Inmolación

Fusilated

01/01/2020

Autoproduction

Encore un truc que j’ai déterré de l’underground le plus profond pour vous en faire profiter, mais après tout, l’underground est suffisamment fertile pour qu’on s’intéresse à lui et c’est toujours de son magma grouillant que naissent les légendes de demain. Et peut-être que les chiliens de FUSILATED en deviendront une, dans leur pays en tout cas, car leur musique a ce côté abrupt qu’on retrouvait chez le HELLHAMMER de 83, et cette absence de compromission caractéristique des débuts du Black, alors même qu’on ne l’appelait pas encore comme ça. D’ailleurs, pour bien marquer leur affiliation, ces musiciens se placent sous une égide de Blackened Thrash, ce qui en dit long sur leur passion bruitiste et occulte. Formé en 2019, ce trio de Chillán n’a même pas pris la peine de commencer sa carrière par une logique démo ou un évident EP, et s’est immédiatement lancé dans le grand bain du longue-durée, nous proposant Inmolación en tant qu’hors-d’œuvre de sa carrière. Pedro Gálvez (batterie/basse), Manuel Gajardo (guitare) et Álvaro Gálvez (chant) nous offrent donc dix compositions, agencées de façon un peu bizarre, avec deux segments très courts en intro, une ambiance glauque et inquiétante, et un son global digne d’une bonne démo des années 80. Un genre d’approche quatre pistes qui confère à cet album une patine un peu spéciale, comme un secret pour initiés qu’on se vend sous le manteau, et qui révèle les fondements de la scène chilienne la plus dissimulée dans les ténèbres. Difficile toutefois de vraiment définir la philosophie de FUSILATED, qui joue en effet un genre de Thrash diffus et légèrement Black, mais qui dans les faits pourrait aussi s’affilier à un Death amateur, à un Black raisonnable, et en tout cas à un extrême bricolé dans une cave et qui unirait deux passions, celle du Thrash bestial sud-américain des années 80, et celle d’un BM naissant tel qu’il était pratiqué par MAYHEM sur ses premières années. D’ailleurs, la piste de Deathcrush semble celle à suivre pour comprendre un morceau comme « Muerte Por Demencia », en mettant de côté les affolements de blasts soudains.

Le tout n’est pas parfait, loin de là même, mais dégage un agréable parfum d’amateurisme passionné. Le trio sait s’y prendre pour distiller des atmosphères primaires, un peu gauches mais subtilement noires, à l’image du poisseux « Inmolación », le premier véritable titre de cet album. Entre une guitare sommaire dont la distorsion semble souffrir d’un manque de puissance, une batterie minimaliste qui taquine le Heavy/Doom, et un chant lointain enterré dans le mix, la prise de contact est étrange, mais le résultat charmant. On se replonge dans les premières années de transition entre un Thrash encore fortement influencé par la NWOBHM et le Punk, et un Thrash plus maléfique, qui commence à utiliser la double grosse caisse pour se montrer plus puissant et qui lance des incantations plus evil que la moyenne. Le genre de démo que Metalion chroniquait à la chaîne en quelques lignes encombrées d’onomatopées, et qui a plus ou moins défini la direction que l’extrême allait prendre dans les mid eighties. FUSILATED se fend même d’une reprise basique et raw du « Lost Wisdom » de BURZUM, histoire de bien souligner ses racines BM, et en propose une version très rachitique, au son décharné, avec un chant blindé d’écho pour mieux singer les méthodes de notre cher Count Grishnackh. Evidemment, le fan de Blackened Thrash mainstream aura du mal à se passionner pour ce produit plus underground qu’une démo de DARKTHRONE des années 90, mais celui qui aime son Thrash poussiéreux, mal dégrossi et sincère se prendra de passion pour ces échos d’un autre temps, pour ces craquements vinyliques, ces accélérations qu’on n’entend pas venir car la caisse claire est complètement étouffée par la grosse caisse, et pour ces blasts à peine discernables sur le lapidaire « Deshumanizado ».

Les morceaux oscillent entre des durées radicalement opposées, le trio se lâchant à plusieurs reprises au-delà des cinq ou six minutes, mais ne rechigne pas à bombarder l’auditeur avec des inserts brefs et épileptiques, comme cet irrésistible « Contingencia » aux nombreux plans qui s’enfilent à grande vitesse, et à la basse gonflée aux entournures. Le groupe ose même l’insert mélodique et acoustique pour enrichir son travail, et nous calme d’un délicat « Chernabog » avant de nous fracasser d’un « Desde Las Profundidades » sans pitié. La fin de l’album révèle d’ailleurs les deux titres les plus ambitieux du répertoire, qui représentent presque un tiers du métrage, et qui privilégient les plans lourds et oppressants. Une fois passée l’épreuve de cette distorsion qui geint et semble émaner d’un passé depuis longtemps oublié, de cette production at home (Pedro Gálvez, le batteur s’est chargé de l’enregistrement, du mixage et de la mastérisation), et de ce Crossover un peu bâtard sur les bords, on apprécie l’attitude de musiciens sans compromis, qui rendent hommage à l’histoire de l’extrême à leur façon, en restant simplement…extrêmes. Et si leur musique se rapproche plus d’un BM ancien que d’un Thrash assombri, on excuse facilement ce manque d’équilibre, ce LP aux allures de démo possédant un cachet assez unique en son genre. D’ailleurs, le groupe termine son effort par un ultime jet totalement crade n’raw, « Holodomor », qui empeste le Punk Black anarchique aux changements de tempo épidermiques et au chant encore plus démoniaque qu’un discours de Trump. Envisagez plutôt Inmolación comme une démo gonflée en LP, et vous apprécierez la foi de ces chiliens sur qui le temps n’a pas eu d’impact.                    

