On ne juge pas un livre sur sa couverture. Cette maxime pleine de bon sens prend tout le sien au moment « d’admirer » l’artwork du premier LP des américains de DENMAN, qui n’illustre avec aucune acuité cette fameuse maxime de La Fontaine « Sans mentir, si votre ramage se rapporte à votre plumage, vous êtes le Phénix des hôtes de ces bois ». Et à moins de considérer les bas-fonds de Nashville comme un joli sous-bois ombragé, impossible de voir en ce trait grossier et ce dessin à peine digne d’un élève de sixième décidé à rendre hommage à ses héros métalliques la traduction artistique d’un contenu qui lui, n’éprouve aucune peine à vous convaincre de ses qualités. Drôle de choix donc pour un LP introductif qui se doit de frapper fort sans attendre, à moins d’y voir un salut plus qu’appuyé aux approximations graphiques des sacro-saintes 80’s, décade à laquelle s’accroche ces américains comme un chien baveux à son os à moelle. Dans le mille Emile, c’est encore une tranche de nostalgie que nous allons déguster aujourd’hui, puisque ce quatuor à fait l’appropriation temporelle et stylistique siennes, tels des tiques qui s’accrochent aux guiboles pour vous sucer le sang jusqu’à vous faire trébucher. Mais acceptons la laideur de l’emballage pour mieux nous réjouir de ce qu’il cache, puisque ces quatre musiciens aux inclinaisons graphiques douteuses sont tout sauf de gentils abrutis fans du riff monolithique. Leur inspiration serait plus à chercher du côté de la Californie des late eighties, période Glam légèrement poppisé, sauf que leur Hard à eux continue de mordre et ne cherche pas à séduire de gentilles groupies en mode Saturday night love. Fondé par les frangins Ben (chant/guitare) et Dakota Denman (guitare/chœurs), ce quatuor compte aujourd’hui dans ses rangs la section rythmique composée de Ted Karol (batterie) et Robbie Crede (basse), et a donc publié son premier longue-durée à compte d’auteur, qui fait suite à un premier EP The Life We Live, paru il y a deux ans. Et au menu de cette première fournée, beaucoup d’hymnes à la joie de jouer un Rock simple mais pas simpliste, et très construit dans les faits.

Très bons musiciens, les membres de DENMAN font partie de cette caste d’indécrottables nostalgiques qui continuent de penser que c’était mieux avant, et il est impossible de leur en vouloir. Pour la simple et bonne raison qu’ils ne se contentent pas d’une approche old-school de surface en piquant aux plus grands leurs astuces les plus évidentes, mais qu’ils ont pris le soin de composer de véritables morceaux, sous inspiration, mais suffisamment dégagés pour sonner authentiques. Et au bout du compte, en faisant abstraction des informations disponibles, il est tout à fait possible de penser cet album enregistré il y a trente ans, puisque tout, de l’interprétation à la production entérine cette confusion. Et si encore une fois cette satanée pochette vous aiguille sur la voie d’un Heavy Metal de bas étage, n’en prenez pas ombrage, puisque l’atmosphère générale est beaucoup plus légère, même si de sévères effluves de la NWOBHM peuvent parfois se faire sentir (« Call of the Wild »). D’ailleurs, il ne vous sera pas difficile de constater l’éventuelle méprise, puisque l’ouverture racée de « Higher » vous fera vite piger que les clous et le cuir ne sont pas les obsessions principales du quatuor, qui leur préfère des vestes plus légères et des harmonies moins sévères. Combo souriant musicalement, DENMAN parvient à ressusciter l’urgence de la première vague Glam US de l’axe 86/87 en la consolidant d’un maniérisme Hard-Rock aux fondations solides, un peu comme si toutes les tendances américaines (hors Thrash évidemment, ou presque…) de la seconde moitié des années 80 se retrouvaient fondues dans un même creuset. Alors, la méthodologie est simple, des couplets qui retiennent l’attention et des refrains qui la conservent, pour un équilibre énergie/séduction parfait, le tout décoré de multiples soli qui n’ont rien à envier aux guitar-heroes de l’époque. Fins, les membres du groupe n’en font jamais trop, et mettent leur technique personnelle au service du collectif qui profite d’un niveau assez élevé, mais c’est plutôt la diversité du propos qui fascine, puisque loin de se contenter d’une seule optique, les originaires de Nashville regardent dans toutes les directions pour observer tout ce qui pourrait leur être utile.

