Age Of Capricorn

Arkona

13/12/2019

Debemur Morti Productions

Quand on pense à la scène BM polonaise, de nombreux noms viennent à l’esprit. Les deux premiers étant immanquablement BEHEMOTH, les rois incontestés, et bien sûr celui de GRAVELAND et ce petit sot de Rob Darken. En réfléchissant un peu, on trouve sans peine de quoi ajouter à ce duo vainqueur, INFERNUM, FULLMOON, VELES, GOTYNA KRY, ARKANUM, SACRILEGIUM, MGLA, BATUSHKA, ODRAZA, LUX OCCULTA, PLAGA, ou pour les plus anciens PANDEMONIUM ou CHRIST AGONY. Mais s’il est un nom qu’il conviendrait de ne pas oublier, c’est celui d’ARKONA. Respecté par les musiciens de la scène mais aussi par un public entièrement dévoué, le combo a certainement pâti d’une homonymie pénalisante, puisqu’on recense pas mal de combos au même baptême, notamment en Russie. Mais les vrais savent, et avec une telle carrière derrière eux, pas étonnant que les polonais fassent aujourd’hui figure de référence en terme de crédibilité et de puissance. Avec pas moins de sept longue-durée au compteur d’une longévité de plus de vingt-cinq ans, ARKONA est plus qu’un simple groupe, il est une machine de guerre, un Armageddon total, et l’équivalent polonais d’influences traditionnelles comme MARDUK, 1349 et DISSECTION. Faisant clairement partie de la seconde vague de Black Metal européen, le quatuor sans cesse renouvelé évolue toujours autour de son leader et guitariste Khorzon, seul membre d’origine, ce qui renforce encore plus l’analogie avec MARDUK et Morgan. Mais pour autant, la musique des originaires de Perzów n’évolue pas entièrement en parallèle de celle du géant suédois, malgré quelques analogies frappantes. D’une, cette absence totale de concession aux modes et adaptations modernes. De l’autre, cette inclinaison pour la violence la plus brute, et le refus de diluer la brutalité dans une dose de séduction hors-propos. Et malgré des arrangements venteux et spatiaux, des interstices laissés à la mélodie, l’ARKONA version 2019 est toujours ce char d’assaut que l’on connaît depuis 1993 et qui écrase tout sur son passage.

Désormais hébergé par l’écurie française Debemur Morti depuis 2016 et Lunaris, ARKONA se sait entre de bonnes mains. Pas de grosse surprise à attendre de ce septième album studio confirmant une belle longévité, que ce soit au niveau des musiciens ou de la mise en place. Le BM des polonais est toujours aussi monstrueux d’amplitude et de véhémence, et légèrement orchestral dans la mise en scène. Avec seulement six morceaux au compteur, le quatuor a donc joué la parcimonie quantitative mais pas la pingrerie de durée. Chacun des titres prend le temps de distiller ses éléments et de placer ses pions dans une atmosphère bien précise, la plupart du temps glaciale, comme le réclame la tendance nationale. Rien sous la barre des six minutes, mais connaissant le potentiel du groupe, pas de baisse de régime à craindre. Chaque chapitre accumule donc les plans, les variations, tout en restant fidèle à une éthique : l’efficacité dans la grandiloquence. Et dès l’explosion de « Stellar Inferno » encaissé, le bilan est lourd. La production est énorme, les instrumentistes affutés et affamés de violence, et la précision est toujours aussi diabolique. Sans jamais viser la poésie d’un BM symphonique hors contexte, le quartet (Khorzon – guitare, Nechrist – guitare, Zaala – batterie et Drac – basse/chant) se permet toutefois des insertions qui ne nuisent en aucun cas à l’épaisseur globale, et les claviers font leur apparition sur « Alone Among Wolves », implacable, mais nostalgique dans le fond. Ces mêmes claviers ont d’ailleurs des sonorités étranges qui leur permettent d’échapper au statut de gimmick, apportant une touche surréaliste à l’ensemble pour le rapprocher d’une sorte de Black presque Industriel et mécanique, en image de boite à musique maléfique qu’il ne faut surtout pas ouvrir. Produit aux Impressive Art Studio, Age Of Capricorn est donc une mécanique de haute précision, aux blasts millimétrés, et aux riffs calibrés pour ne jamais faire monter la température ou desserrer l’étreinte. Et cette sensation d’étouffement et de claustrophobie permet au groupe de renforcer son image de garant de la légende, traitant le legs norvégien et scandinave avec respect, mais en y insufflant une profonde empreinte polonaise. Avec quelques astuces de percussion et un break central court mais inventif, ce second titre propulse d’ors et déjà ce septième album au rang des plus grands achèvements du groupe, et trouve facilement sa place dans le haut du panier de sa discographie.

