Mercredi, jour des enfants typique, soyons ludique. Jouons à un petit jeu illustratif et visuel, et plantons le décor d’une chronique qui va sans doute mettre tout le monde d’accord. Imaginez-vous aux abords d’une maison de banlieue, l’esprit chafouin, et désireux de commettre un menu larcin. Vous poussez la grille, certain que les propriétaires sont absents, marchez lentement sur le chemin, vous approchant de la porte d’entrée, lorsque soudain, de l’arrière-cour surgissent trois ou quatre mâtins la bave aux lèvres, le grognement sourd, la dent affutée et le pas lourd. Constatant la terrible méprise que vous avez commise, vous commencez à suer à grosses perlées, à peu près certain de vous faire niaquer. Lorsque soudainement, après quelques grondements, les molosses vous foncent dessus, vous obligeant à détaler à travers champ pour ne pas perdre une moitié de vos fesses en partant. Vous visualisez le tableau ? Parfait, alors dites-vous que vous éprouverez la même sensation en écoutant le premier long des canadiens de RELEASE THE HOUNDS. Ces malades de la brutalité contrôlée et de la vitesse maîtrisée n’ont donc pas choisi leur patronyme au hasard, puisque leur musique évoque à merveille la rage de clébards qui constatent qu’on empiète gaiement sur leur territoire. Et vous connaissez la légitime réaction de molosses insatisfaits de voir leur espace vital piétiné par des indésirables auto-invités…Alors, quoi de plus idoine pour concrétiser cette impression qu’un bon gros Hardcore joué à fond, fast and raw, crude and above the law, ce qui est exactement la démarche choisie par ce quintette qui ose pousser à fond les amplis.

Nous en venant de Goulds, St. John's, Newfoundland and Labrador, Canada, ces cinq enragés de la babine décollée (Adam Hearn - batterie, Matthew Myler & Barry O'keefe - guitares, Griffin Simpson - chant et Brad Clarke - basse) viennent donc de sortir leur premier LP éponyme qui risque fort de faire décoller le marteau et l’enclume des fans de Hard et Fastcore, sans en rajouter, sans excès, mais en jouant comme si leur destin en dépendait. Et c’est quelque part le cas, et assurément la seule façon de jouer le Hardcore correctement. Loin du gonflage excessif du Deathcore et du Metalcore, les RELEASE THE HOUNDS reprennent intelligemment à leur compte des ficelles classiques, qu’ils nouent très serrées, façon nœud coulant pour pendu déprimant, alors même que leur barouf évoque joyeusement quelques références classiques qu’ils se font un malin plaisir à identifier. Les chiens de l’enfer se réclament donc des SNFU, BIGWIG, BELVEDERE, STRUNG OUT, RAISED FIST, REFUSED, et certainement beaucoup d’autres auxquels ils ne pensent plus, et nous mordent les tibias, nous serrent la gorge entre leurs molaires, via une douzaine de morceaux aussi efficaces que percutants. Surfant sur la vague traditionaliste du NYHC, mais en y insufflant une résonnance moderne, les canadiens tiennent la dragée haute, et le menton fier, pour nous offrir une grosse poignée d’hymnes de fer. Il est relativement bluffant de constater que sur les trente-quatre minutes de ce premier méfait, aucune n’est gaspillée, tant le quintette varie les ambiances, les tempi, tout en gardant la même intensité tout du long, et en entretenant la colère avec conviction.

