Question :

Qu’est ce qui dure une demi-heure, qui contient quinze morceaux, mais qui n’est pas un album de Grind ?

Question :

Qu’est ce qui est à la fois Hardcore, Death, Punk, re-Hardcore et presque Grind, mais qui n’est pas un side-projet de Phil Anselmo ou Nicke Andersson ?

Question :

Qu’est-ce qui pue comme un cadavre en putréfaction coincé dans une conduite d’égout sur lequel tous les chiens du quartier ont pissé, mais qui n’est pas un discours de l’extrême-droite ?

Question :

Qu’est ce qui est plus bandant qu’un best-of de Ginger Lynn mais qui n’est pas un calendrier d’Ashley Graham ?

Question :

Qu’est-ce qui sonne comme VENOM sous acide coupant ses ongles de pieds sur une vieille pochette de BULLDOZER mais qui n’est pas signé sur Transcending Obscurity Records ?

Réponse : le nouvel album des flingués américains de NEKROFILTH. En même temps, sans connaître, on pouvait faire confiance au jugement des décideurs de Hells Headbangers pour ne pas nous vendre de la soupe. L’indépendant de l’enfer n’a en effet pas pour coutume d’héberger les premiers clampins venus, mais en s’associant à l’une des unités les plus dangereuses d’outre-Atlantique, le label vient célébrer les festivités de fin d’année à sa façon, en ramonant la cheminée de nos oreilles avec force boucan et autres glaviots sonores. Bon, ne nous voilons pas la face, les NEKROFILTH, on connait au moins depuis 2013 et la sortie du tout moisi (et c’est un méchant compliment) Devil’s Breath, qui mettait plus ou moins les choses au point de sa méchanceté crasse et de sa bêtise classe. Depuis, les choses ne se sont pas arrangées pour le trio (Zack Rose - chant/guitare, Disgustin' Justin - basse et Shaggy - batterie, avec des blazes pareils, inutile de s’attendre à des premiers de la classe…), et on dirait même qu’elles se sont dégradées côté santé mentale, puisque ce nouveau-né visiblement très énervé d’avoir été mis à jour alors qu’il était confortablement lové au creux du placenta de l’imagination bat des records de pourriture, d’impolitesse, de rudesse et d’abrasivité, transformant le premier LP des marsouins en formule de politesse adressée dans un coin. Refusant absolument toute théorie d’évolution, Worm Ritual n’est rien de moins qu’un amas de riffs primaires, de rythmiques binaires de l’enfer, de soli bien pourris, de lignes de chant en gerbes de vomi, le tout dégueulé dans une production qui ne fait rien pour arrondir les angles et embellir le tableau, loin s’en faut. Mais dites-moi ? N’est-ce pas ce qu’on cherche lorsqu’on écoute un album de ces oiseaux ? Si, parfaitement, alors, vos gueules.

Toujours aussi peu maniérés, les originaires de Cleveland (d’abord) et Denver (maintenant), Colorado, nous démontrent en trente minutes qu’on peut être grossier, voire vulgaire, traiter la musique comme la dernière des traînées, et sortir une des œuvres les plus recommandables de cette fin d’année. Tiens, et sans prendre de gants ni se laver les mains, ce second LP fait déjà office de chef d’œuvre chez tous les dépravés, qui sont trop heureux de dégobiller leur bière bon marché au rythme d’une bande-son de débauche désorganisée. Et c’est peu dire que les quinze morceaux de ce « disque » sont autant d’hymnes à la saleté, à la méchanceté, à la crétinerie et aux slogans bon marché, et probablement les meilleurs depuis l’émergence de la vague Blackened Thrash sud-américaine. Sauf qu’ici, on ne fait pas semblant de salir le Rock, on le souille, qu’il soit Metal, Hardcore, Death, ou juste Punk, histoire de le faire sonner encore plus crade qu’une démo des STUPIDS produite par Cronos. D’ailleurs, ces enfoirés (au sens noble du terme) en profitent pour nous servir encore tiède une cover très personnelle du « Poison » de ces chers VENOM, qui rend la version originale présente sur le séminal Welcome To Hell propre sur elle et pétrie de bonnes intentions angéliques. En bonus, à cette occasion, les NEKROFILTH nous torchent le son de basse le plus distordu depuis « Ace of Spades » de MOTORHEAD, dont la discographie n’a pas du tomber dans la gorge d’assoiffés pour rien. On retrouve cette même tendance à purifier le Rock pour le rendre paradoxalement le plus sale possible, et cette philosophie partagée par notre feu Lemmy consistant à mépriser les frontières de genre pour unifier tous les rockeurs sous la même bannière. Evidemment, les américains n’ont pas la classe de leur homologue anglais, qui a représenté un pan de l’histoire musicale moderne à lui seul, mais impossible de ne pas voir en des crachats glaireux de la trempe de « Dead Brain » ou « Cruel Addiction » des transpositions bruitistes des dogmes du sieur Killmister, agrémentés d’une folie typiquement américaine…Alors, on danse ? Non, on pogote, on braille, et on ressort de l’écoute de ce truc en nage, le t-shirt détrempé, et les aisselles encore moins avenantes que la veille.

En gros, Worm Ritual, c’est un peu la philosophie du « qui prend une douche en premier après six mois de tournée est un putain de bobo permanenté ». Excusez la formule, mais elle est justifiée par l’indécence de l’ensemble, qui à aucun moment ne cherche à polir la surface pour mieux nous frotter le grain sur le cul. Toujours prompts à dégainer un riff qui s’incruste dans la seule neurone qui nous reste, Zack Rose n’est en outre jamais contre une fatale accélération sur le champignon, histoire de ramener les débats sur le terrain d’un Thrashcore presque trop vil pour être vrai (« Dead Brain », sérieusement, même GENOCIDE n’a jamais osé), ni à se rapprocher des origines du Grind pour sonner plus Crust qu’une gamelle de REPULSION (« Rot With The Dead, sincèrement, placé sur Horrified, personne n’aurait chouiné). Alors oui, tout y passe, tous les styles, pourvu qu’on rendre la copie tâchée et la chemise froissée. On se croit parfois revenu à l’orée de la gloire du Speed Metal immonde à la brésilienne (« Vomit Dog »), ou aux origines du Thrash le plus britannique dans son absence de flegme (« Repulsed at Birth »), sans compter que ces ours mal léchés n’hésitent pas à abuser du feedback pour mieux nous les briser (« Feast of The Rats », toujours la même, mais on marche quand même). Bon, mais après tout, je ne vais pas vous la faire à l’envers, d’autant que j’ai les poubelles du mois de septembre à sortir. Alors, franchement, si vous n’êtes pas capable de faire une phrase sans y glisser une grossièreté, si vous trouvez que finalement, VENOM n’était rien qu’une bande de gentils déphasés aux grimaces de grenouilles de bénitier, si la production actuelle vous semble si propre qu’elle vous donne envie de gerber, écoutez les NEKROFILTH. Ainsi, vous répondrez à toutes les questions utilisées en intro de cette chronique déjà damnée.  


Titres de l’album :

                           1.Ready to Defile

                           2.Dead Brain

                           3.Rot with the Dead

                           4.Vomit Dog

                           5.Repulsed at Birth

                           6.Night of the Leech

                           7.Cruel Addiction

                           8.Feast of the Rats

                           9.Gutter Oil

                           10.Severed Eyes

                           11.They Took My Skin

                           12.Unbirthed

                           13.Worm Ritual

                           14.Poison (Venom cover)

                           15.Horror of the Crypt

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par mortne2001 le 15/01/2019 à 17:38
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