La rareté d'un album ajoute-t-elle une plus-value à ses qualités musicales ? C'est la question que nous sommes en droit de nous poser en traitant du cas de cette réédition proposée par le label américain Shadow Kingdom, qui nous offre aujourd'hui en édition deluxe le seul et unique LP d'un obscur combo national dont peu d'entre vous ont dû entendre parler. Je l'avoue moi-même, je n'avais jamais croisé la route des ANGEL OF MERCY avant de lire le mail promo de la maison de disques, et pour cause...Ce groupe a fait partie en son temps de la partie de la scène la plus underground de Las Vegas, ville peu réputée pour son agitation Metal, même perdue dans des années 80 qui pourtant n'en pouvaient plus de s'enthousiasmer pour ce style. L'histoire même de ce combo de l'ombre n'est pas franchement banale, puisque sa formation remonte à l'orée même de cette décennie, lorsqu'en 1980 le chanteur/guitariste David St.James décida de se lancer dans une aventure musicale empreinte de ses influences, les sempiternels LED ZEPPELIN, BLACK SABBATH, KISS, RUSH et JUDAS PRIEST qu'il avait décidé d’accommoder à sa propre sauce. Cette anecdote qui n'aurait pu être qu'un détail découla pourtant sur une longue période de silence/préparation, qui ne dura pas moins de sept années avant que le courageux musicien ne parvienne enfin à réunir un line-up digne de ce nom. C'est donc au milieu des eighties qu'il réussit à trouver les acolytes idoines, et la petite troupe loua donc une maison afin de préparer son grand soir et de donner quelques concerts devant un public choisi mais fourni...Le dit public trouva la musique fort à son goût, et l'ensemble décida donc de se lancer dans l'enregistrement d'un premier album, à compte d'auteur. Loin de viser une quelconque distribution à moyenne ou grande échelle, les ANGEL OF MERCY s'en servirent pour trouver des dates et éventuellement intéresser des labels croyant suffisamment à leur art pour y investir quelques deniers, mais l'aventure se termina tout net, avant même que le groupe n'ait eu le temps de dessiner les plans d'une carrière future...

Depuis, la légende a fait son office, et l'objet en question, The Avatar, est devenu l'un des collectors LP les plus recherchés et prisés des passionnés, qui n 'ont pas hésité à le faire passer de main en sous-main pour des sommes indécentes, dépassant parfois le millier de dollars. La question se pose donc, que j'ai brièvement énoncée en préambule, à savoir si The Avatar au-delà de son aspect culte méritait un tel acharnement de fondus afin de voir enfin le jour dans une édition abordable et à la hauteur de son mystère impénétrable. S'il est légitime de se demander pourquoi Shadow Kingdom Records a travaillé d'arrache-pied pour retrouver les musiciens responsables de ces quarante minutes de Metal mordant, une simple écoute du produit en question répond à cette interrogation, tant le Heavy Metal aux proportions gentiment épiques des originaires du Nevada méritait bien un traitement à la hauteur de ses ambitions. N'ayant jamais tendu l'oreille sur le LP d'origine en question, je ne saurais dire si le travail de remastering mérite des louanges, mais autant avouer que le traitement subi par cet unique témoignage lui permet de se montrer à la hauteur de productions récentes. On y entend clairement tous les instrumentistes, le mix est parfait d'équilibre, nous offrant une basse ronde et présente, une guitare aux médiums un peu trop prononcés mais délicatement agressive, et un son de batterie mat qui laisse chaque coup porté rester efficient sans se perdre dans le lointain. Et l'un dans l'autre, les morceaux déroulent leur schéma somme toute pas si classique qu'il n'en a l'air, à la croisée des chemins d'un Hard-Rock pas encore débarrassé de ses obsessions 70's, mais qui entrait de plain-pied dans une autre décade vouée à l’esbroufe et au clinquant. S'il est évident que The Avatar, au regard des standards en vogue dans la deuxième moitié des années 80 devait sembler un tantinet passéiste voire rétrograde, tentant de séduire les masses d'un Heavy subtilement progressif, et à la croisée des chemins d'IRON MAIDEN et MANILLA ROAD, il n'en reste pas moins un formidable témoignage de la vitalité underground qui agitait les états les plus éloignés de la Californie. Avec une entame de carrière estampillée 1980, et une foi inébranlable en des références bien marquées, David St.James n'avait pas forcément mis tous les atouts de son côté pour séduire des foules plus portées à ce moment-là sur la violence du Thrash où l'ambivalence sexy du Glam, mais en restant honnête, sa musique avait largement de quoi attirer dans ses filets les véritables amoureux d'un Heavy Metal légèrement progressif et ambitieux, qui rappelait même par moment la magie de Seattle des sublimes HEIR APPARENT, dans une version plus agressive et brute. Mais en tant que leader naturel, David disposait d'un filet de voix parfaitement convaincant, et développait un jeu de guitare efficace et pertinent, autant en rythmique qu'en solo. Une bonne dynamique donc, et surtout, un gros travail fourni par la rythmique, se rapprochant des cavalcades bénies de Nicko McBrain et Steve Harris («The Avatar »), mais aussi l'ombre des RUSH planant bas au-dessus des titres les plus construits, qui n'hésitaient jamais à enfiler les plans sur la corde d'une structure simple, mais propice aux ornements les plus précieux.

