur vision pour se tourner vers un avenir en décalage avec leur passé sont nombreux, mais un exemple concret se présente aujourd’hui, et pas des plus inintéressants. Et comme dans huit cas sur dix, ce cas précis nous vient de Suède, et prouve une fois de plus que ce pays est décidément d’une aisance insolente dans tous les secteurs de jeu. En s’éloignant de ses racines traditionnelles, REACH nous démontre qu’il est parfois salutaire de chercher un peu plus loin l’inspiration, en se détournant des modes et en faisant confiance à son libre arbitre. En replaçant le contexte, on pourra préciser que le groupe n’en est pas à son coup d’essai, et qu’il nous avait déjà gratifiés il y a trois ans d’un premier-longue durée à l’optique radicalement différente de leurs options actuelles. Nous avions découvert alors un Reach Out To Rock assez formel, dominé de la voix plutôt hésitante d’Alex Waghorn, et empreint d’influences AOR typiquement ricaines. Depuis, le chanteur a fait ses valises, et le combo est tombé sous protectorat total de son leader, Ludvig Turner, accessoirement guitariste et meneur de troupe. C’est donc sous la forme d’un trio un peu power que le groupe nous revient, avec Ludvig derrière le micro, lui qui avait impressionné le public suédois lors du télé-crochet Swedish Idol, en reprenant à son compte quelques classiques flamboyants comme le « It’s My Life » de BON JOVI, ou le « Here I Go Again » de WHITESNAKE. L’homme connait donc la chanson Hard-Rock, sur le bout du médiator et des cordes vocales, et nous en retourne sûr de son fait pour délivrer un message de paix, sous la forme d’un second album qui enterre définitivement le premier en termes de qualité, mais aussi de variété.

Entouré d’une section rythmique polyvalente (Marcus Johansson - batterie et Soufian Ma´Aoui - basse), Ludvig Turner se livre donc comme jamais, et nous offre en cadeau une mouture assez hybride d’un Hard Rock up in time et parfaitement à l’aise dans son époque. Bien loin des considérations de ses homologues nationaux, plus volontiers portés sur le vintage 70’s revendiqué ou le synthétisme purement 80’s détourné, The Great Divine se veut adaptation d’obsessions mélodiques dans un contexte rythmique moderne, et n’hésite pas à incorporer des éléments Pop, Rock et même subtilement Dance à son Hard-Rock toujours aussi convaincant. Si la trame de fond de leur passé n’a pas vraiment changé, elle s’est vue agrémentée de petites fioritures moins désuètes, et profite surtout du timbre chaud d’un vocaliste à l’aise dans tous les domaines. Sans aller jusqu’à parler de projet solo en bonne compagnie, ce second album des REACH profite donc du savoir-faire d’un musicien ultra talentueux, qui sait pertinemment ce qu’il veut, et partiellement ce que son public veut entendre. Il n’est donc pas étonnant de découvrir des chansons situées aux antipodes de toute déclaration un peu trop franche, à l’instar de ce terriblement addictif « Off The Edge », qui combine le BON JOVI le plus remuant au HEAT le moins radical. Le lifting opéré au niveau des compositions est tout simplement bluffant, et si les plus puristes des hard-rockeurs auront parfois du mal à suivre le fin fil d’Ariane, les plus ouverts et tolérants se satisferont très bien de cette nouvelle orientation, qui puise tout autant dans les racines locales que dans la radiophonie américaine traditionnelle. Il est évident que l’interprétation est largement au-dessus de tout soupçon, tout comme cette production parfaitement actuelle, qui donne une épaisseur élastique à la batterie, et qui nivelle la distorsion pour l’empêcher d’avaler tout l’espace sonore. Nous avons donc droit à une démonstration de style impressionnante, qui s’adressera tout autant à la frange la plus borderline du Rock qu’à ceux qui ne crachent pas sur un brin de fantaisie commerciale. On a même parfois le sentiment de faire face à une adaptation synthétique des us et coutumes de SIXX AM, même si les arrangements tiennent parfois plus de U2 ou de Donna Lewis (les cocottes en écho de « One Life », typées The Edge). En tout cas, et c’est indéniable, ce second LP fait preuve d’une étonnante maturité qui permet au trio d’expérimenter en toute liberté, sans avoir l’air de tomber dans l’opportunisme ou la versatilité exagérée.  

