All Anchors No Sails

Hæster

12/10/2018

Dunk Records

« Il ne faut pas lier un navire à une seule ancre, ni une vie à un seul espoir… » [Epictère]

La vie est un long voyage, au long-cours, et les étapes, embûches, tempêtes, naufrages font partie de l’aventure, tout comme les mers d’huile qu’on appelle communément routine. Et entre les traversées sans encombre vous emmenant à bon port de la mort, et les récifs qui taillent vos espoirs en charpie, les options sont multiples, mais le résultat est le même. Il faut parfois essayer de dominer les flots et marées pour s’aventurer plus loin que le vent veut bien nous porter. Métaphore intéressante, mais surtout parfaitement adaptée au premier LP des belges de HÆSTER, qui avec All Anchors No Sails nous démontrent que parfois, embarqué sur frêle esquif artistique ou les deux pieds sur le pont d’un paquebot de créativité, il faut savoir tenter quelque chose de différent pour s’accomplir et se découvrir sous une autre lumière. Preuve en est faite à la lecture du casting de ce nouveau groupe, qui réunit en son sein des figures fameuses de la scène belge, et d’anciens membres d’ABORTED, NEMEA, DEDICTED, CUSTOMS, DEATH BEFORE DISCO et HORSES ON FIRE , qui ont soudainement décidé de changer de cap, et d’abandonner leur direction d’origine pour s’orienter vers les contrées du Post Metal, bien que cette étiquette hautement restrictive de son flou peine à les définir avec acuité. Oubliées donc les obsessions pour le Death Metal, la fascination pour le Thrash et le Hardcore, le Rock maniéré, et l’Alternatif musclé, puisque la nouvelle tendance de ce quintette (Ace Zec, Joan Govaerts, Maarten Levecque, Thijs Decloedt et Wannes Kerckhove) serait plutôt du genre lourde et appuyée, mais aussi mélodique et aérée. Post Metal donc par facilité, puisque je vois mal un terme plus précis baliser leur inspiration, mais à l’écoute des huit pistes de ce premier effort, il me semble que la pluralité est de mise, et pas n’importe laquelle.

Pour mieux vous aider à situer les débats, je pourrais parler d’une forme de Sludge très dénaturée, et adaptée à un contexte Post harmonique mais pas condescendant, ou à une version très personnelle des traumas d’un NEUROSIS soudainement fasciné par les dérivations de THE OCEAN. Plus en détail, on soulignera la gravité des riffs, leur lancinance, la versatilité des lignes de chant, entre clarté et grain grossier, mais aussi le découpage qui permet à des arpèges clairs de disputer l’espace vital avec une distorsion excessive. Pourtant, l’excès est bien le dernier des pêchés dont on pourrait accuser les HÆSTER sur All Anchors No Sails, puisqu’une certaine mesure est de mise. Mesure qui leur permet d’éviter le chaos, mais qui les empêche parfois de dérouler leurs voiles à plein pour avancer un peu plus vite à l’horizon. Si la puissance et la nuance sont les deux composantes essentielles de la musique proposée sur ce premier LP, on trouve trace du passé de certains des membres, notamment dans ce chant très Death qui rappelle évidemment en plus modulé le background d’ABORTED, mais qui ne tire toutefois pas la musique vers les ténèbres violentes d’une antimusicalité annoncée et prévisible. Et si tout n’est pas encore parfait, puisque la diversité est de temps à autres sacrifiée à l’unité, l’impression globale qui se dégage de l’œuvre est celle d’une maîtrise incroyable, et d’une maturité étonnante pour un groupe fondé il y a peu.

