Thrash allemand, voilà, tout est dit, au-revoir. Je pourrais sérieusement m’arrêter là tant ce concept évoquera des centaines d’images sonores dans votre esprit, y ramenant le souvenir des KREATOR, LIVING DEATH, DESTRUCTION, TANKARD, SODOM, ASSASSIN, j’en passe et pas forcément des moins essentiels. Si la vague nostalgique actuelle semble surtout frapper les côtes suédoises et les frontières US et de l’est, il ne faudrait pas non plus prendre nos cousins germains pour de vilains attentistes, quoique leurs propres formations n’aient pas forcément besoin de se la jouer vintage pour occuper le terrain. Tiens, prenez en exemple les FATAL EMBRACE, vu de l’extérieur et avec un regard distant, ce combo pourrait facilement passer pour un nouveau venu avide de nourriture spirituelle old-school, mais il n’en est rien, et la supposition est la plus éloignée de la réalité possible. Car ce groupe a été formé à l’orée des nineties, en 1993 pour être plus précis, même si sa production discographique n’a réellement démarré qu’après un premier split et un changement de line-up. Initialement baptisé NOSFERATU, le combo a vite modifié son nom pour adopter celui définitif de FATAL EMBRACE, et ce biais fut très intelligemment réfléchi au regard du caractère foncièrement létal de leur théorie. Embrassant l’héritage Thrash de leur propre pays, ces cinq musiciens (Heiländer - chant, Ronnie - basse,  Tobias Hoschi & Spezi - guitares et Pulverizatör - batterie) n’en ont pas pour autant accepté toute la brutalité, puisque leur musique se teinte parfois de modérations plus Heavy, ne déséquilibrant pas le rapport vitesse/puissance. Depuis leur comeback de 1997, le groupe n’a pas cessé de produire, et fête aujourd’hui son sixième LP, après The Ultimate Aggression (1999), Legions of Armageddon (2002), Dark Pounding Steel (2006), The Empires of Inhumanity (2010) et Slaughter to Survive (2015), soit un album tous les trois ou quatre ans, histoire de régénérer l’inspiration. Et autant admettre que leur muse brutale ne les a jamais laissés à sec.

Sixième longue-durée donc pour un combo beaucoup plus créatif en studio que sur le papier, qui n’a jamais vraiment déçu, et qui a eu la finesse d’accepter que ses influences sortent parfois du champ d’action purement Thrash. On retrouve en effet dans leurs morceaux des traces de NWOBHM, de Heavy plus classique, mais l’allant dont font preuve leurs œuvres témoigne de leur attachement à la cruauté instrumentale, même si des morceaux comme « Your Spiritual Quest » auraient pu être composés entre 1984 et 1985. Même approche à cheval entre rigueur Heavy et mordant Speed, même conviction que les modes vont évoluer vers plus de brutalité, et surtout, même foi dans l’efficacité, avec un instrumental solide et créatif. Guitares qui ne se contentent pas d’imiter le bruit d’une tronçonneuse bien huilée, complexité les rapprochant parfois d’un Techno-Thrash light, ambiance subtilement BM à la HELLHAMMER des premières démos, le carton est encore une fois plein, et la qualité au rendez-vous. Et c’est après une courte intro efficace que le carnage commence avec le tonitruant « Betray Your Heroes », aussi radical qu’une usine de retraitement des métaux de la Rurh, mais aussi précis et efficace qu’une entreprise de démolition de la Bay Area. On aime cet équilibre entre terreur et stupeur, et surtout, ces accroches dans les riffs qui témoignent d’une réelle volonté d’emprise sur un public assoiffé de violence, mais pas de chaos. En vingt ans de carrière post reformation, le groupe n’a jamais vraiment déçu, et Operation Genocide ne fera surement pas exception à cette règle, chacun de ses morceaux étant une pierre de plus à empiler sur le mausolée du Thrash des eighties.

