Il paraît que Glasgow est une ville anguleuse et cruelle, ancien géant de l’industrie depuis longtemps sur le déclin, et qui ne semble voir le jour qu’à l’issue de nuits d’enfer, passées dans des ruelles louches ou derrière des portes fermement bouclées pour ne pas laisser entrer la menace planant à l’extérieur. Le tableau semble légèrement exagéré pour accentuer le poids d’une comparaison sans complaisance, mais s’il se veut réaliste, alors cette ville à tous les arguments contraires pour nous laisser éloignés avec rassurance.

Un plan au biseau, des illusions perdues, une certaine vision d’un  Royaume-Uni qui n’a pas su rassurer ses enfants à temps, et qui a subit nombre de contrecoups qui ont occulté le désespoir de sa population ne gravitant pas dans les faubourgs des grandes agglomérations.

Vous voyez un peu le tableau ?

Non ?

Alors écoutez le premier EP des locaux de DARK HABITS, vous comprendrez mieux la métaphore à peine déguisée avec un enfer de Dante qui continue de brûler notre imaginaire le moins complaisant.

Les DARK HABITS sont donc un trio de Glasgow (Matt Adamson – batterie, Lewis Glass – guitare et Matthew Blanchett – chant), formé en 2016, et qui nous offre aujourd’hui son premier effort en moyenne durée, ce qui suffit amplement à juger et jauger leur potentiel de destruction massive.

Les trois nihilistes pas vraiment en route pour la joie citent à la volée des influences/références comme DEAD IN THE DIRT, ALL PIGS MUST DIE, HIS HERO IS GONE, YOUNG AND IN THE WAY, LORD MANTIS, NAILS, COFFINWORM, TRAP THEM, DRAGGED INTO SUNLIGHT, ou CONVERGE, et il est certain qu’en mélangeant dans votre shaker mental tous ces sons/noms, vous obtiendrez l’équilibre imparfait proposé par les gallois sur Cave Paintings.

Si l’effort est trop intense, un simple coup d’œil à la pochette, au titre, suffiront pour piger que le trio n’est pas là pour alléger votre conscience ou soulager votre mal de vivre.

Avec un son travaillé aux Glassworks Studio par Lewis Glass, les trois acolytes ont développé une ambiance délétère et mortifère, qui semble prendre un malin plaisir à enterrer bien profond les dernières illusions de grandeur d’un monde à l’agonie, qui ne sait même plus quoi faire pour mourir dignement.

Le constat semble légèrement pessimiste ?

Il est à l’image d’une musique qui a occulté toute lumière pour se focaliser sur les ténèbres d’un Hardcore vraiment sale et puissant, tirant sur le Dark et le Blackened Core le plus abrasif mais aussi le moins contemplatif.

Tout ceci est très puissant, mais aussi très maladif. Si les clins d’œil torves adressés en direction des NAILS et TRAP THEM sont les plus voyants, le groupe a aussi retenu quelques leçons du CONVERGE le plus traumatique, et les changements abrupts de tempo sont là pour le prouver.

Des morceaux courts qui étalent leur lucidité cruelle sans ambages sur la table de la conscience collective Core, et le voyage de douze minutes passe assez rapidement, comme si nous étions assis dans un car en destination des quartiers les plus mal famés de Glasgow, sans espoir d’étape.

Une production qui a su faire le lien entre la violence américaine et la froideur scandinave, et un groupe recentré et concentré qui n’a retenu que les motifs les plus lourds et suffocants, histoire de nous noyer dans le bain de leurs désillusions.

Au final, un produit hautement compétitif, qui replace l’Ecosse sur l’échiquier de l’extrême européen de la plus agressive des façons.

Et loin de se reposer sur quelques riffs et autres astuces rythmique éprouvées, les Ecossais abusent aussi du feedback, de samples bien disséminés, et d’un chant à la limite de l’abomination totale pour nous convaincre du bien-fondé de leurs théories somme toute assez pessimistes.

Il suffit pour s’en convaincre et sombrer dans la dépression de jauger du potentiel d’enchaînement de « Black Tabs » et « Porcelain Dreams », qui en moins de quatre minutes à eux deux, annihilent toute résistance et opacifient le panorama d’un Darkcore à tendance Crust tenace et menaçant.

Mais « Self-Exorcism » et son titre provoquant accentue encore plus le malaise, et abuse d’une basse en circonvolutions de distorsion extrême, et d’un chant lointain qui exhorte le diable à rester bien au chaud dans son micro. On tombe alors dans une sorte de transe Post Hardcore souillée de BM abominable, comme un torture-porn pour les oreilles qui tétanise et désorganise notre défense naturelle.

Affreux, mais cathartique.

Des amateurs ? Sans doute quelques fans de GNAW THEIR TONGUES ou VERMIN WOMB peut-être…

Heureusement (ou pas), « Wishful Thinking » allège un peu le poids de l’oppression sonore, en tentant le coup du mid tempo hargneux comme une bande de désaxés oisifs, et lâche même un beat accrocheur dégénérant soudain en déluge de plomb de double grosse caisse sortie de sa catatonie.

Les blasts opèrent une transition brutale avec les stridences de « Wildwood Spires », qui reviennent tourner autour du cadavre d’un Blackcore malsain et lacéré de dissonances, tandis que les guitares se souviennent des tours de poignet d’Alex Hellid et Uffe Cederlund…

On nage alors en plein courant descendant de Crust suédois et d’Induscore typiquement anglais, brutalement interrompu par un radeau final en forme de planche de salut Ambiant, pas forcément apaisant, mais au moins plus…supportable.

« Pity » s’accorde de samples posés délicatement sur un tapis de notes de guitare asymétriques et atmosphériques, et se noie pendant deux minutes dans le spectre d’une époque fort peu portée sur l’empathie, nous entrainant dans sa folie nocturne/diurne désabusée….

Triste fin pour un constat en forme d’impasse…Glasgow serait-elle la ville de toutes les désillusions ?

C’est en tout cas ce que les DARK HABITS semblent suggérer. De sales habitudes qui ont abouti à la genèse de peintures rupestres dans une cave de répétition salie de sons graves, et encombrée de fantômes de rêves mort-nés.

Ou plus prosaïquement, un nouvel essor vénéneux pour un Hard-Core haineux qui provoque et fouille dans les décombres d’un BM encore fumant ses impulsions les plus néfastes.

Pas rassurant, ni exultant, mais sincère dans son refus d’espoir assumé. Et assommé.


Titres de l'album:

  1. Black Tabs
  2. Porcelain Dreams
  3. Self-Exorcism
  4. Wishful Thinking
  5. Wildwood Spires
  6. Pity

Bandcamp officiel


par mortne2001 le 27/06/2017 à 17:14
78 %    414

Commentaires (1) | Ajouter un commentaire


Jus de cadavre
membre enregistré
28/06/2017 à 05:16:40
Je vais m'envoyer ça avec attention, vu les influences citées, ça risque de me plaire...

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Oui enfin darkthrone , seulement Nocturno Culto avec Satyricon pour 4 morceaux si je me souviens bien.
Sinon je m'inquiète pas pour Wacken, c'est complet depuis 2006 au moins !


Je passe mon tour aussi. cela dit j'aime bien le clip enfin du moins l'ambiance qui règne.