Alcest + Rïcïnn

Alcest, Rïcïnn

Victoire 2, Saint-jean De Védas (France)

du 20/10/2022 au 20/10/2022

L'association What the Fest se démène pour proposer des événements originaux à Montpellier, dont beaucoup de concerts. Je vous en ai déjà parlé. Au long d'octobre ils organisent un festival "Ex Tenebris Lux", privilégiant les musiciens non conformistes et/ou les lieux inhabituels. Après l'annulation au dernier moment du retour d'Anna von Hausswolf au début du mois, on pouvait se retrouver à la salle Victoire 2, SMAC départementale située dans une ZI qui programme rarement du Metal (mais parfois quand même). À dire vrai, je n'étais que modérément intéressé mais je devais héberger un ami qui est vrai fan d'Alcest et a dû se désister, et une certaine curiosité envers la première partie et la progression de la tête d'affiche m'ont motivé à y aller quand même.

Le parking était déjà plein, mais en se donnant de la marge on pouvait en trouver un autre à proximité et pénétrer juste à temps dans la grande salle en longueur, qui était bien remplie comme on s'en doutait depuis un instant par un public largement étudiant et pas toujours typé Metal. Quelques masques bleus avaient refleuri ici où là.

Laure Le Prunenec a réactivé RÏCÏNN depuis son départ d'Igorrr. En live, cela consiste actuellement en un trio : un guitariste et un violoncelliste aux visages peints et vaguement déguisés en ostrogoths assis sur les côtés, et la chanteuse debout dans un costume blanc à flagelles et le front (juste le front) également peint. En l'absence de Sylvain Bouvier à la batterie, un simple tambour sur pieds était installé à côté d'elle. Au premier abord le travail de la Normande était un peu hermétique avec ces vocalises tournoyantes, ce travail très brut accompagné doucement par des cordes électriques et sèches qui apportaient du liant. Une bonne partie des effets restaient enregistrés, notamment les rythmiques car les interventions de la grande Laure sur le tambour étaient assez secondaires et pas toujours parfaitement dans le tempo, concentrée qu'elle était sur sa voix. Elle occupait aussi l'espace par de grands gestes appuyant l'expressivité de sa musique, en se prenant parfois les flagelles dans le pied du micro ou les cordes du tambour…
À mesure on parvenait à rentrer quand même dans ces morceaux très bruts, composés en toute spontanéité, où quelques montées offraient de rares repères. La chaleur de la salle grimpait elle aussi implacablement. Le guitariste lâcha un moment son engin le temps d'une fin de morceau pour accompagner sa patronne, à faible volume, pendant quelques instants. La continuité avec une partie de ses collaborations avec Gautier Serre (Igorrr ou Corpo-Mente) est fortement persistante. Pourtant, on ne peut dire que la musique de Rïcïnn soit agressive, elle crée une tension par une imprévisibilité sobre et suave. On pense alors à cette chère vieille Björk. À part quelques passages où l'anglais était fugacement identifiable, difficile d'y déceler des paroles. L'instrument vocal de la chanteuse mérite le détour et je serais curieux de l'entendre sur un répertoire plus classique. Peut-être que l'allure moins excentrique qu'elle a choisie maintenant invite à y songer.
Je n'ai pas été surpris qu'elle ne s'exprime que très peu entre ses titres, à part pour remercier du bon accueil qui était fait à ces morceaux susceptibles de s'arrêter à tout moment. Même en parlant, elle a une voix de chanteuse. En fin de set elle nous donna un titre non encore enregistré mais auquel elle semblait tenir. Après avoir salués ensemble, le barbare guitariste fit un cœur avec les mains comme pour appuyer l'interrogation de celui qui se demandait pourquoi diable il était ainsi déguisé pour une musique pareille.