Parfois proches des magiques METAL CHURCH, via le lapidaire « Skinned To be Alive », les FATAL EMBRACE passent une fois de plus en revue toutes les composantes d’un style qu’ils affectionnent plus que tout, et donnent au passage une leçon à la nouvelle génération. En refusant de se limiter aux composantes les plus limitatives, mais en acceptant la vitesse comme donnée indispensable (« Let The Evil Flow »), le quintet transcende le genre en l’extirpant de sa condition la plus figée, et n’hésite pas à l’emmener au-delà de ses frontières les plus figées, acceptant l’approche progressive, sans tomber dans les travers ambitieux d’un Metal démonstratif. Toujours aussi doués pour instaurer des ambiances envoutantes mais efficaces, les cinq musiciens font preuve de leur flair légendaire pour nous trousser des hymnes à l’intelligence virile, un peu embourbée parfois dans le Heavy le plus conditionné, mais toujours prompte à démontrer que la franchise et la roublardise peuvent cohabiter (« Criminal Scum », symptomatique du KREATOR de transition entre les années chien fou et le virage Indus plus flou). Les riffs s’accumulent donc, tout comme les plans, tous aussi efficaces les uns que les autres, atteignant parfois une apogée de puissance qui laisse admiratif (« The Soulcrusher »). Les plus bourrins regretteront sans doute que le tempo ne décolle pas plus souvent, mais ces esprits chagrins étaient déjà ceux qui pointaient du doigt les DEATHROW pour avoir eu l’outrecuidance de l’ambition technique sur Deception Ignored, dont on retrouve un peu l’atmosphère en demi-teinte sur « Forevermore ». Mais il est toujours plaisant de constater qu’après cinq albums remarquables, les allemands ont toujours du jus, et le prouvent avec autant de véhémence (« Spawn Of Plagues », que le magique The Legacy aurait pu abriter en son sein, ce qui en dit long…).

Et toujours très attachés à leurs racines, les berlinois ne peuvent s’empêcher une fois encore de citer dans le texte, avec une reprise tonitruante du classique « Metal Thrashing Mad » de nos chers ANTHRAX, fidèle à l’original, mais avec ce surplus d’exubérance qui rend certaines covers plus enthousiasmantes que d’autres. FATAL EMBRACE prouve donc en 2019 qu’il n’a rien perdu de son énergie de jeunesse, et nous démontre sans prétention que le Thrash allemand a toujours sa place à la table des grands, qu’il soit nostalgique ou conscient des impératifs de son époque. Et un conseil d’ami, passez outre cette pochette ridicule. Le contenu est parfois beaucoup plus subtil que le contenant.


Titres de l’album :

                          1. Ripping The Sky (Intro)

                          2. Betray Your Heroes

                          3. Skinned To be Alive

                          4. Your Spiritual Quest

                          5. Let The Evil Flow

                          6. Depravity

                          7. Criminal Scum

                          8. The Soulcrusher

                          9. Forevermore

                         10. Spawn Of Plagues

                         11. Metal Thrashing Mad (ANTHRAX cover)

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par mortne2001 le 03/01/2020 à 17:32
80 %    116

Commentaires (2) | Ajouter un commentaire


Buck Dancer
@191.85.190.114
03/01/2020 à 18:52:32
Donc, ce genre de pochette peut exister en 2020...
( Sinon le Thrash Allemand c'est pas pour moi )

LeMoustre
@93.4.16.166
06/01/2020 à 14:57:07
Sympa la chronique sur ce groupe pas plus reconnu que ça en France. Sur "Nevermore", ils ont clairement adouci leur propos, en incorporant de la rythmique plus sage, mais au delà de la "jolie" pochette, c'est un disque qui m'a l'air varié. Le titre en écoute "Criminal Scum" pue en effet le Kreator du début des 90's à fond.

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A voir ce que ce génie de Tuomas nous a concocté...


Non pas encore mais si l'annonce a été faite, un extrait ne devrait plus tarder maintenant.


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Oui le midi est vaste et la Lozere en fait à peine partie. Je trouve que tout de même à Montpellier il y a un paquet de groupes qui passent et ceci grâce à la secret place .


Le "renouveau" n'aura pas duré longtemps en effet...


Du death métal on ne peut plus classique mais les morceaux en écoute sont vraiment bons.

Malheureusement, en lisant les commentaires YouTube, j'ai appris que le chanteur était décédé l'été dernier.


Excellents extraits, comme vous les gars. Voilà un type qui se bonifie avec le temps, sans perdre son agressivité. Un sent une progression à travers ses albums, il est à parier que celui-ci ne fera pas tâche (le riffing de "Luciferian Sovranty" fait mal aux dents).


Pis cela sera très certainement mon cadeau de St Valentin (sic).


Jus de cadavre + 1.


!!! !!! !!! OZZY RULES !!! !!! !!!


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