No Sign of Relief

The Cruel Intentions

21/09/2018

Indie Recordings

Vous connaissez cette friandise roublarde que nos amis anglo-saxons appellent très justement le jawbreaker ? Un truc qu’on suce ou qu’un croque, assemblage de plusieurs couches de sucre successives qui vous caressent la langue avant de vous déboîter la mâchoire et de vous cramer la glotte ? Le genre de confiserie qui résume à elle seule les surprises de la vie, les sensations douces/amères, et les pains dans la tronche après les câlins ? On en a même fait un teen movie, plutôt fun au demeurant, mais on vient surtout d’en sortir une métaphore musicale absolument parfaite et fidèle. Mais plus que des Etats-Unis ou du Canada, cette transposition Rock nous vient une nouvelle fois de Norvège, où Oslo prend de plus en plus des airs de la Californie des années 80…Froid le climat ? Pas dans les studios ni dans les clubs si j’en crois la température dégagée par le premier album des fripons Glam de THE CRUEL INTENTIONS…Formé à l’orée de 2015, par le chanteur Lizzy DeVine, ex-VAINS OF JENNA, combo pur L.A juice,  Mats Wernerson, Kristian Solhaug et Eiliv Sagrusten, avant que ce dernier ne cède sa place sur le tabouret de batteur à Robin Nilsson, ce quatuor aux aspirations claires et pas nettes vient de frapper un double grand coup, en sortant le LP le plus exubérant de cette année 2018, et en trouvant refuge chez le label historique Indie Recordings. Label d’ailleurs plus habitué aux exactions Post ou aux dérives arty, qui se frotte les mains de cette bonne affaire, sentant certainement le vent de la folie tourner en faveur de ses poulains, qui ne sont pas les derniers à humer l’air du Sunset entre deux hymnes juvéniles à rendre les FASTER PUSSYCAT verts de jalousie de s’être fait piquer leur eye-liner. Avec des tronches correspondant parfaitement à leur emploi, ces quatre amateurs de party all night long ont tout lâché pour leur présentation, réconciliant de fait la moue boudeuse des NEW YORK DOLLS, l’attitude punky des collègues de BACKYARD BABIES, et la fronde excessive des PRETT BOY FLOYD, sans jamais se départir d’un sens du groove purement Rock N’Roll hérité du SMITH et des frères ennemis Richards/Jagger.

Pour être tout à fait honnête, et puisque je ne connaissais pas le groupe avant de jeter mes oreilles incrédules sur leur travail, autant dire que ce No Sign of Relief m’a bien retourné les tripes et fait valser les valseuses en toute objectivité. Dans la même veine qu’un Faster Pussycat, et aussi jouissif qu’un Backyard Babies, ce carton d’invitation pour une fête permanente à les arguments de ses excès, et les excuses de ses affronts. Doté d’une production un peu rauque mettant le Rock en vedette, il aligne les hymnes teenage comme les punchlines lucides, et nous assomme d’un enthousiasme débordant, le confinant à l’euphorie, puisqu’en respectant une durée globale de trente-cinq minutes, la redite n’est pas de mise et la nonchalance pas plus. Et si l’image du jawbreaker m’est si facilement venue à l’esprit, c’est certainement parce que ce bonbon maléfique est aussi la première douceur offerte par les norvégiens, qui commencent sur les chapeaux de roue, même pas décoiffés dans leur décapotable Sleaze pour cause d’abus de laque. Batterie d’intro qui tonne, petit lick hésitant et approximatif en arrière-plan, pour un soudain déluge de riffs adolescents qui vous collent une crise de priapisme digne d’une érection face à un poster de Debbie Harry. C’est turgescent, mordant, sans complexe, mais surtout à l’image d’une rue que certains n’ont jamais pu quitter, après avoir laissé leur enfance de côté sur les trottoirs de la vie. Aussi Punk qu’un ongle de pied de David Johansen, mais aussi Glam qu’un hit des BLACKRAIN ou des BACKYARD BABIES, cette mise en bouche arrache la gueule et laisse un peu pantois, d’autant plus qu’elle est enchaînée sans transition avec « Reckoning », ne faisant pas plus preuve de calme et de sérénité.

