« Il ne faut pas lier un navire à une seule ancre, ni une vie à un seul espoir… » [Epictère]

La vie est un long voyage, au long-cours, et les étapes, embûches, tempêtes, naufrages font partie de l’aventure, tout comme les mers d’huile qu’on appelle communément routine. Et entre les traversées sans encombre vous emmenant à bon port de la mort, et les récifs qui taillent vos espoirs en charpie, les options sont multiples, mais le résultat est le même. Il faut parfois essayer de dominer les flots et marées pour s’aventurer plus loin que le vent veut bien nous porter. Métaphore intéressante, mais surtout parfaitement adaptée au premier LP des belges de HÆSTER, qui avec All Anchors No Sails nous démontrent que parfois, embarqué sur frêle esquif artistique ou les deux pieds sur le pont d’un paquebot de créativité, il faut savoir tenter quelque chose de différent pour s’accomplir et se découvrir sous une autre lumière. Preuve en est faite à la lecture du casting de ce nouveau groupe, qui réunit en son sein des figures fameuses de la scène belge, et d’anciens membres d’ABORTED, NEMEA, DEDICTED, CUSTOMS, DEATH BEFORE DISCO et HORSES ON FIRE , qui ont soudainement décidé de changer de cap, et d’abandonner leur direction d’origine pour s’orienter vers les contrées du Post Metal, bien que cette étiquette hautement restrictive de son flou peine à les définir avec acuité. Oubliées donc les obsessions pour le Death Metal, la fascination pour le Thrash et le Hardcore, le Rock maniéré, et l’Alternatif musclé, puisque la nouvelle tendance de ce quintette (Ace Zec, Joan Govaerts, Maarten Levecque, Thijs Decloedt et Wannes Kerckhove) serait plutôt du genre lourde et appuyée, mais aussi mélodique et aérée. Post Metal donc par facilité, puisque je vois mal un terme plus précis baliser leur inspiration, mais à l’écoute des huit pistes de ce premier effort, il me semble que la pluralité est de mise, et pas n’importe laquelle.

Pour mieux vous aider à situer les débats, je pourrais parler d’une forme de Sludge très dénaturée, et adaptée à un contexte Post harmonique mais pas condescendant, ou à une version très personnelle des traumas d’un NEUROSIS soudainement fasciné par les dérivations de THE OCEAN. Plus en détail, on soulignera la gravité des riffs, leur lancinance, la versatilité des lignes de chant, entre clarté et grain grossier, mais aussi le découpage qui permet à des arpèges clairs de disputer l’espace vital avec une distorsion excessive. Pourtant, l’excès est bien le dernier des pêchés dont on pourrait accuser les HÆSTER sur All Anchors No Sails, puisqu’une certaine mesure est de mise. Mesure qui leur permet d’éviter le chaos, mais qui les empêche parfois de dérouler leurs voiles à plein pour avancer un peu plus vite à l’horizon. Si la puissance et la nuance sont les deux composantes essentielles de la musique proposée sur ce premier LP, on trouve trace du passé de certains des membres, notamment dans ce chant très Death qui rappelle évidemment en plus modulé le background d’ABORTED, mais qui ne tire toutefois pas la musique vers les ténèbres violentes d’une antimusicalité annoncée et prévisible. Et si tout n’est pas encore parfait, puisque la diversité est de temps à autres sacrifiée à l’unité, l’impression globale qui se dégage de l’œuvre est celle d’une maîtrise incroyable, et d’une maturité étonnante pour un groupe fondé il y a peu.

