Öxxö Xööx

29/11/2019

Blood Music

Encore une chronique qui n’en sera pas une, et pour cause. Dans les années 60, en pleine vague Pop/Blues revival/Psychédélisme, le monde a été cueilli à froid par les œuvres de ZAPPA et de CAPTAIN BEEFHEART, encore plus par les errances noires et nocturnes du VELVET UNDERGROUND. Des artistes qui n’étaient pas inscrits dans leur époque, et dont l’art consistait justement à prendre le contrepied des tendances en vogue. Nul n’achetait les albums de BLUE CHEER ou des STOOGES le sourire aux lèvres pour les porter aux gémonies d’un top quelconque qui n’avait cure de leur audace. Tout ceci pour dire : la musique a beau être un langage universel, il y a des idiomes qui ne sont pas compris par tous. Ainsi, MAGMA, génie pluriforme maudit n’a jamais vendu des millions de disques, mais s’est assuré le soutien d’une frange indéfectible d’un public avide d’autre chose qu’une facilité instrumentale un peu trop typée. THROBBING GRISTLE, PSYCHIC-TV, LUSTMORD, IN SLAUGHTER NATIVES, KING CRIMSON, n’ont jamais bénéficié d’une promotion de masse, et c’est finalement mieux comme ça. Alors inutile de condamner les ÖXXÖ XÖÖX pour leurs excès, ils ne font pas exprès. Ou plutôt si, mais ils ne demandent rien, et surtout pas qu’on les adule aveuglément. Merci encore pour cette chronique casse-gueule qui finalement, pourr(a)it se résumer en quelques mots. Essayez, mais ne venez pas vous plaindre parce que vous n’avez rien pigé ou que le tout est trop bordélique pour vous. Car le concept est un peu le légataire des fortunes précédemment listées. Avec leur sens du contrepied, les ÖXXÖ XÖÖX nous mènent en bateau depuis des années, et pas seulement dans ce contexte précis. Car Laurent « Öxxö Xööx » Lunoir, la tête pensante est de cette race d’artistes qui ne tiennent pas en place, à l’image de Devin Townsend ou Arno Strobl plus près de nous. Il aime cumuler les handicaps et accumuler les performances absurdes. Et ceux ayant déjà écouté un LP de WHOURKR, d’IGORRR ou RÏCÏNN savent très bien de quoi je veux parler.

Aimez, détestez, mais ne restez pas neutre. Tel est le message sous-jacent inscrit en filigrane dans les compositions d’. Ce troisième album n’a pas vraiment changé d’optique, et s’inscrit dans la droite lignée de Rëvëürt et Nämïdäë, le dernier témoignage accusant déjà quatre ans d’existence. Mais excusez l’homme d’être très occupé, puisqu’on ne satisfait pas une boulimie de travail avec une implication tous les trois ou quatre ans. Et si le groupe est toujours catalogué avec facilité dans le créneau improbable du Doom avant-gardiste, les terminaisons ne sont d’aucune utilité au moment de juger de la pertinence d’un boulot. Celui accompli par ce troisième album, pris en charge par les finlandais de Blood records est gigantesque, et pas seulement parce que ses compositions ne faiblissent pas sous les sept minutes. Alors autant vous le dire, si les morceaux portés par les humeurs, et répondant à un besoin d’expression pure vous rebutent, passez votre chemin, il n’y a rien pour vous satisfaire ici. ÖXXÖ XÖÖX dans les faits, donne toujours à ses fans ce qu’ils attendent de lui, soit l’inverse de ce qu’on attend des autres. Enfant de la scène Metal expérimentale, du mouvement libre né dans les années 70 en France (ART ZOÏD, MAGMA, CHÊNE NOIR), et transformé en hydre métallique dans les années 90 (SPINA BIFIDA, SUPURATION, PROTON BURST), le trio (Laurent « Öxxö Xööx » Lunoir - tous les instruments/chant solo, Laure « Rïcïnn » Le Prunenec - chant féminin/basse (live) et Thomas « Isarnos » Jacquelin - batterie depuis 2013) refuse toujours les conventions, et n’hésite pas à accumuler les plans pour modeler des statues de boue et de sang hautes de dix minutes, car ici la normalité n’a pas lieu d’être. Le groupe n’est qu’un théâtre de l’étrange, un cirque burlesque et légèrement morbide, une façon d’envisager les choses en les regardant sous un autre angle. Et si IGORRR garde toujours un pied dans la logique et ne réfute aucune théorie mélodique, ÖXXÖ XÖÖX se satisfait très bien de riffs empilés, d’atmosphères gothiques accentuées par la voix éthérée de Laure, réconciliant la noirceur nihiliste de PARADISE LOST, le génie spontané mais incroyablement fondé de Devin TOWNSEND, et la science du poil à gratter de 6 :33. Alors oubliez le Doom, le trio est tellement au-delà de toute étiquette qu’il ne peut s’en voir coller une sur le dos. Par contre, Ÿ va encore se mettre un paquet de monde au sien. Car tout ce qu’on aimait d’excessif dans le groupe est ici amplifié, distordu, exagéré, et au final, sublimé. Mais la subjectivité étant de mise, je ne pourrai en vouloir à certains de se sentir consternés par ce qu’ils entendront.