Chant gouailleur comme un vendeur de tapis en crise de fin de mois, avec ce timbre inimitable de Lizzy DeVine qui a largement eu le temps de roder ses organes du côté de la Californie avant de déménager à Oslo rejoindre sa nouvelle bande, distorsion juste assez crade pour empester les bas-fonds dégoulinant de bourbon bon marché, rythmique simple mais qui pilonne grave, et évidemment une grosse louche de chœurs fédérateurs, genre manif de lycéens pour réclamer des uniformes plus sexy pour les filles. Tout ça sniffe la luxure et l’ambivalence à plein nez, puisque les quatre félins aux griffes pointues ne se gênent pas pour évoquer les misères de la vie, et surtout, sa dualité d’espoir et de déprime, ou de douleur et de plaisir. Loin d’être de jeunes cons en mal de cause en promo, les THE CRUEL INTENTIONS se veulent les boots sur terre, juste assez concernés pour faire partie de la société, mais suffisamment écervelés pour croire que le Glam Rock peut encore sauver le monde. Et entre leurs références finaudes et autres allusions décalées (« Genie’s Got a Problem », les RAMONES passés à la moulinette Pop-Punk des nineties, avec cette patine DESCENDENTS qui sent bon le facteur à midi et quart), leurs problèmes existentiels sur fond de riff que les AIRBOURNE auraient pu replacer entre deux volées de binouze braquée (« Weekend Suffering »), l’heure est à la decadence dance, et aux refrains qu’on reprend en chœur. Profitant de l’expérience d’une carrière passée bien rodée, les norvégiens passent en revue le catalogue du Rock façon Glam avec une dextérité incroyable, adoptant même le déhanché si particulier de la paire Tyler/Perry sur un « Borderline Crazy » à vous rendre dingue de jalousie. Et alors qu’on se dit que tout ça va bien finir par marquer un temps d’arrêt histoire d’aller pisser, « Check Your Head » nous la joue Heavy, tout en gardant ce détachement le confinant même à l’inconscience, pour une énième virée downtown à la recherche de la vérité.

Carburant à l’innocence perdue et à la réalité, No Sign of Relief ne montre en effet aucun signe de guérison possible, et avance le port altier mais la dégaine relâchée, pour un concert en studio qui laisse présager de prestations live incendiées. Aussi futile que le premier NEW YORK DOLLS, mais aussi essentiel qu’une compile des HELLACOPTERS, il court, détale, et fonce bille en tête sans se demander de quoi ses lendemains seront faits, puisque seul compte l’instant. Et l’instant, ce sont onze morceaux qui mélange le pétillant d’un rêve bubble-gum et l’amertume d’un réveil le lundi qui assomme, spécialement lorsque l’ambiance se durcit un peu sur « Everybody Riot ». Et avec quelques injonctions à la clarté majeure (« Go Fuck Yourself », addictif comme un inédit de Marc Bolan passé à la moulinette des frères Binzer), des raccourcis lippus qui rendent velu (« Chaos In a Bombshell », et ses « gnagnagnagna » purement puérils mais intensément cathartiques), et un final aux accents Bluesy qui stimule encore un peu les papilles sans gimmick de pacotille (« Devilicious »), on se retrouve complètement dépassé par le délire d’un album totalement assumhalluciné, qui illumine la nuit de néons brillants, et qui assombrit le jour de cris et de sang. Sans tomber dans l’hagiographie programmée, THE CRUEL INTENTIONS est probablement ce qui est arrivé de mieux au Glam depuis l’appropriation des bas-résille par les hommes, et se place dans le peloton de tête des albums les plus efficaces de l’année, sans discussion possible. De toute façon avec un jawbreaker dans la bouche, essayez donc d’argumenter sans baver.      

 

Titres de l'album :

                            01 Jawbreaker

                            02 Reckoning

                            03 Genie’s Got a Problem

                            04 Weekend Suffering

                            05 Borderline Crazy

                            06 Check Your Head

                            07 Sick Adrenaline

                            08 Everybody Riot

                            09 Go Fuck Yourself

                            10 Chaos In a Bombshell

                           11 Devilicious

Site officiel

Facebook officiel


par mortne2001 le 12/10/2018 à 15:46
95 %    498

Commentaires (0) | Ajouter un commentaire

pas de commentaire enregistré

Ajouter un commentaire


Derniers articles

Jon _ interview d'un homme multi-facettes

Simony 23/11/2020

Interview

Future World

mortne2001 23/11/2020

From the past

Voyage au centre de la scène : les fanzines

Jus de cadavre 22/11/2020

Vidéos

Rammstein 2005 (Volkerball)

RBD 16/11/2020

Live Report

At The Mill _ Live Stream Performance

Simony 07/11/2020

Live Report

Dahey OWM

Simony 01/11/2020

Interview

Fear Factory + Misery Index 2006

RBD 28/10/2020

Live Report
Concerts à 7 jours
Saor + Borknagar + Cân Bardd 01/12 : Le Petit Bain, Paris (75)
Saor + Borknagar + Cân Bardd 02/12 : Le Rex, Toulouse (31)
Saor + Borknagar + Cân Bardd 05/12 : Cco, Villeurbane (69)
Tags
Photos stream
Derniers commentaires
RBD

Je suis plutôt pessimiste, les rassemblements de ce type seront à mon avis l'ultime activité à redevenir autorisée avant le retour complet à la normale. Ils reviendront, mais en dernier. Ceci dit, les institutions catholiques viennent d'obtenir d(...)