Avec une production confiée aux bons soins de Jonas Lee, des HEAT, et un mixage élaboré par le cador Tobias Lindell (HEAT, Martina EDOFF, ECLIPSE, HARDCORE SUPERSTAR, EUROPE), The Great Divine s’est assuré d’un destin placé sous la bonne étoile, qui brille et éclaire d’une lumière bienveillante des chansons qui ne demandent qu’à être reprises en chœur, comme cet imparable « Runing On Empty », qui propose une union passagère entre BON JOVI, ECLIPSE, HAREM SCAREM et les MADINA LAKE, pour un résultat poli aux entournures, mais juste assez agressif pour ne pas sonner trop aseptisé. C’est du travail léché, poncé au moindre recoin pour ne laisser subsister aucune aspérité, qui ne crache toutefois pas sur un brin de sentimentalisme, adapté bien sûr à la vision très personnelle de Turner, qui s’égosille sur des moments de tendresse comme « Shame », aux arrangements simples, mais à la portée maximale. Une bordée de tubes en puissance, qui auraient pu affoler la FM il y a une quinzaine d’années, et surtout, beaucoup d’énergie dans le professionnalisme, et d’instinct dans l’inspiration. Mais en commençant un album avec un brulot aussi irrésistible que « Into Tomorrow », le trio savait pertinemment ce qu’il faisait, en mixant le meilleur de l’alternatif mélodique des 90’s, et les impulsions bondissantes de la décennie suivante. D’ailleurs, dès l’entame de cet album, l’honnêteté est de mise, et le trio de varier les plaisirs pour se lancer dans le déhanchement sexy d’un modern Rock aux courbes bien groovy (« The Great Divine »). Car c’est bien sous cet angle là qu’il faut aborder The Great Divine, comme un catalogue de possibilités, non pour prouver quelque chose, mais pour s’adapter à la nature versatile et éclectique d’un compositeur qui refuse toute contrainte de genre pour imposer le sien.

Ce même guitariste chanteur qui n’hésite pas à utiliser la violence pour mieux la domestiquer, tout en lui gardant cet aspect sauvage apte à séduire les plus énervés (« Live Or Die »), oui qui défigure le Blues pour lui offrir un masque Heavy en dualité (« Nightmare », qui rappelle étrangement le « In the Groove » des ENUFF Z’NUFF, avec ce mélange de stupre et paillettes Glam et cette rugosité Bluesy en moue sexy). Et si le LP se termine par un épilogue en demi-teinte (« River Deep », le plus roots du lot, et le plus analogique aussi dans sa progression), c’est pour mieux ouvrir d’autres voies et garder de côté un futur qu’on aura bien du mal à anticiper. Mais en définitive, c’est la musique qui parle le mieux…Et en optant pour une formule en trio donnant toute latitude à son leader, les REACH ont fait le bon choix pour sortir d’un anonymat de groupe dans lequel la réputation de leur leader aurait pu les plonger. Un leader qui manie le micro comme il laisse rugir sa guitare sur quelques soli bien cramés, et qui se hisse au rang des vocalistes remarqués, par le biais le plus risqué qui soit. Mais loin de garder le cul entre deux chaises, The Great Divine s’assoit à la table des grands, tout en gardant un œil sur la porte restée ouverte.


Titres de l'album:

  1. Into Tomorrow
  2. The Great Divine
  3. Live Or Die
  4. Nightmare
  5. Off The Edge
  6. One Life
  7. Running On Empty
  8. Shame
  9. You Say
  10. River Deep

Site officiel


par mortne2001 le 02/03/2018 à 14:52
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