Alors, des hits, de très bonnes chansons, et surtout, un Raw Deal qui finalement ne lèse personne. Raw Deal mais pas New Deal, puisque les approches sont connues, ce que le terriblement SKIDROW/SLAUGHTER « Alive in Overdrive » démontre de son énergie juvénile et de son chorus anthémique. On pense évidemment à la vague Hair-Metal d’il y a trois décennies, lorsque les guitares viriles ne crachaient pas sur un brin de sensibilité pour affoler les charts (« Another Day », un peu FASTER, un peu WHITE LION, et assez proche d’une version plus roots des BLACKRAIN), et lorsque la rythmique syncopait à outrance pour entrer dans la danse (« Nighttime Jungle » GUNS évidemment, mais aussi EXTREME, les ELECTRIC BOYS, et pas mal d’autres références en stock, dont nos propres FOOLS). Une synthèse donc, mais surtout, une perfection assez tangible dans l’approximation, pour garder ce côté sauvage qui transcende les efforts les plus notables. Difficile de résister à cette déferlante d’énergie, qui même lorsqu’elle se pare d’une tranquillité de surface nous enthousiasme de ses harmonies en sifflantes, et de ses lignes de chant exubérantes de plaisir (« Dreams Stay Alive »). Il n’est pas non plus inutile de citer les ENUFF Z’NUFF, TRIXTER, même si les couches de lipstick dégoulinant ne sont pas l’apparat préféré des américains, qui préfèrent teinter leur Sleaze d’une bonne dose de Rock crédible. Mais ce qui est hallucinant, c’est surtout cette capacité à garder la pression à fond, pour ne pas laisser le temps à l’auditeur de passer à autre chose, le maltraitant Heavy presque Thrash et Power pour le choper par les burnes (« Down Comes the Wall », puissant comme un classique de la Bay Area), sans lui faire sortir les ordures. Cette pluralité qui en d’autres mains serait passée pour de la versatilité reste ici logique et homogène, un peu comme si les DENMAN avaient voulu montrer tous les visages d’une Amérique des 80’s qui régnait alors en maîtresse sur la production mondiale.

Et cette facilité à passer d’un courant à un autre sans se prendre pour une girouette est tout bonnement hallucinante, spécialement lorsqu’on se rend compte que le Hard Rock de base est toujours sublimé d’un solo acrobatique ou d’un chant rauque et élastique. Prenant parfois des allures du SKID ROW de Slave To The Grind, qui n’hésitait pas à laisser son Metal fureter pour ramener tout ce qui traînait de crédible, Raw Deal est un trip intégral, joué à fond la caisse et sans regarder dans le rétro (« Pedal to the Metal », plus honnête tu t’arrêtes au péage et tu sors la monnaie), qui se termine d’ailleurs sur une ultime accélération à la HELLOWEEN/JUDAS PRIEST (« Prison City », la dextérité instrumentale qui explose comme un inédit de NITRO ou RIOT). Et une fois les quarante minutes encaissées, on prend son temps pour retrouver son souffle, se disant quand même que ces quatre-là sont de méchants roublards…Car sous une pochette à la laideur sur laquelle il est inutile de revenir se cache l’un des meilleurs albums old-school de ces cinq ou dix dernières années, qui défonce la concurrence sans donner l’impression de forcer. Alors la prochaine fois les mecs, histoire de ne pas vous mettre à dos un public plus large, faites un effort, graphiquement parlant bien sûr. Vous méritez mieux que çà.            


Titres de l'album :

                             01. Higher

                             02. Alive in Overdrive

                             03. Another Day

                             04. Call of the Wild

                             05. Nighttime Jungle

                             06. Dreams Stay Alive

                             07. Down Comes the Wall

                             08. Gunslinger

                             09. Pedal to the Metal

                             10. Prison City

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par mortne2001 le 11/01/2020 à 18:01
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