29/11/2020, 19:33

mortne2001

"Pis de toute façon, moi, dès que cela sonne comme SLAYER j'achète de suite donc... ... ..."Je ne peux pas me battre contre ce genre d'argument, puisque j'utilise les mêmes

29/11/2020, 19:02

Gargan

4eme épisode, toujours aussi bien. Maintenant je les imagine jouer vetranatt dans la pièce rose haha

29/11/2020, 17:53

Humungus

Je serai bien plus jouasse que toi sur ce coup là mortne2001 :Tu trouves qu'EXHORDER a sorti l'album de sa carrière l'an passé... Bah je pense qu'il en est de même pour EVILDEAD aujourd'hui.Pis de toute façon, moi, dè(...)

29/11/2020, 14:46

Gargan

Beaucoup aimé le précédent (bien que trop court), surtout avec l’epique twelve bells, et ça sent toujours très bon. En même temps, on est rarement déçu avec le père Alan. Ce ne serait pas mal une petite interview soit dit en pass(...)

29/11/2020, 09:13

Oliv

Oui ya de quoi faire chez nous pourtant en catégorie métal français 

29/11/2020, 00:31

MorbidOM

Si tu t'en fous complétement pourquoi exhumer un post qui date de 8 moi ?

28/11/2020, 19:39

Je m\'en fou complètement ça reste un putain de bon groupe

Je m'en fou complètement ça reste un putain de bon groupe 

28/11/2020, 17:41

Forza

Ca a déja une autre gueule que les victoires de la musique chez nous avec Louise Attaque et Etienne Daho (!) en catégorie rock. Je pense également que le trophée va revenir à Power Trip, non seulement parce que c'est mérité, mais a(...)

28/11/2020, 16:09

POMAH

J'avais bien compris Humungus, je voulais pas t'induire en erreur. ;)Par contre le reste de l'album je suis pas plus emballé. Première galette du groupe que je trust pas complètement...

28/11/2020, 12:55

metalrunner

Leur meilleur album un sacré souvenir.

28/11/2020, 10:47

Humungus

Je ne connais que le premier et dernier nominé...Sans conteste (malgré toute l'admiration que j'ai pour Mr Ice T), mon vote va vers POWER TRIP.LE titre cassage de gencive !

28/11/2020, 10:27

Humungus

Attention hein ! Je n'ai absolument rien contre "les synthés sous champi" (bien au contraire d'ailleurs). Le reste de l'album en usant avec splendeur, mais sur ce titre, la mélodie, comme je le disais au dessus, est bien trop teinté Prog'. Et com(...)

28/11/2020, 10:24

POMAH

Assez d'accord avec Humungus, j'ai un peu de mal aussi avec le synthé sous champi quoi... Elle est ou la puanteur rampante d'Apparitions ... ?

27/11/2020, 21:30

Oliv

Oui ça va 5 mn les concerts a la tv , halte a l’entrave aux libertés et on ressortira la guillotine pour couper quelques têtes, ça fera une animation supplémentaire. 

27/11/2020, 19:00

Humungus

Le moins bon morceau à mon sens de l'album.Ce synthé Prog me dérangeant énormément...

27/11/2020, 13:51

Gargan

Premier morceau terrible, avec LE son de synthé spatial 70/80s. Tu prends ton jetpack direction les étoiles après quelques IPA.

27/11/2020, 10:05

Jefflonger

Une belle époque les premiers albums de Nightfall. J'ai re écouté mes vieilles k7 à l'annonce de ces rééditions cd et vinyles,  et les imperfections des 2 premiers conservent un petit charme pas trop suranné 

26/11/2020, 21:38

Moshimosher

Bon, je viens de me voir le premier épisode... et c'est vraiment prometteur !

26/11/2020, 16:57

Iron flesh

Merci pour les bon retours ! Hâte d' envoyer ça en live ! 

26/11/2020, 16:14