Aussi Punk que Core, aussi Fast que Raw, Release the Hounds est un manifeste, un genre de Demonstrating My Style qui en a l’air, mais aussi les chansons, bien que les MADBALL de l’ami Cricien pourraient en prendre de la graine (eut égard à leur dernier effort qui n’a pas dû en nécessiter beaucoup niveau originalité…). Car en plus de savourer une brutalité de première bourre, nos cousins du grand froid manipulent la mélodie sans effroi, et diluent leur véhémence dans une solide dose de romance, sans craindre de sombrer dans la mièvrerie. Ainsi, des morceaux aussi efficaces qu’accrocheurs tels « Weed On » ou « 7 21 » associent harmonies prononcées et puissance revendiquée, pour s’ancrer dans un élan de séduction/répulsion qui parfois, parvient à unir dans un même désir les guitares à la tierce de MAIDEN et l’âpreté rythmique et vocale des NO USE FOR A NAME. Un petit miracle ? Oui, sauf que le talent des instrumentistes justifie à lui seul ce résultat, sans avoir à recourir à une quelconque prière du Dieu Streetcore…Ainsi, les pirouettes et arrangements de « Chi Pig » ne manqueront pas de vous interpeler, alors que la rapidité et l’instantanéité de « Invincible » ne manquera pas de rapprocher les RELEASE THE HOUNDS d’un crossover tirant sur le Fastcore, et game over…On pense dans ces moments-là à l’épaisseur fluide des miraculeux LEEWAY, d’autant qu’en termes d’ampleur, les canadiens n’ont pas grand-chose à leur envier (« Below Me ». Quoi donc ? Ben les autres par exemple…). Mais en juxtaposant les chapitres les plus développés et les crises de rage limite Speedcore (« Skater Song », avec une telle cadence, les pauvres planchistes n’ont pas fini de se panser les blessures, « Call You Out », un poil plus modéré et mélodisé, mais tout aussi acharné), les cerbères nous font valser à un rythme de frappés, et tiennent la course haletante de bout en bout.

On a même parfois le sentiment que le pauvre Griffin Simpson va y laisser sa gorge, tant il hurle comme un cochon qu’on égorge (« Fuck Cancer », si avec ça le message ne passe pas, inutile d’écrire à l’ARC), même si l’ambiance change soudain pour suggérer des accointances Metal en transe, qui rapprochent le Canada de Nouvelle-Orléans et de la vague NOLA (« Your Highness », le genre de truc capable de réconcilier la NWOBHM et Phil Anselmo). Mais vous l’aurez compris en lisant ma prose, Release the Hounds est le genre d’album qui joue l’ambivalence dans la puissance, et qui permet au Hardcore de garder ses lettres de noblesse, même si sur le final, l’ombre du REFUSED le plus teigneux plane sévère (« The Rapture »). Pour un premier essai, on pourrait presque parler de coup de maître, bien que ces cinq-là ne doivent s’en réclamer d’aucun. Non, je les imagine plus volontiers en meute, protégeant leur terre des importuns, et n’hésitant pas à montrer les crocs aux petits malins. Peut-être vous d’ailleurs, si vous ne vous ruez pas sur leur Bandcamp pour acquérir l’œuvre en question pour cinq malheureux dollars. Avouez que le prix de la tranquillité n’est pas cher payé !


Titres de l'album:

1. Release the Hounds
2. Invincible
3. Skater Song
4. Below Me
5. Shred Penner
6. Weed On
7. 21
8. Call You Out
9. Chi Pig
10. Fuck Cancer
11. Your Highness

Bandcamp officiel



par mortne2001 le 17/05/2018 à 14:35
90 %    184

Commentaires (0) | Ajouter un commentaire

pas de commentaire enregistré

Ajouter un commentaire


Dirty Shirt

Letchology

Haunt

Mosaic Vision

Stonecast

I Earther

Devil Master

Satan Spits On Children Of Light

Voz De Nenhum

Sublimation

Vertex

Scalable

This Gift Is A Curse

A Throne Of Ash

Thornbridge

Theatrical Masterpiece

Spectrum Orchestrum

It's About Time

Ares Kingdom

By The Light Of Their Destruction

The End Machine

The End Machine

Vitriol

Chrysalis

Altar Of Oblivion

The Seven Spirits

Inculter

Fatal Visions

Venom Prison

Samsara

Sammy Hagar

Space Between

Final Cut

Jackhammer

Eivør

Live In Tórshavn

Burning Rain

Face The Music

Mgła - Revenge - Doombringer // Paris

Mold_Putrefaction / 19/05/2019
Death Metal

Dead can Dance

RBD / 19/05/2019
Darkwave

NETHERLANDS DEATHFEST IV / Tilburg, Pays-Bas

Jus de cadavre / 16/05/2019
Death Metal

Tour-Report ACOD (support Cradle Of Filth / Avril 2019)

Jus de cadavre / 14/05/2019
Death Black Metal

Concerts à 7 jours

Photo Stream

Derniers coms

En voilà un qui aura marqué l'esthétique du Metal, en quelques oeuvres. Il suffit parfois de peu.