NEUROSIS, mais aussi les MELVINS, un peu de MASTODON, le côté progressif remplacé par des itérations post-industrielles, une petite touche d’OPETH pour les prétentions mélodiques, et finalement, un gigantesque Crossover qui en dit long sur les intentions. Un Crossover qui n’empêche pas une logique imparable, puisque les morceaux se fondent les uns dans les autres en transition fluide de thèmes qui se chevauchent, formant un tout homogène, et peut-être trop pour certains. Il est même assez difficile en étant objectif de séparer certaines pistes d’autres qui leur ressemblent fortement, et pourtant, l’écueil dangereux de l’ennui est évité par d’habiles arrangements d’arrière-plan qui soufflent une brise bienvenue sur les segments les plus redondants. Ace Zec, batteur et producteur a conféré à cette réalisation le son massif dont elle avait besoin, et le mastering assuré par Karl Daniel Lidén maintient la pression, et cimente les instruments pour qu’ils fassent bloc, tout en laissant respirer les guitares lorsque la douceur mérite toute l’attention. On appréciera ainsi les riffs monolithiques qui pèsent de tout leur poids, mais qui réussissent à se mouvoir de biais pour assurer le groove que la rythmique massacre d’un down tempo souligné et martelé. Les samples, disséminés avec parcimonie pour servir l’histoire permettent aussi de s’immerger dans l’aventure, donnant parfois à l’odyssée des teintes homériques à la HYPNO5E, spécialement lorsque l’horizon s’illumine sur « Graves », au titre pourtant funeste. La dérive Post Metal n’est donc pas si incongrue que ça, à partir du moment où l’on comprend que les capitaines du navire ont su barrer selon leur plein gré, et non par obligation pour suivre les courants.

Mais il est certain que les voyageurs qui monteront à bord pourront se sentir légèrement nauséeux, et invoqueront une houle de lancinance pas forcément facile à gérer. Si conceptuellement et globalement, All Anchors No Sails reste un travail d’intérêt, son refus de s’écarter d’un schéma bien établi l’oblige pour le moment à se reposer sur une recette encore trop systématique, alors qu’on sent que le bagage des musiciens/matelots leur permettrait d’aller encore plus loin, et surtout, ailleurs. D’où cette impression d’ancre qui reste parfois coincée dans les bas-fonds, empêchant l’embarcation de dévier de sa route trop bien tracée. D’autant plus que les étapes marquées sont parfois d’une longueur qui pourra paraître rebutante, même si des chœurs désincarnés de sirènes et une intensité appuyée pourront faire passer le temps plus rapidement (« So That We Could Live », quelques stridences, une approche louvoyante, et un chant qui s’enfonce dans la boue Death jusqu’au cou). On pourra arguer du fait indéniable que malgré des à-coups et contretemps, la rythmique préfère rester dans le rang, et pilonner son down tempo sans relâche (ce qui rapproche le groupe d’une forme de Sludge non avouée, mais patente), et que les riffs, malgré leur majesté toute en lourdeur, peinent à trouver des thématiques excentrées. Mais lorsque le climat le permet, et que l’ambivalence transforme le voyage en gros grain faisant méchamment tanguer le bateau (« Ghost In Machines »), on se prend au jeu, et on en oublie les quelques défauts de pilotage automatique un peu trop flagrants. Mais malgré ces griefs assez modérés au demeurant, HÆSTER parvient à hisser son pavillon suffisamment haut pour être remarqué, et signe avec sa première traversée une épopée plus proche de l’Odyssée que du Titanic.


Titres de l'album :

                        1.Ironmongers

                        2.Ghost In Us

                        3.So That We Could Live

                        4.Bucephalas

                        5.I've Seen This Blood

                        6.Graves

                        7.Ghost In Machines

                        8.All Anchors No Sails

Facebook officiel


par mortne2001 le 30/11/2018 à 18:22
70 %    420

Commentaires (0) | Ajouter un commentaire

pas de commentaire enregistré

Ajouter un commentaire


Derniers articles

Universe

mortne2001 29/07/2020

F.F.W.

mortne2001 27/07/2020

Tiamat 2010

RBD 26/07/2020

Créda Beaducwealm

mortne2001 24/07/2020

Les Enfants du Cimetière

mortne2001 20/07/2020

Chimaira 2008

RBD 16/07/2020

Xtreme Fest 2016

RBD 08/07/2020

38'48 Regeneration

mortne2001 07/07/2020

Concerts à 7 jours
Tags
Photos stream
Derniers commentaires
Buck Dancer

Par contre, quand même fort de voir que la sortie d'un morceau de Gojira est devenue un évènement mondial dans la scène metal.
Les mecs sont vraiment au sommet.

