Missa Pro Defunctis

Reign In Blood

16/08/1989

Iron Bonehead

Un groupe allemand s’appelant REIGN IN BLOOD et chantant une Messe pour les morts ne peut que se faire remarquer dans l’actualité extrême. Surtout lorsque le dit album succède à un premier pile une décade plus tard. Ce combo n’est donc pas des plus pressés de donner de ses nouvelles, eu égard à quelques problèmes de line-up, mais Iron Bonehead, le label germain semble assez fier de nous présenter sa nouvelle signature en allant piocher dans l’underground national. Fondé en 2004 dans la Saxe par le chanteur/guitariste Demon Raise et le batteur Athanasius, REIGN IN BLOOD a d’abord pris le temps d’asseoir sa réputation en rodant son répertoire, et en publiant quelques formats courts et limités, dont la première démo Black Metal Madness Till Death en 2006, puis un split en compagnie des INFERNAL REGENCY l’année suivante en tape cinquante copies, avant de lâcher son premier EP End All Spiritual Sacred Lies! la même année. Puis en 2009, animé de plus grandes ambitions, le combo osa enfin son longue-durée, Diabolical Katharsis, sur l’obscur label Oskorei Bild und Tonkunst, encore une fois en tape cent exemplaires. Ce fut donc les dernières nouvelles de l’enfer qui furent adressés aux fans dont le nombre commençaient à grandir, avant qu’Athanassius et le bassiste Asuras ne quittent le navire pour se focaliser sur leur propre cap. C’est ainsi que Demon Raise et le guitariste Deus décidèrent de cryogéniser leur créature en attendant des jours meilleurs, attendant que la motivation leur permette de repartir de plus belle. Mais la soif de composer du nouveau matériel se fit telle qu’en 2016, le concept fut remis sur les rails, avec un processus d’élaboration bien entamé, qui découle aujourd’hui sur la parution de ce second long, Missa Pro Defunctis aux contours précis et à la violence patente.

Se plaçant sous l’égide d’un BM à l’ancienne, les musiciens allemands (réduits à l’état de duo, Demon Raise - chant/guitare et Malus Deus - guitare/basse) proposent donc neuf nouveaux morceaux qui vont en effet piocher dans les origines du genre de quoi alimenter le bestiaire maléfique, et en acceptant des tendances plurielles et résolument nostalgiques, REIGN IN BLOOD signe un album hors du temps, à la production très contemporaine mais à l’inspiration vintage, mixant les scènes norvégiennes et allemandes dans un même élan de vilénie très formaliste. Ne se réclamant d’aucune obédience autre que celle d’un extrême qu’ils revendiquent et adulent, les deux instrumentistes signent un véritable manifeste de haine comme seuls les allemands savent encore le faire, froid comme la mort, mais incandescent comme une étincelle signalant un énième départ de feu en enfer. Se basant sur des riffs hautement compétitifs et parfois purement Thrash, Demon et Malus parviennent à suggérer la quintessence de l’esprit evil de leur musique tout en soignant des motifs hautement mémorisables, et en peaufinant des ambiances vraiment prenantes. Nous sommes donc loin de la base lo-fi, mais aussi très éloigné des prétentions symphoniques, et quelque part, pas si proche du War Metal si cher au peuple germain, mais plutôt en convergence de ces trois tendances, avec celle très prononcée de chercher à faire mal à la moindre occasion, mais aussi de se rapprocher d’une volonté de coller à l’œuvre classique tout en restant fermement campé sur des positions BM. Une Messe pour les morts aussi crue et violente qu’elle n’est grandiloquente, et qui se hisse au niveau des grandes réussites nationales.        

 

On retrouve donc dans ces neuf morceaux tout ce qui a fait l’essence du Black allemand depuis sa genèse, mais aussi de sérieuses traces d’extrême plus généraliste des années 80/90, spécialement lorsque le tempo ralentit, et que les invectives vocales se parent d’un linceul de douleur. En exergue, le morceau « Anima », longue plainte lente et oppressante de cinq minutes qui évoque le genre de procession qu’auraient pu initier conjointement DARKTHRONE et HELLHAMMER, sous la supervision d’un IMMPORTAL encore plus emphatique que d’ordinaire. C’est un des exemples qui permet de souligner l’extraordinaire travail vocal de Demon Raise, qui vit ses morceaux et vomit ses lyrics en rentrant dans la peau de son personnage, profitant d’un timbre grave et rauque pour nous invectiver, adoptant des postures la plupart du temps menaçantes, mais aussi nostalgiques à l’occasion. Le leader n’a donc rien perdu de sa créativité, et le démontre en signant des titres longs et évolutifs, aux climats prenants, ce qu’on remarque dès la véritable entame (après une intro) « Dawn of a Dying Soul ». Blasts qui déboulent sans pitié, guitare en circonvolutions acides, break lourd et sombre, pour une relecture de tous les canons du BM tamisés d’une lumière nouvelle, et transcendé par un chant vraiment atypique et cruel. On est pris à la gorge immédiatement, et durant quatre-sept minutes, entre plans purement Thrash, allusions Death en filigrane, et désir de catapulter le BM d’hier dans une dimension de demain, via des mélodies travaillés et surtout, des plans de guitare qui ne sont pas que de simples gimmicks de brutalité.

Quelques arrangements épars contribuent à renforcer l’ambiance de déliquescence, mais c’est véritablement l’instrumental qui dégage une puissance hors norme, un peu comme si les impulsions norvégienne et suédoise des années 90 se voyait boostées par une impulsion Thrash allemande des années 80. On le note plus particulièrement sur certains morceaux, dont l’écrasant « Black Hole », qui fonctionne plus ou moins comme un hit de CELTIC FROST repris par les IMMORTAL, et cette recette fonctionne à plein régime, permettant à ce second album de se hisser hors de la masse des productions actuelles un peu trop figées. Mais même lorsque le duo se laisse aller aux convenances du cru, il reste convaincant, à l’image de l’impitoyable « Metamorphose with the Universe » qui écrase tout sur son passage, mais aménage quand même des breaks futés et des transitions bien amenées. Quarante-sept minutes qui se veulent diversifiées, entre l’allusion immanquable à MARDUK (« Wolfhour »), et le mid tempo en mode panzer (« Domus Mortuorum »), pour un résultat probant venant déchirer dix années de silence dans le fracas le plus fertile qui soit. Une Messe pour les morts qui risque fort de les réveiller et de les ramener sur terre, pour un jugement dernier aux allures de massacre symphonique.

   

Titres de l’album :

                          1.Invoke the Shapeless Ones

                          2.Dawn of a Dying Soul

                          3.Black Hole

                          4.Metamorphose with the Universe

                          5.Missa pro Defunctis

                          6.Domus Mortuorum

                          7.Anima

                          8.Wolfhour

                          9.Into Nothingness

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par mortne2001 le 27/09/2019 à 17:27
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10/07/2020, 12:51

y'a pus d'jus

faut dire à BEBERT de pousser son camion ,il bloque la porte du garage et j'peux pas sortir la dépanneuse !

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