Composé à l'époque de onze morceaux tous aussi variés qu'offrant une cohérence globale indéniable, The Avatar offrait un regard de biais sur l’underground US, dont certains représentants n'étaient pas encore prêts à céder aux sirènes de la mode, préférant taper du pied sur un boogie endiablé, réconciliant les universels RUSH et les barbus de MANILLA ROAD (« Victim Of The Change »). Mais en écoutant le magique et malicieux « Angel of Mercy », hymne parmi les hymnes, on se dit à posteriori que si le groupe avait bénéficié du soutien qu'il méritait, il aurait pu connaître les joies d'une carrière un peu plus longue, et aurait certainement pu séduire les signataires de Black Dragon, rompus à l'exercice du refus des modes.

Alternant avec flair les passages ébouriffés et héroïques et les instants plus modérés et romantiques, les ANGEL OF MERCY incarnaient avec bonheur un versant plus méconnu de l'histoire du Hard-Rock made in USA, à cent lieues des coutumes de l'époque, dont ils ne devaient même pas soupçonner l'existence, enfermés dans leur propre monde (« Journey To The Master »). Ce qui ne les empêchait nullement de faire la jonction entre les deux décennies, lorsqu'ils se lançaient dans un déhanché torride (« The Last Encounter »), ou lorsqu'ils décidaient d'adapter les canons de la NWOBHM à un tir de barrage symptomatique de la SWOAHM (« Break Away »). En gros, une musique beaucoup plus fouillée que cette pochette somme toute assez malheureuse dans son trait, et une envie qui aurait dû entraîner une suite moins tronquée. C'est donc ce que Shadow Kingdom Records leur offre à titre posthume, via cette réédition qui va permettre au public de découvrir un groupe que le label lui-même à adopté dans les années 90, décidant alors de jeter tous ses efforts dans la bataille pour enfin offrir à cet album la lumière qu'ils jugeaient largement méritée. Nous aurons donc droit à de multiples versions, CD, tape et LP, toutes disponibles sur le site du label, mais aussi chez votre revendeur virtuel préféré, à des prix assez variés. Notons quand même, et le détail est de taille, que cette réédition vous donne la possibilité de vous pencher sur les débuts du groupe et bien plus, en vous plaçant sur un second CD un bon paquet de démos et autres enregistrements avortés (quatre morceaux en studio à Las Vegas, 1983, une session interrompue aux IMR studios de 1992, quelques titres inédits), pour un ensemble qui vaut largement les dix petits dollars pour lesquels The Avatar édition deluxe en CD vous sera cédé.

Alors oui, parfois, la côte de rareté d'un album peut-être un bon indicateur de ses qualités. Pas étonnant dès lors que certains fans aient jugé pertinent de dépenser des centaines de dollars pour acquérir ce vinyle hors du temps, qui finalement, aurait mérité une place beaucoup plus importante dans l'histoire du Heavy Metal US, pourtant pas avare de seconds couteaux méconnus et ignorés. Et cette réédition qui témoigne d'un amour inconditionnel du travail bien fait me permet de saluer la dévotion des labels œuvrant dans l'ombre pour dénicher des perles, passant un temps fou à récupérer des droits, à retravailler des bandes pour les réactualiser, et ainsi, rendre à César ce qui lui appartient, à la plus grande joie des amateurs d'un underground qui a vu bon nombre de ses héros tomber pour la cause. Chapeau bas donc à Shadow Kingdom Records pour ce petit morceau de légende bradé à dix dollars, et maintenant la balle ANGEL OF MERCY étant dans votre camp, je ne saurais que trop vous conseiller de la saisir au vol, sous peine de la voir s'échapper pour de bon et retomber dans un oubli qu'elle ne mérite absolument pas.   


Titres de l'album:

1. In the Beginning
2. Angel of Mercy
3. Chained to a World
4. Soul Searcher
5. Break Away
6. Metamorphosis
7. The Avatar
8. Victim of the Change
9. Journey to the Master
10. The Last Encounter
11.The Succubuss
12. The Succubuss [Demo 1983]
13. Soul Searcher [Demo 1983]
14. The Avatar [Demo 1983]
15. The Last Encounter [Demo 1983]
16. Enter the Abyss [Rehearsal, 1992]
17. In the Beginning [Rehearsal, 1992]
18. Angel of Mercy [Rehearsal, 1992]
19. Metamorphosis [Rehearsal, 1992]
20. The Journey Begins [Unreleased Lead-In Track]
21. Chained to a World [Rehearsal] 

Lien album label



par mortne2001 le 15/04/2018 à 18:33
85 %    159

Commentaires (1) | Ajouter un commentaire


Humungus
membre enregistré
17/04/2018 à 08:45:29
Epique à souhait bordel !
Merci mortne2001 pour cette belle découverte.

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J'ai du mal comprendre alors. Je croyais avoir à faire à quelqu'un qui choisi pour toi ce qui est bien ou pas, comme on en croise très souvent en ce moment (et pas qu'en musique hélas !). Donc "conflit" clos ;)
Et bon fest quel qu'il soit !


De Toulouse via un Ryanair. Merci c'est sympa, à priori on se rejoint avec des potes. Je suppose qu'on campera. Mais boire un godet ou plusieurs avec plaisir. Et non perso aucun conflit du moins me concernant, je ne crois pas qu'il y ait matière à.