Nous avions déjà vu Alcest il y a quelques années en ouverture d'Anathema à Nîmes (rappelez-vous). En fait de Black, ça allait être l'antidote parfait à Behemoth l'autre jour, même si je n'accroche pas mieux. N'empêche qu'aujourd'hui c'est devenu l'un des fleurons du Metal français aux yeux du monde, de ceux qui font que notre scène Black est tant admirée dans toute sa diversité, pour avoir inventé le "Blackgaze" avant tous les autres. Et tout ça a commencé dans la région, entre Bagnols-sur-Cèze et Avignon, avant que Neige ne la quitte rapidement dès que sa créature principale a commencé à grossir. Le voilà pour la première fois à Montpellier – du moins en concert.

Neige entra le dernier sur scène, sur une forte acclamation qui posait d'entrée le niveau d'adoration conquis par ALCEST. Intelligemment, le set débuta par des titres plus orientés Black, où Stéphane Paut montra son aisance dans le chant hurlé tout en étant parfaitement relâché. Il était souvent relayé sur les chœurs plus légers par Zero (Pierre Corson) son second guitariste. Sur ces titres les plus extrêmes, le talent de composition est indéniable. Certains ponts où le Metal et le Rock se mêlent sont efficaces. Les fréquents détours par le Shoegaze qui font l'identité d'Alcest tombaient plus ou moins bien, de mon point d'écoute. Préférant pour ma part le Post-Punk au Shoegaze postérieur, il me semble que certains de ces passages sont plus inspirés que d'autres que l'on pourrait facilement élaguer ou remplacer par une texture plus Rock à la vieux Katatonia. Mais cette partie de la musique d'Alcest ne sert pas à exprimer une quelconque rage, des frustrations ou toute autre tension intérieure parfaitement inexistante en l'espèce : ce sont des mantras, une forme de l'aum des religions asiatiques même si les bijoux de Neige suggèrent plutôt l'Indien d'Amérique, et qu'un certain nombre de spectateurs semblaient bien plutôt des amateurs de mangas (sans pour autant sombrer dans le pur kawaii ni le cosplay) rejoints grâce à l'album "Kodama".
Cette assemblée était en transe. On connaissait les moindres paroles, les uns levaient les bras en communion vers la scène, la fascination se lisait sur certains regards voisins. Alcest, c'est un Black qui a vu la Grande Clarté, ce qui lui amène un tout autre public de grands enfants plus ou moins timides comme lui et qui n'apprécieraient probablement pas un Metal plus souterrain. D'ailleurs, c'est très sincèrement que Neige confessa son plaisir d'être ce soir devant son propre public et dans sa région d'origine entre deux dates avec Cradle of Filth – effectivement, ce ne doit pas être facile ! La qualité du blast de Winterhalter, la rondeur de la basse trop discrète d'Indria ont contribué à m'emballer par moments. La salle était devenue une vraie étuve, ce qui était pénible pour Neige (quelle idée d'avoir deux épaisseurs ?!?) mais opportun pour mon petit rhume. Les chœurs de l'un des titres furent longuement repris par l'assistance, créant le classique moment de flottement amusant quand la foule le maintint longtemps après la fin. Après plus d'une heure de set, un rappel triomphal rajouta le titre "Délivrance", qui ne me paraît pas spécialement meilleur ou différent des autres mais qui vient apparemment clore tous leurs sets depuis beau temps tant il a une signification spéciale pour Neige par rapport à cette fameuse expérience mystique qui aurait changé sa vie. Il quitta le dernier la scène, après avoir géré seul un écho accroupi dos au public, tourné vers son ampli.

Après une heure vingt de jeu on était content de se retrouver dehors pour rafraîchir en blaguant avec d'autres vétérans. En passant, il y avait un peu de merch y compris de l'asso organisatrice. Même aux non-fans, Alcest impose son statut. Je serais curieux d'apprendre quelles sont ses références précises dans le Shoegaze.

par RBD le 26/10/2022 à 12:24
   144

Commentaires (2) | Ajouter un commentaire


Pierre
@128.78.245.3
30/10/2022, 10:28:48

Review un peu pénible à lire, manifestement écrite par quelqu'un qui ne considère pas le succès d'Alcest comme légitime et se retient péniblement d'en dire du mal. Ce qui me donne au final envie de découvrir ce groupe. 


Action
@166.0.230.1
30/10/2022, 12:32:38

Neige le nazillon repenti

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