C'est ce côté vite torché qui donne toute cette bestialité justement je trouve. Y a bien peu d'album Metal aussi intense et violent que Reign selon moi.


@KaneIsBack, à l'origine Reign In Blood devait durer plus longtemps que 28 minutes mais lorsque le groupe est rentré dans le studio et a branché le matos, ils ont speedé comme des malades et c'est devenu Reign In Blood. Peut être avaient-ils le feu au derche ou envie de boucler le record le plu(...)


En fait, je crois que je me suis mal exprimé. C'est surtout que cet album me frustre, en fait. J'aurais voulu des morceaux plus développés, un peu plus longs. Criminally Insane, par exemple, est un super morceau, mais à peine 2 mn 20, quoi... Frustrant, oui, c'est plutôt ça pour moi.


Découvert en 88, j'ai mis des années avant de cerner et d'apprécier ce disque.
Depuis, je l'ai acheté à 4 reprises à force de l'avoir usé.


Je viens d'acheter deux tonnes de tomates... ;)


Kanelsback, cet album est tellement violent, sauvage, radical, intense, que c'est justement en ayant acheté et écouté cet album bien des années après avoir découvert Slayer ( je me contentais alors des morceaux en version live) que j'ai compris pourquoi Slayer ÉTAIT Slayer. Et c'est devenu de(...)


Je vais faire mon hérétique : j'ai jamais pu blairer cet album... Ne pas l'avoir découvert à l'époque joue sans doute dans mon ressenti, j'imagine, mais je m'emmerde en écoutant ce disque. Hormis Angel of Death et Raining Blood, je trouve les morceaux un peu torchés à la va-vite et basiques.(...)


mauvais


Merci de ta chronique .
Ici le batteur mentionné.
Chronique très appréciable , et très bien écrite . Et dont l'analyse globale est pertinente
Cela dit , même si j'aime les " anexes " Atheist et Mekong delta et Holy moses , je n'ai jamais été vraiment influencé par ce gen(...)


Même classement pour moi que Jus de Cadavre !
Et des pochettes qui auront marqué mon adolescence...


Mmh, ça se tire la bourre avec Master Of Puppets pour le titre du plus grand album Metal au monde... Mais c'est dans le top 2 des plus grands oui... :D
Aller j'ai de la route ce soir, je sais ce que je vais écouter dans la bagnole !


Pochette mythique pour un album mythique. Peut être le plus grand de tous les temps...


J'arrive après la bataille, mais interview une fois de plus très cool !

Et ça fait tellement plaisir de lire ça : "Combien de groupes entend on se plaindre de ne pas attirer suffisamment de monde en concert alors que les mêmes musiciens ne vont jamais aux concerts des autres ?"


Pas top, du revival classique.


Ca casse pas trois pattes à la dinde. Voix générique au possible, notamment.


Pour ma part, l'extrait disponible (Black Flame Candle) me rappelle les meilleurs moments de Toxic Holocaust. Je vais du coup m'y atteler plus sérieusement!


Pas mal du tout ce truc ! La chro résume parfaitement bien la chose !
"le Punk s’est toujours très bien marié au Black le plus primal " et ça je plussoie fois 100.


Très intéressante démarche que celle de Sun, d'autant plus par le producteur de The Dø !


Sorceress était vraiment inintéressant, ce que je n'avais jamais ressenti avec Opeth quand bien même je préfère la période Still life / Blackwater park / Deliverance. J'espère que celui-ci rattrapera la donne, faute de quoi je passerai mon chemin à l'avenir.