NEUROSIS, mais aussi les MELVINS, un peu de MASTODON, le côté progressif remplacé par des itérations post-industrielles, une petite touche d’OPETH pour les prétentions mélodiques, et finalement, un gigantesque Crossover qui en dit long sur les intentions. Un Crossover qui n’empêche pas une logique imparable, puisque les morceaux se fondent les uns dans les autres en transition fluide de thèmes qui se chevauchent, formant un tout homogène, et peut-être trop pour certains. Il est même assez difficile en étant objectif de séparer certaines pistes d’autres qui leur ressemblent fortement, et pourtant, l’écueil dangereux de l’ennui est évité par d’habiles arrangements d’arrière-plan qui soufflent une brise bienvenue sur les segments les plus redondants. Ace Zec, batteur et producteur a conféré à cette réalisation le son massif dont elle avait besoin, et le mastering assuré par Karl Daniel Lidén maintient la pression, et cimente les instruments pour qu’ils fassent bloc, tout en laissant respirer les guitares lorsque la douceur mérite toute l’attention. On appréciera ainsi les riffs monolithiques qui pèsent de tout leur poids, mais qui réussissent à se mouvoir de biais pour assurer le groove que la rythmique massacre d’un down tempo souligné et martelé. Les samples, disséminés avec parcimonie pour servir l’histoire permettent aussi de s’immerger dans l’aventure, donnant parfois à l’odyssée des teintes homériques à la HYPNO5E, spécialement lorsque l’horizon s’illumine sur « Graves », au titre pourtant funeste. La dérive Post Metal n’est donc pas si incongrue que ça, à partir du moment où l’on comprend que les capitaines du navire ont su barrer selon leur plein gré, et non par obligation pour suivre les courants.

Mais il est certain que les voyageurs qui monteront à bord pourront se sentir légèrement nauséeux, et invoqueront une houle de lancinance pas forcément facile à gérer. Si conceptuellement et globalement, All Anchors No Sails reste un travail d’intérêt, son refus de s’écarter d’un schéma bien établi l’oblige pour le moment à se reposer sur une recette encore trop systématique, alors qu’on sent que le bagage des musiciens/matelots leur permettrait d’aller encore plus loin, et surtout, ailleurs. D’où cette impression d’ancre qui reste parfois coincée dans les bas-fonds, empêchant l’embarcation de dévier de sa route trop bien tracée. D’autant plus que les étapes marquées sont parfois d’une longueur qui pourra paraître rebutante, même si des chœurs désincarnés de sirènes et une intensité appuyée pourront faire passer le temps plus rapidement (« So That We Could Live », quelques stridences, une approche louvoyante, et un chant qui s’enfonce dans la boue Death jusqu’au cou). On pourra arguer du fait indéniable que malgré des à-coups et contretemps, la rythmique préfère rester dans le rang, et pilonner son down tempo sans relâche (ce qui rapproche le groupe d’une forme de Sludge non avouée, mais patente), et que les riffs, malgré leur majesté toute en lourdeur, peinent à trouver des thématiques excentrées. Mais lorsque le climat le permet, et que l’ambivalence transforme le voyage en gros grain faisant méchamment tanguer le bateau (« Ghost In Machines »), on se prend au jeu, et on en oublie les quelques défauts de pilotage automatique un peu trop flagrants. Mais malgré ces griefs assez modérés au demeurant, HÆSTER parvient à hisser son pavillon suffisamment haut pour être remarqué, et signe avec sa première traversée une épopée plus proche de l’Odyssée que du Titanic.


Titres de l'album :

                        1.Ironmongers

                        2.Ghost In Us

                        3.So That We Could Live

                        4.Bucephalas

                        5.I've Seen This Blood

                        6.Graves

                        7.Ghost In Machines

                        8.All Anchors No Sails

Facebook officiel


par mortne2001 le 30/11/2018 à 18:22
70 %    291

Commentaires (0) | Ajouter un commentaire

pas de commentaire enregistré

Ajouter un commentaire


Hellsodomy

Morbid Cult

Anal Slave Of Satan

Anal Slave of Satan

Detherous

Hacked to Death

Grand Slam

Hit The Ground

Lindemann

F & M

The Dead Daisies

Locked and Loaded (The Cover Album)

Sun

Brutal Pop

Sleep Token

Sundowning

Pretty Maids

Undress Your Madness

Morbid Cross

Disciples Of The Goat

Blood Incantation

Hidden History Of The Human Race

3rd From The Sun

3rd From The Sun

Agnostic Front

Get Loud!