Pas mal de critiques référentiels sur la toile se partagent encore une fois en deux camps bien scindés, les pro et les vomis. Les honorés et les honnis. Mais cette musique n’est pas pour tout le monde, car sa décontraction peut heurter les sentiments les plus primaires. Après tout, on n’écrase pas l’auditeur sous soixante-dix-huit minutes de musique sans prendre de risques, et celui de se voir méprisé par la plèbe et l’intelligentsia est grand. Encore une fois, l’art n’est pas science et je vous laisse seul juge de votre propre opinion, droit inaliénable. Mais par pitié, ne me dites pas que vous ne voyez pas de la beauté dans « NS2 », avec ses volutes de chant féminin qui s’échappent d’une église réformée, et qui se lovent au creux d’arpèges doucereux, en harmonies vénéneuses. Une fois encore, les voix de Laurent et de Laure se complètent à merveille, et mettent en exergue la dualité qui anime ÖXXÖ XÖÖX depuis toujours, la beauté, la laideur. ÖXXÖ XÖÖX a beau être un monstre hideux, il n’en recherche pas moins la lumière dans ses propres ténèbres, et déconstruit ses idées pour les remodeler à sa façon, mais aussi spontané semble l’inspiration, elle est articulée, et rien n’est gratuit ici. On pourrait le croire en écoutant « 44³ », on pourrait le penser en ne comprenant pas le langage employé, unique en son genre et une fois encore hérité de l’audace de Christian Vander et son Kobaïen maudit, mais il ne faut pas comprendre la musique pour l’aimer, il faut juste la ressentir et la laisser infuser pendant quelques minutes dans un cœur pur et une pensée libre. La tâche n’est pas facile, et si la première moitié de l’album vous rebute, consolez-vous en vous disant que la seconde saura vous offrir la sensibilité qui fait parfois défaut. « Lëïth Säe » par exemple, est un modèle de construction en gigogne, et d’inspiration multiple, qui rappelle OPETH, LAIBACH, RAMMSTEIN, MY DYING BRIDE, et qui arrache des cris à la quiétude ambiante pour mieux rappeler que la douleur est parfois la compagne solitaire du silence.

Le but avoué de cette chronique n’est pas l’hagiographie. Je ne connais pas Laurent et n’en ai pas envie. Mais je connais sa musique et sa passion, qui méritent toutes deux le respect. Et la passion n’est pas mathématiques, et ne s’oblige pas à avoir un résultat cohérent et logique. Ici, tout l’est pourtant dans un sens, sans l’être. Vous avez tout à fait le droit de détester sans être jugé, tout comme nous avons le droit d’adorer sans être montré du doigt. Et celui d’honneur n’y changera rien. But if you’re 555, then we’re 999.    

Titres de l’album :

                          01. 44³

                          02. D

                          03. 9C639

                          04. Köböl(D)

                          05. NS2

                          06. Lëïth Säë

                          07. 3ën

                          08. Döld

                          09. 999

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par mortne2001 le 19/12/2019 à 17:37
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