07/08/2020, 18:44

RBD

Ça fait rebut retravaillé des sessions de "Magma". Le clip cartoon à base de prêche écolo dans l'air du temps avec références ciné évidentes peut agacer ceux qui préfèrent un Metal plus obscur et rebelle, c'est sûr. Mais ces thèmes ne sont pas nouveaux du tout chez Gojira. La référenc(...)

07/08/2020, 12:24

Satan

A Kairos : Exactement. Il est l'homme de l'ombre, une sorte de fil-rouge. D'ailleurs souvenons-nous comment Abbath galérait à la guitare sur la tournée de "Blizzard Beasts" (si mes souvenirs sont bons).

07/08/2020, 12:20

David Martin

Mortuary mérite vraiment , pour leur 30 ans, de sortir leur meilleur album !! Les connaissant depuis 1989 (Leurs premiers gigs furent les premières parties d'Asshole à Nancy dont j'étais le chanteur) et les ayant suivis depuis tout ce temps, je me réjouis de voir qu'enfin, ils ont un label qui (...)

07/08/2020, 12:19

LeMoustre

C'est a cause de l'argent comme dirait Popeye

07/08/2020, 07:15

Kairos

Kerry king, demonaz a toujours été impliqué dans le groupe, au niveau compo et textes, mais il était dans l’incapacité de tenir la guitare pour raisons de santé.

07/08/2020, 06:59

adrtq

on s'en cogne, les 2 projets sont merdiques,

07/08/2020, 06:46

adrtq

rien de vraiment clack metal ici. Un black thrash bien boring

07/08/2020, 06:45

Satan

Immortal a réussi l'exploit d'être encore plus ridicule que les anciens démêlés de Gorgoroth. Chapeau bas!

06/08/2020, 22:24

Kerry King

Deja Horgh est arrivé tard dans le groupe je crois ?

Mais en soit seul Abbath était sur tout les albums et depuis le début, Demonaz a quitté le groupe pendant une dizaine d'année je crois...

Bref n'y queue n'y tête...

06/08/2020, 21:48

Buck Dancer

C'est vraiment triste et pathétique à lire ce genre de news.

06/08/2020, 21:25

Vincent

C’est PAS BATUSHKA bordel c’est le mec qui a volé le nom et qui a fait Hospodi. Vous le faites exprès c’est pas possible ? Vous voyez bien que la musique n’a rien à voir avec Litourgiya et Panihida.

06/08/2020, 17:53

Humungus

Il est loin le temps ou le Black se voulait aussi le garant d'une certaine spiritualité et intégrité... ... ...

06/08/2020, 17:14

JTDP

En attendant, il y en a un qui doit bien se marrer...

06/08/2020, 14:48

Tranbert

Le R'n'B metal à retenu mon attention donc j'ai ecouté...Ah oui quand même. Faut de tout pour faire un monde. Je dois être trop vieux. Les instrus passent encore, mais la façon de chanter... !NON!

06/08/2020, 12:43

Tranbert

Je l'aime bien aussi ce morceau, et le clip est vachement bien foutu. Rien de très original dans le son et le visuel mais ça le fait bien

06/08/2020, 12:39

Invité

Interstellar 666.6

06/08/2020, 09:32

Gargan

Comme le climat, mouarf.

05/08/2020, 21:55

Oliv

Réchauffé

05/08/2020, 18:54

JTDP

Oui d'accord avec toi Buck Dancer, c'est dans la droite ligne de "magma". Et je le trouve aussi plutôt bon, envoûtant ce morceau. Et le clip est franchement bien foutu !

05/08/2020, 17:29