Mais ARKONA n’est pas là pour se livrer à une compétition, mais bien pour constamment se dépasser. Depuis 2016 et la sortie de Lunaris, nous étions en droit de nous demander quelle serait l’option choisie par Khorzon pour poursuivre l’aventure, et la réponse est claire. L’option est de rester la même créature menaçante et impressionnante, mais de dégager de nouvelles pistes pour ne pas se répéter. Ce mélange de tradition et d’ambition transpire des riffs concentriques de « Age Of Capricorn », sommet de noirceur et de beauté, qui accole des passages ultraviolents à des accalmies Heavy du plus bel effet, sans jamais trahir son crédo d’origine. Les harmonies maladives et sèches en arrière-plan suggèrent un hiver perpétuel, mais le chant de Drac, grave et rauque permet de ne pas sombrer dans la mélancolie trop mièvre, soutenant de sa gorge maudite les interventions les plus variées. Et en cherchant le point fort de cette nouvelle réalisation, nous serions condamnés à louper le coche de l’analyse pertinente. Car c’est justement l’absence de temps fort marqué qui sert de focalisation à cet album, parfait de bout en bout, et dense comme une haine millénaire. Car entre l’attaque sans pitié de « Deathskull Mystherium », qui se rapproche de la seconde vague de BM nordique, et les variations gigantesques de « Towards The Dark », le panorama se présente sous une nuit éternelle, de complaintes et de massacres. Aussi à l’aise en mode ultrarapide qu’en assertions lourdes, le quatuor domine toujours autant son sujet, rappelant le MARDUK le plus belliqueux, mais aussi le BEHEMOTH le moins pompeux. Cherchant toujours à contrebalancer le nihilisme ambiant d’harmonies morbides, ARKONA se livre au jeu dangereux de la grandiloquence larvée, mais remporte son pari grâce à des guitares sans cesse sur la brèche et une sensation globale d’oppression.

Et en choisissant de clore son effort par le morceau le plus long et évolutif, le groupe laisse une impression d’achevé. « Grand Manifest Of Death » est l’archétype de titre épique qui constitue la conclusion la plus logique à un effort soutenu, et nous surprend de son intro murmurée néfaste. Avant bien sûr qu’une gigantesque gerbe de blasts ne nous brûle les tympans, aussitôt écrasés par une emphase Heavy dramatique. Cette dernière saillie synthétise toutes les qualités d’un groupe dont la longévité n’a jamais altéré les facultés, et lorsqu’il sera temps de dresser le bilan de trois décennies de BM polonais, il conviendra de citer le nom ARKONA avant tous les autres. Ne serait-ce que par respect pour la foi qu’ils ont toujours accordé à une musique construite et diablement intelligente.  


Titres de l'album :

                             01. Stellar Inferno

                             02. Alone Among Wolves

                             03. Age Of Capricorn

                             04. Deathskull Mystherium

                             05. Towards The Dark

                             06. Grand Manifest Of Death

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par mortne2001 le 12/07/2020 à 18:47
80 %    204

Commentaires (1) | Ajouter un commentaire


Gargan
@92.184.110.98
14/07/2020, 14:02:00
Arkona, ça restera toujours pour ma pomme le groupe d'un premier album, "imperium". De la seconde vague bien foutue qui grésille, avec le petit truc, le charme, l'ambiance, enfin on se comprend...

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