Spoil Engine

Renaissance Noire

Lightning Born

Lightning Born

Sapiens

Sapiens Project

Nitrate

Open Wide

(echo)

Below The Cover Of Clouds

Exylle

Exylle

Godspeed You ! Black Emperor

RBD / 25/11/2019
Drone

BEHIND THE DEVIL #12 Interview avec David de SHARE YOUR PAIN RECORDS

L'Apache / 20/11/2019
Depressive Black Metal

Birds in Row

RBD / 13/11/2019
Emocore

The Murder Capital + Whispering Sons

RBD / 07/11/2019
Gothic Rock

Concerts à 7 jours

+ Verdun + Nornes

13/12 : Circus, Lille (59)

Photo Stream

Derniers coms

Belle découverte pour moi, j'aime le côté thrashy de certains riffs.


Excellente chronique !


Old school cette pochette ???
La thématique oui, mais la réalisation pas du tout. On dirait un comic Marvel récent...


On dirait du Pestilence la pochette.


Cet artwork très "old-school death metal" !


La musique me replonge directement dans les années 90' cassage de nuques et headbanging, mais j'ai plus de mal avec le chant.


L'intro de "Hell Awaits" sur Decade... M. A marqué à vie !


Gros respect pour Slayer même si j'ai seulement 2 mauvais souvenirs de concert (sur plus d'une quinzaine) Pour moi aussi decade reste le meilleur live , ne serait ce que pour l'intro de hell awaits qui plante le décor pour tout le reste de l'album.


Ah bon, pas le dimanche ?!


Qu'il revienne en 2021 pour les 40 ans et des dates en France et on en parle plus.


@Jus de cadavre ;

oui pour Decade of Aggression auquel je juxtapose Dance of the Dead, bootleg enregistré au Zénith le 22/11/1991.

Ca tombe bien, j'y étais :p


Ach !
Vous n'êtes peut-être pas assez trve pour brûler leur stock, mais dénoncez nous ce groupe si dégueulasse...
On veut un nom et le pourquoi du comment bordel !

(#Closer #Public #Voici)


@king : nan, le meilleur live de l'histoire c'est Decade Of Aggression !!! ;)
Concernant la violence de ce groupe, je me suis toujours demandé d’où venais leur colère et même cette haine palpable. Surtout à leur débuts : King est un premier de la classe à l'école, aucun dans le grou(...)


Je me retape le Still Reigning en ce moment.

LE MEILLEUR LIVE DE L'HISTOIRE.


+ 1000.

Le plus grand groupe de Metal de l'histoire tout simplement...


@JDC : j'aurai pas dit mieux ! J'ai eu la chance de les voir pour la tournée Divine Intervention en 94 au Zénith de Paris (Machine Head en 1ère partie). Effectivement, le concert le plus brutal que j'ai jamais fait. Les morceaux sur scène et sur album sont d'une intensité rare. Est-ce du aux ry(...)


J'aurais vraiment aimé les voir une dernière fois. Mais on connaît l'histoire, Hellfest tout ça ....

Jusqu'à maintenant je pensais aussi qu'un jour ils seraient de retour, mais maintenant je suis moins convaincu.

Dommage que Lombardo n'ai pas participé à la fête, m(...)


@Humungus :
Araya, ça m'étonnerait tout de même.

Veut profiter de sa retraite durement gagnée :p

Pis sans déconner, tune ou pas tune, le genre de zique pratiquée par Slayer + la vie en tournée + loin de chez soi au bout d'un moment, ça doit vraiment peser lour(...)


Arf, un pincement au cœur, pour un Label que nous avons crée il y a fort longtemps, et que d'autres ont repris par la suite. Merci à vous de votre dévouement et votre professionnalisme. Un estie de bon Label en Tabarnak, je ne pourrais en dire moins ... Bonne route.


Je plussoie tout les coms ici. Un groupe à part, d'une intensité rare sur scène comme sur album. Le Metal extrême ne serait pas ce qu'il est aujourd'hui sans Slayer. Reign In Blood sera à jamais un des albums les plus extrême, violent et intense jamais sorti. Slayer aura marqué au fer rouge n(...)