                                      

Titres de l’album :

01. Mors Autem Quaeritis Nazarenum

02. Arraigado A Una Cruz

03. Inmolación

04. Muerte Por Demencia

05. Lost Wisdom (Burzum Cover)

06. Deshumanizado

07. Contingencia

08. Chernabog

09. Desde Las Profundidades

10. Holodomor


Facebook officiel

Bandcamp officiel


par mortne2001 le 29/12/2020 à 17:20
72 %    120

Commentaires (0) | Ajouter un commentaire

pas de commentaire enregistré

Ajouter un commentaire


Derniers articles

Olivier Verron _ Interview Conviction

Simony 27/01/2021

Interview

Voyage au centre de la scène : ASSHOLE

Jus de cadavre 17/01/2021

Vidéos

Eluveitie + Korpiklaani 2010

RBD 08/01/2021

Live Report

Sélection Metalnews 2020 !

Jus de cadavre 01/01/2021

Interview

Welcome To My Nightmare

mortne2001 26/12/2020

From the past

IXION : entretien avec Julien

JTDP 16/12/2020

Interview
Concerts à 7 jours
Tags
Photos stream
Derniers commentaires
Kairos

"Embrasse moi, j'ai le scorbut !"

28/01/2021, 09:08

Bones

"Quand on a la bouche qui sent les pieds, c'est qu'on a les dents qui se déchaussent."

28/01/2021, 07:06

Perry

Punaise, ce que c'est nul!

27/01/2021, 20:41

Bones

J'ai jamais pu encaisser les QCM.

27/01/2021, 16:44

Humungus

Moi penser tout pareil.

27/01/2021, 15:56

Solo Necrozis

Pareil, c'est quoi l'objectif, avoir Oranssi Pazuzu dans Taratata ? Je ne comprendrai jamais ce désir d'être accepté par une industrie qui n'a presque rien d'artistique et pour qui la musique est un produit à écouler en espérant en(...)

27/01/2021, 15:30

Arioch91

Meilleur album Black à capucheMeilleur album de pouêt-pouêt Metal à bouée (on enlève Alestorm sinon c’est pas du jeu)nanmé

27/01/2021, 15:17

Buck Dancer

"c'est comme le sexe, au début tu chatouilles un peu les parties visibles et seulement après tu explores en profondeur"... et c'est là où ça fait mal !!! 

27/01/2021, 15:05

Simony

Je pense que l'on peut creuser l'idée des catégories, il y en a des biens dans tes propositions Jus de cadavre  (...)

27/01/2021, 14:33

RBD

Hail of Bullets, l'excellence va decrescendo du premier au troisième album. Dans la discographie de Martin van Drunen il faut aussi citer le deuxième album de COMECON, "Converging Conspiracies", u(...)

27/01/2021, 13:25

Jus de cadavre

Les 13 catégories des Victoires Rock et du Metal 2021 !Meilleur album de Bestial War Black MetalMeilleur album de PorngrindMeilleur album de NSBMMeilleur album de Crust Punk à chienMeilleur album HM-2 Entombed-likeMeilleur album Black Metal (...)

27/01/2021, 12:11

Gargan

Quand je vois la dénomination "rock/metal", ça me fait fuir, gros effet répulsif. Non pas que j'oublie les racines blablabla mais là, ça me fait penser à de l'édulcoré pur jus, un peu comme rtl2 et son "son pop/rock&(...)

27/01/2021, 08:46

Arioch91

@Bones : merci pour Hail of Bullets, je préfère ce que je suis en train d'écouter (le premier) à ce Necroceros. Ca m'emballe bien plus alors je pense rattraper mon retard du côté de HoB plutôt que d'Asphyx.

27/01/2021, 08:07

Kairos

Ouais dsl j'ai été un peu sec, mais l'autre andouille est venu gratuitement me baver sur les rouleaux... J'aurais dû employer l'adverbe "cordialement" à la fin de mon précèdent post. 

26/01/2021, 16:03

Bones

Mouais, mais par contre je vais rapidement le réécouter pour voir si mon approche a évolué. C'est vrai qu'il est réputé...  j'ai sans doute raté le coche.

26/01/2021, 13:14

Arioch91

@Humungus : SIC... And Destroy !   Comme disait Coluche : la politique ? C'est quand on est poli et qu'on a(...)

26/01/2021, 10:45

Arioch91

@Humungus : je confirme pour The Rack. Plusieurs fois j'ai essayé mais sans jamais accrocher.Y a des albums comme ça

26/01/2021, 07:56

Humungus

Toujours "intéressant" (SIC !!!) quand la politique s'insère ici... ... ...

26/01/2021, 07:38

Humungus

Ne pas "rentrer" dans "The rack" ?!?!Bizarre étant donné la monstruosité de cet album...Quoi qu'il en soit, je plussoie sur HAIL OF BULLETS !Pis n'oublions pas le merveilleux GRAND SUPREME BLOOD COURT non plus hein !!!(...)

26/01/2021, 07:35

Arioch91

@Bones : merci pour l'idée, vais m'écouter les trois albums de Hail of Bullets, juste histoire de rattraper mon retard concernant le père Van Drunnen.

25/01/2021, 20:12